ROBOT-COOL (55) : NIYA

Posté le Lundi 9 décembre 2019

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Niya est le personnage central de la fresque de science-fiction russe au titre français aussi magnifique que métaphorique, À TRAVERS LES RONCES LES ÉTOILES (1981, Cherez ternii k zvyozdam) réalisé par Richard Viktorov.

L’intrigue : Au XXIIe siècle, un vaisseau de patrouille découvre un vaisseau en perdition dans lequel tout l’équipage est mort sauf une jeune fille. Cette androïde dénommée Niya ne retrouve pas la mémoire malgré les soins prodigués par une famille de scientifiques qui l’accueille chez elle. La mémoire lui revient lorsqu’elle voit à la télévision les ambassadeurs d’une planète inconnue venus demander l’aide des Terriens…

LVmEIb-ATT00093Niya semble aux premiers abords tenir de la perfection si on la considère comme une androïde : elle est télépathe, pratique la télékinésie, se téléporte et elle est une athlète hors-pair. Mais peut-être par opposition à Linda Lee (alias Kara Zor-El/Supergirl), Niya n’abuse que très rarement de ces petits plus qui la rendent supérieure aux êtres humains. Au contraire, elle fait preuve d’une sensibilité extrême quant à sa condition de femme androïde non-terrienne. Et au contact des scientifiques terriens qui découvrent peu à peu la vulnérabilité électronique, Niya entreprend d’un côté une longue quête initiatique pour retrouver la mémoire, celle du pourquoi de son existence. Et de l’autre elle sert plus ou moins de regard extérieur pour nous faire observer la civilisation terrienne qui joue continuellement d’imagination pour se subsister à elle-même.

Le personnage de Niya est extrêmement complexe derrière sa façade de nonchalance, mais son apparence est plutôt simple. Elle porte une perruque blonde très courte qui définit sa condition androïde, bien qu’elle n’est pas contre l’idée de se féminiser avec plus de piment en arborant la coiffure de Louise Brooks dans LOULOU (1929). et elle a les grands yeux curieux de la jeune actrice Yelena Metyolkina.

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Par certains côtés, elle peut rappeler la Leeloo du CINQUIÈME ÉLÉMENT (1995) de Luc Besson, mais en nettement moins exubérante. Et malgré le petit look anachronique de Niya, le film se situe dans cette mode du cinéma du début des années 80 qui exploitait de belles femmes androïdes dans l’espace comme Galaxina, Chalmer ou encore Cassandra. Les autres ingrédients typiques des 80’s ont été ajoutés subrepticement dans les dialogues de la version française (puisque le film a été en compétition au Festival d’Avoriaz 1982). Par exemple, lorsque les ambassadeurs extraterrestres disent « Terriens, vous êtes notre dernier recours » ou lorsque Niya s’exclame : « Le téléphone va bientôt sonner. Je dois m’en aller !».

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À TRAVERS LES RONCES LES ÉTOILES possède aussi des robots terriens beaucoup plus rudimentaires que Niya. Il y a le personnel d’embarquement des vaisseaux et un robot domestique nommé Bécassine  dans la version française (comme le personnage de la bande-dessinée de Jacqueline Rivière et Émile-Joseph-Porphyre Pinchon). Bécassine est beaucoup plus sommaire, mais en tant que robot du XXIIe siècle, elle développe une pensée qui lui est propre, et même des passions toutes personnelles puisqu’elle collectionne les autographes (l’équivalent des selfies faits avec des célébrités pour les ados des années 80).

Pour conclure, je vous laisse avec le clip d’un groupe de pop américain qui rend hommage à la sensibilité de Niya. Il vous en dira d’ailleurs un peu plus sur l’histoire sans trop spoiler l’ensemble.

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Robot « cool » ou « craignos » ?

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GRAVE OF THE VAMPIRE (1972)

Posté le Mardi 3 décembre 2019

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GRAVE OF THE VAMPIRE (1972)

Titre original : Grave of the Vampire

Titres français : Les Enfants de Frankenstein / Bébé Vampire

Réalisation : John Hayes

Scénario : David Chase d’après une histoire de John Hayes

Monteur : John Hayes

Musique : Jaime Mendoza-Nava

Producteur : Daniel Cady

Pays : États-Unis

Année : 1972

Acteurs : William Smith, Michael Pataki, Lyn Peters, Diane Holden, Kitty Vallacher…

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Une bonne surprise que cette petite série B sans prétention que je n’ai longtemps pas eu le courage d’affronter à cause de l’un de ses titres français : BÉBÉ VAMPIRE. Il faut dire que l’année 1971 était un grand cru de bidules vampiriques surfant sur la Sexploitation qui touchait à sa fin (L’HORRIBLE SEXY VAMPIRE, DRACULA VAMPIRE SEXUEL) et qui poussaient encore et encore la surenchère yddCIb-grave3 dans Fantastiquelibidineuse augurée par LE BAL DES VAMPIRES. Et le scénario de GRAVE OF THE VAMPIRE (1972) sentait aussi un peu le souffre, avec ses faux airs de rape-and-revenge mâtiné d’une cuillerée de DRACULA, PÈRE ET FILS, mais sans Bernard Menez.

L’intrigue : Venu flirter une nuit dans un cimetière, un jeune couple est soudainement attaqué par un vampire qui a surgi de sa tombe. Alors que le jeune homme succombe sous ses morsures, la jeune fille, elle, survit après que le monstre l’ait violée. Cette dernière accouche finalement d’un bébé au goût prononcé pour le sang. Une fois adulte, le fils du vampire devra faire face à une terrible vérité…

Et pourtant, le film ne s’attarde pas du tout sur le bébé du titre français, mais sur ce qui fera le succès de la bande-dessinée BLADE crée par Marvel Comics en 1973, donc un an après la sortie de GRAVE OF THE VAMPIRE, et dont Wesley Snipes incarne à merveille ce genre de « métissage sanguin » dans la trilogie. Ici c’est le robuste et buriné William Smith (L’INVASION DES FEMMES ABEILLES) qui incarne le métis traquant son propre père Caleb Croft, joué par Michael Pataki (ZOLTAN, LE CHIEN SANGLANT DE DRACULA).

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Évidemment, série B des Seventies oblige, on est très loin des hiérarchies complexes de BLADE ou même d’UNDERWORLD, Caleb Croft se comportant surtout comme un Jack l’Éventreur frustré accumulant des victimes au coin d’une rue ou d’une salle de cours. Et l’ambivalence du fils mi-vampire mi-humain tranche agréablement avec la fatalité des descendances des Monstres de la Universal et de ses dérivés des années 30, 40, 50 et 60 (LA FILLE DE DRACULA, LE FILS DE DRACULA, LA FILLE DU DOCTEUR JEKYLL, LA FILLE DE FRANKENSTEIN, LADY FRANKENSTEIN…).

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MONSTRES SACRÉS : LE MONSTRE EST VIVANT

Posté le Samedi 30 novembre 2019

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LE MONSTRE EST VIVANT

Ce monstre-là est assez particulier avec son faciès déformé, ses longues canines, ses griffes acérées, son petit penchant pour le cannibalisme et son protectionnisme sauvage. Disons qu’il a du potentiel pour générer des fausses-couches en série.

Il est le fils hybride du couple Frank et Lenore Davies du MONSTRE EST VIVANT (1974, It’s Alive!) de Larry Cohen.

L’intrigue : Lenore Davies accouche d’un bébé monstrueux, qui tue les médecins et s’enfuit dans la nature. Le père, Frank Davies, part aider la police à abattre ce monstre…

ZuVAIb-bebe2 dans FantastiqueOn ne connaît pas réellement les raisons de cette mutation, bien que de nombreuses possibilités soient évoquées dans la salle d’attente par plusieurs pères qui attendent que leurs femmes entrent en salle d’accouchement. La plus pertinente serait la conséquence des OGM, un des thèmes majeurs du cinéma d’épouvante des années 70. Mais finalement ce thème n’est qu’un prétexte pour montrer la dislocation d’une famille de classe moyenne. D’un côté, elle se retrouve recluse et montrée du doigt par les médias. Et de l’autre, elle implose de l’intérieur en relations triangulaires entre les parents et le monstre, puis avec le frère aîné. La relation entre le père et le monstre est le vrai fil conducteur du film, comme une relecture de la relation complexe entre le baron Frankenstein et sa créature, jusqu’à même le choix du titre (It’s Alive !). Mention spéciale à l’acteur John P. Ryan qui incarne le père. Mais c’est forcément la vulnérabilité de la mère (jouée par Sharon Farrell) qui fait le plus mouche et qui plonge l’histoire dans ce qu’elle a de plus monstrueux et viscéral, et ceci bien avant le cinéma de David Cronenberg. À l’instar de la complicité des frères siamois Duane et Belial Bradley de FRÈRE DE SANG (1982, Basket Case) de Frank Henenlotter, ou de celle des faux jumeaux de L’AUTRE (1972) de Robert Mulligan, la relation entre Lenore Bradley et son fils est sûrement l’une des plus poignante du cinéma d’épouvante.

SwVAIb-bebe3 dans Monstres sacrésLarry Cohen a aussi tourné lui-même deux suites plus ou moins directes au premier opus : LES MONSTRES SONT TOUJOURS VIVANTS (1979) et LA VENGEANCE DES MONSTRES (1987). Mais le complotisme y remplace malheureusement trop facilement le sujet de fond du premier volet.

Millenium Films (et la très discrète nouvelle Amicus) en a aussi produit un remake en 2009 basiquement baptisé IT’S ALIVE. Le film a été réalisé par l’Allemand Josef Rusnak (PASSÉ VIRTUEL) qui lui a influé une assez bonne ambiance paranoïaque. Le bébé est beaucoup plus ambiguë que celui de Larry Cohen, mais l’ensemble, consumérisme oblige, fait finalement figure de « coquille vide » face à l’original de 1974.

Enfin, LE MONSTRE EST VIVANT précède de cinq ans l’embryon chestburger d’ALIEN, LE HUITIÈME PASSAGER (1979), mais il s’inscrit dans la suite chronologique du BÉBÉ DE ROSEMARY (1967) de Roman Polanski et du BÉBÉ VAMPIRE (1972) de John Hayes. Et il est en quelque sorte le point de départ d’une longue série de films d’enfants meurtriers (EVIL BABY, LES RÉVOLTÉS DE L’AN 2000, DEMAIN LES MÔMES, CHROMOSOME 3, DE SI GENTILS PETITS… MONSTRES, LES DÉMONS DU MAÏS), mais l’ambiance paranoïaque et complotiste présente dès la fin du film ramène assez à celle du VILLAGE DES DAMNÉS (1960) de Wolf Rilla.

Enfin, on peut aussi compter quelques faux-jumeaux à ce nouveau-né aigri, comme par exemple avec les deux productions Corman plutôt discrètes, THE UNBORN (1991) et THE UNBORN 2, NÉ POUR TUER (1994).

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Autres Monstres Sacrés présentés sur Les Échos d’Altaïr :

Alien / King Kong / Predator / Créature du Lac Noir / Mutant de Métaluna / Ymir /Molasar / Gremlins / Chose / Triffides / Darkness / Morlock / Créature de « It ! The Terror from Beyond Space«   / Blob / Mouche / Créature de Frankenstein / Visiteurs /Martien de La Guerre des Mondes (1953) / E.T. / Pinhead / Michael Myers / Fu Manchu / Leatherface / Jason Voorhees / Tall Man / Damien Thorn / Toxic Avenger / Bruce : le grand requin blanc / La Momie / Le Loup-Garou / Dr Jekyll et Mr Hyde / Golem / Dracula / Orlac / La Bête / Les Krells / Les Pairans / Le Cavalier sans Tête / Le Hollandais Volant / Body Snatchers / Freddy Krueger / L’Homme au masque de cire / Godzilla / Zoltan / Les fourmis géantes de « Them ! » / Les Demoni / Shocker / Green Snake / It, le Vénusien / Bourreau de Xerxès / The Creeper / Ginger et Brigitte, les sœurs lycanthropes / Tarantula / Intelligence Martienne / She-Creature / Gorgo / La princesse Asa Vajda / Ed Gein, le boucher de Plainfield / Quetzalcoatl / Le fétiche du guerrier Zuni / Octaman / Lady Frankenstein / Les rongeurs de l’apocalypse / Le baron Vitelius d’Estera / Les Tropis / Sssnake le cobra / Pazuzu / Sil / Pluton / Le docteur Freudstein

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UN DESSIN DE CRISSE POUR LE BLOG

Posté le Lundi 25 novembre 2019

UN DESSIN DE CRISSE POUR LE BLOG dans Blog 13092910513615263611593982

Crisse comptait parmi les invités du Week-End Geek 2019, Trapard en a donc profité pour lui demander un dessin pour le blog. On les remercie tous les deux !

Jwi9Ib-dessin25112019 dans Imaginart

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L’APPEL DE CTHULHU – H.P. Lovecraft (1928)

Posté le Jeudi 21 novembre 2019

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Cthulhu par Disse86

« La dernière histoire de Lovecraft, L’appel de Cthulhu, est bel et bien le chef-d’œuvre qui, j’en suis sûr, vivra en tant que l’un des piliers de la littérature (…) Lovecraft a le rare don de faire en sorte que l’irréel paraisse réel et terrible, sans en amoindrir la sensation d’horreur. »

Robert E. Howard

Lettre à Weird Tales (1928)

 

« Le conflit avec le temps m’apparaît comme le thème le plus puissant et fructueux de toute l’expression humaine. »

Howard Phillips Lovecraft

Notes sur l’écriture de la fiction surnaturelle (1935)

 

« Au sujet de la prononciation du mot extraterrestre grossièrement rendu par Cthulhu dans notre alphabet – les autorités semblent différer. Bien entendu, ce n’est en rien un mot humain – n’ayant jamais été destiné à être énoncé par l’appareil vocal de l’Homo Sapiens. La meilleure approximation qu’on puisse en donner est de grogner, d’aboyer ou de tousser les syllabes imparfaites Cluh-Luh avec la pointe de la langue fermement appliquée contre le palais. Ceci, si on est un être humain. Pour d’autres entités, les directives sont, naturellement, différentes. »

Howard Phillips Lovecraft

29 août 1936 (à Willis Connover)

 

La somme de toutes les peurs

R0G7Ib-call2 dans LittératureAprès la mort suspecte de son grand-oncle, l’éminent spécialiste en langues sémitiques George Gammel Angell, l’anthropologue Francis Wayland Thurston hérite, entre autres biens, d’une mystérieuse boîte scellée par un cadenas. Une fois ouverte, il y découvre un bas-relief incrusté de hiéroglyphes inconnus et orné d’une monstrueuse figure ailée dont le corps grotesque et vaguement humanoïde est surmonté d’une tête de pieuvre. Parcourant les notes amassées par le défunt linguiste, le narrateur reprend son investigation restée inachevée, sur un inquiétant phénomène de délire collectif survenu quelques années plus tôt. De Providence à Oslo, en passant par le bayou putride de Louisiane, la côte inhospitalière du Groenland et le port de Dunedin en Nouvelle-Zélande, Thurston se lance sur les traces d’un culte impie qui, par des rituels sanglants, entretient depuis des temps immémoriaux la mémoire de Cthulhu, dieu extra-terrestre venu des étoiles. Si la dépouille du Grand Ancien gît sous la mer dans la cité de R’lyeh, son esprit immortel n’a de cesse d’appeler à lui ses fidèles à travers le globe. 

Reconnaissance tardive, mais éternelle !

X3G7Ib-call3Écrite vraisemblablement durant l’été 1926 et jugée médiocre par Lovecraft lui-même, L’Appel de Cthulhu sera refusée successivement par les deux pulp magazines Weird Tales et Mystery Tales. Ce n’est que deux ans plus tard, grâce à l’intervention de l’écrivain Donald Wandrei, ami de Lovecraft et futur co-fondateur, avec August Derleth, de la maison d’édition Arkham House spécialisée dans la weird fiction (Lovecraft, forcément… mais aussi Howard, Smith, Blackwood, Le Fanu et bien plus tard Bruce Sterling ou J.G. Ballard), que la nouvelle sera enfin publiée dans le numéro de février de Weird Tales.

Si à l’époque, la qualité de la nouvelle est soulignée par de nombreux amateurs, y compris le père de Conan le Cimmérien, il semble qu’elle doive une belle part de sa redécouverte « actuelle » au succès du jeu de rôle L’Appel de Cthulhu (1981), créé par Sandy Petersen. Celui-ci réussit l’exploit de faire souffler un vent nouveau dans les donjons poussiéreux remplis de sempiternels dragons, en puisant son inspiration dans la nouvelle de Lovecraft (mais aussi le reste de sa mythologie), laquelle devient, en quelque sorte, le mètre-étalon des premiers scénarios du jeu : un groupe d’Investigateurs, émules de Francis Thurston ou de Randolph Carter, mène l’enquête pour déjouer les projets machiavéliques de cultes voués aux Grands Anciens, au risque d’y laisser la vie ou pire encore… sa santé mentale ! 

rDG7Ib-call4Cet univers ludique ne cessera de s’étoffer au fil des décennies, grâce à la publication régulière de toute une gamme de suppléments et de campagnes fort bien troussés, qui permettront aux joueurs d’explorer les lieux emblématiques imaginés par Lovecraft (Arkham, Dunwich, Innsmouth, Kingsport…), mais aussi d’autres époques (l’Angleterre victorienne, le Paris des Années Folles, l’ère moderne), d’autres pays (l’Egypte, l’Australie…), voire même d’autres dimensions (les fameuses Contrées du Rêve !), quitte à laisser parfois de côté bibliothèques et impénétrables forêts de Nouvelle-Angleterre, au profit de trépidantes aventures occultes que n’aurait pas reniées le professeur Jones.

Le jeu de rôle, grâce lui soit rendue, aura donc permis d’initier toute une nouvelle génération de lecteurs aux écrits lovecraftiens, même si certains, comme votre serviteur, en conserveront longtemps la vision nostalgique et fantasmatique, liée aux interminables sessions de jeu de leur adolescence, d’une littérature horrifique servie par une écriture un peu trop archaïque -  »Why so serious ?! » - pour qu’elle remporte objectivement l’adhésion. Pour le dire autrement : lire Lovecraft, c’est bien ; en parler, ou pire… s’en souvenir !, c’est mieux.      

Inspiration, expiration

L’intrigue éclatée de L’Appel de Cthulhu s’appuie, à travers le récit du marin norvégien Gustav Johansen, sur une idée que l’auteur avait déjà exploitée dans Dagon (1917), sa première publication professionnelle : un naufragé, perdu au beau milieu du Pacifique, se réveille sur une île déserte qui semble avoir subitement surgi du fond de l’océan. En son centre et au sommet d’un monticule, se dresse un terrible monolithe que vient étreindre un monstre gigantesque au corps recouvert d’écailles. Parvenant à s’échapper de ce lieu de folie, le pauvre homme finit sa misérable existence l’esprit perpétuellement embrumé par la morphine, seule capable d’apaiser ses cauchemars. A cette bouture, Lovecraft greffe d’autres sources d’inspiration littéraire fréquemment relevées – Dunsany, Machen, Merritt… – mais il en est une, moins souvent citée (ou du moins étayée) qui semble pourtant apporter un éclairage passionnant sur la nouvelle :

Le Kraken d’Alfred Tennyson

« Sous les agitations de la surface,

Loin, loin, dans le calme des abysses,
Enveloppé de son très vieux sommeil sans rêve,
Repose le Kraken.
De faibles reflets de lumière
Frôlent ses flancs ténébreux.
Des éponges géantes, millénaires,
L’entourent.
Dans la pénombre des cavernes infinies,
D’énormes poulpes
Démêlent de leur bras la verte statuaire.
Il s’y repose depuis les premiers âges
Et toujours monstrueusement grandit,
Dévorant d’immenses vers marins,
Jusqu’à la Fin des Temps, le dernier incendie,
La rouge Apocalypse.
Alors, pour la première fois,
Il sera vu des hommes et des anges.
Il se réveillera dans l’horreur pourpre,
Il montera à la surface
Et y mourra. »

Une brève histoire du temps

Publié en 1830, ce sonnet s’inspire à la fois de la figure d’un monstre légendaire, issu de la littérature médiévale norvégienne, et du Léviathan décrit dans le Livre de Job et remis au goût du jour (si l’on peut dire d’une œuvre qui date du 17e siècle) par John Milton dans son Paradis Perdu (1667).    

hHG7Ib-call5Au-delà du fait que Cthulhu partage avec le Kraken des accointances fabuleuses avec la classe des céphalopodes (Lovecraft le décrit comme le croisement improbable d’une pieuvre et d’un dragon), il n’échappera sans doute pas au lecteur familier de l’écrivain que les fameux vers du Necronomicon d’Abdul Alhazred : « N’est pas mort ce qui éternellement repose,/Et dans les longues éternités même la mort peut mourir », cités à maintes reprises dans L’Appel de Cthulhu, font étrangement écho à ceux du poème de Tennyson. En effet, dans les deux œuvres, nous nous trouvons en présence de monstres gigantesques qui dorment d’un « très vieux sommeil sans rêve » au fond de l’océan, attendant « la Fin des Temps » pour se réveiller et remonter à la surface. Lovecraft nous livre d’ailleurs une vision très détaillée de cette « rouge Apocalypse », par l’intermédiaire de Castro, un vieux marin interrogé dans le second chapitre de sa nouvelle : « … ce temps serait aisé à reconnaître, parce que l’humanité alors serait devenue comme l’étaient les Grands Anciens ; libres et sauvages, et tous les hommes criant et tuant et révélant leur joie. Alors les Grands Anciens libérés leur apprendraient de nouvelles manières de crier et de tuer et de se réjouir, et toute la terre s’enflammerait dans un holocauste d’extase et de liberté. » Vaste programme !  

QKG7Ib-call6D’après le critique James Welch, le Kraken de Tennyson incarnerait deux conceptions du temps que l’on retrouve généralement dans d’autres œuvres du poète : d’une part le temps répétitif (associé à l’isolation), d’autre part le temps dynamique (associé au contact avec autrui, qu’il s’agisse d’un individu, d’un groupe ou d’une communauté). Toujours selon Welch, le sonnet parlerait de la qualité du temps lui-même. Figé, statique, dans les premiers vers, tandis que la créature solitaire est plongée dans un profond sommeil, il se fait dynamique, lorsqu’enfin elle s’élève hors de l’eau pour mourir, dans une brève et splendide apothéose. Ce passage de la stase, et de l’enfermement spatio-temporel, au mouvement qui fait se rencontrer le temps et l’Eternité se retrouve également au cœur de la nouvelle de Lovecraft : jusqu’au récit final de Johansen, qui relate la mésaventure du marin et de ses compagnons, Cthulhu est présenté au lecteur, soit sous la forme minérale d’un bas-relief ou d’une statuette (quintessence symbolique de la pétrification spatio-temporelle), soit emmuré dans sa cité de R’lyeh. La créature se situe donc elle aussi dans ce temps statique de l’isolation évoqué par Welch à propos du Kraken. Dès lors que le groupe de marins ouvre par erreur la porte qui le retenait prisonnier, Cthulhu s’anime, se fait (violemment) dynamique et s’apprête à accomplir la prophétie annoncée par Castro, qui doit instaurer sur Terre le règne de la Fin des Temps. Celle-ci sera toutefois repoussée par Johansen dans un acte désespéré qui obligera Cthuhlu à replonger littéralement dans un sommeil confinant à la mort et l’attente d’une nouvelle conjonction des astres.   

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S’il n’avait fait qu’accommoder l’immortalité tennysonnienne à sa sauce, le travail de Lovecraft serait déjà fort louable, comparé notamment au tout venant des productions littéraires publiées, comme les siennes, dans Weird Tales et consorts. Il y manquerait toutefois un brin de personnalité, qu’il apporte avec intelligence, en opposant au dieu atemporel les représentants isolés d’une humanité condamnée, qui tentent par des moyens dérisoires de contrôler l’inéluctabilité du Temps, dans laquelle leur nature mortelle les contraint de s’inscrire, à la différence du Grand Ancien. Dès lors, Cthulhu peut-il être perçu, dans sa forme endormie ou minérale, comme le temps envisagé sous cette forme maîtrisée par l’humanité, que nous évoquions. Une thématique de l’ordonnancement spatio-temporel que vient renforcer l’accumulation d’indications relatives aux dates et lieux, disséminées par le narrateur tout au long de la nouvelle comme autant d’amulettes brandies contre le chaos rampant qui cerne les frontières rationnelles de notre monde dit civilisé [1]. Cependant, une fois libéré par l’équipage de l’Alert, Cthulhu redevient cette force cosmique aveugle, à laquelle tout un chacun est soumis, une force qui terrorise, autant qu’elle fascine, et nous mène inexorablement à la tombe. 

Une proposition de lecture, certes un brin désabusée, mais qui ne semble pas si absurde, appliquée au texte d’un écrivain dont toute l’existence a été marquée par une santé fragile qui lui a fait perdre trop tôt son propre conflit avec le temps. Si le corps de Lovecraft repose à jamais sous les portiques de Kadath, son œuvre, elle, est suffisamment protéiforme pour rendre sa vision immortelle.   

1. « Chaos » dont l’architecture non-euclidienne de R’lyeh, insulte à notre fragile ordonnancement du monde, nous semble constituer un symbole supplémentaire.

- Le Hangar Cosmique -

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TRANSPLANTATION (2009)

Posté le Mardi 19 novembre 2019

TRANSPLANTATION (2009) dans Cinéma bis EWX6Ib-trans1

TRANSPLANTATION (2009)

Titre original : Tell-Tale

Réalisation : Michael Cuesta

Scénario : David Callaham, d’après la nouvelle « Le Cœur révélateur » de Edgar Allan Poe

Musique : David Buckley

Pays : Grande-Bretagne/États-Unis, 2009

Interprètes : Josh Lucas, Lena Headey, Brian Cox

PZX6Ib-trans2 dans Cinéma bis américainVoilà bien un film dont je n’aurais jamais parlé sur le blog de Morbius si je n’avais pas acheté le DVD d’occasion. Et puis c’est tout de même plus reposant de parler d’un film sorti il y a dix ans, plutôt que d’un classique des années 1920 ou 1930. Déjà, parce que lorsque son thème est éculé jusqu’à la moelle, c’est nettement plus simple de savoir d’où viennent ses références. Alors que pour un film de 1910 ou 1920, on redécouvre aujourd’hui tellement de films anciens qui n’étaient pas toujours référencés dans les dictionnaires français, qu’il vaut mieux apprendre à paraphraser Socrate jusqu’à la fin de nos jours : « Je sais que je ne sais rien ».

Pour son TELL-TALE, Michael Cuesta vend une adaptation d’Edgar Poe. Il s’agit d’une modernisation très libre pour être exact, et le titre « Tell-Tale heart » du conte de Poe prend même plus de sens encore dans ce film. L’argument de vente permet surtout d’annoncer que le sujet sera très différent de THE EYE avec Jessica Alba sorti l’année précédente, bien qu’il s’inscrit dans la même veine du greffé devenu medium malgré lui. Mais c’est finalement à BODY PARTS (1991) que TELL-TALE s’apparente le plus.

MbY6Ib-trans3 dans Fantastique

L’intrigue : Terry est un jeune père célibataire qui prend grand soin de sa fille atteinte de Fibrodysplasie ossifiante progressive. Sa vie prend un nouveau tournant lorsqu’il reçoit une greffe de cœur. Mais d’étranges maux de tête apparaissent, puis des visions. Son nouveau cœur semble battre à son propre rythme. Hanté par son passé, le cœur commence à prendre possession de Terry, à la recherche de l’assassin du donneur…

Le thème a beau être éculé, l’histoire devient vite passionnante puisque le scénariste David Buckley créé une identité propre au donneur. Ainsi qu’une histoire posthume à traverser à travers un rythme cardiaque qui s’emballe, et à la manière d’une enquête policière qui nous mène jusqu’à un commerce des plus obscurs. On est donc loin d’une énième adaptation des « Mains d’Orlac ». Et la médiumnité soudaine de ce genre de greffé modernise assez agréablement le thème de la voyance chère aux giallos des années 70 et à certains thrillers américains (faîtes la comparaison avec THE EYE et LES YEUX DE LAURA MARS.

TRANSPLANTATION est une bisserie qui semble avoir été tournée avec un budget assez conséquent, et malgré certaines incohérences et certaines longueurs, il est assez passionnant à suivre.

- Trapard -

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THE MANDALORIAN : CHAPTER 1 – ORIGINAL SCORE

Posté le Dimanche 17 novembre 2019

THE MANDALORIAN : CHAPTER 1 - ORIGINAL SCORE dans B.O. Lfj6Ib-manad

La série Disney STAR WARS : THE MANDALORIAN a été accueillie non seulement comme un événement (compréhensible !) mais aussi comme une indéniable réussite. THE MANDALORIAN nous replonge avec délice dans l’univers de la saga tel que nous l’avions connu autrefois, à l’époque des Épisodes IV, V et VI. Mais, comme nous nous y attendions forcément, point de thème composé par John Williams.

En effet, la musique a été confiée au compositeur suédois Ludwig Göransson (BLACK PANTHER, VENOM…). Si elle peut surprendre au premier abord, on s’y habitue rapidement et semble plutôt bien convenir au côté Far West exotique volontairement adopté par THE MANDALORIAN. 

Nous vous proposons ici le thème de la série. L’ensemble de la bande originale du premier épisode de THE MANDALORIAN est disponible sur YouTube. Bonne écoute !

- Morbius – (morbius501@gmail.com)

Cliquez sur l’image pour écouter le thème principal de la série.

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morbius @ 12:09
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ROBOT-CRAIGNOS (115)

Posté le Samedi 16 novembre 2019

ROBOT-CRAIGNOS (115) dans Robot-craignos 13061310000015263611288446

eGQ5Ib-83709593 dans Science-fiction

Je n’ose pas trop vous dire à quel robot me fait penser cette corbeille de salle de bain avec des bras qui pivotent, et qui est montée sur un socle recouvert de papier aluminium pour bien cuire vos tartes au four. J’aurai trop peur de me faire coincer dans un coin de rue en pleine nuit par des Jedimaniacs aigris par la franchise Disney et réunis en milices errantes armées de sabres laser en plastique.

Il s’agit du héros-potiche du clip du morceau « Aliens » du groupe RADIORAMA apparemment diffusé en 1987 sur la télévision de Berlusconi. Il faut dire qu’en dehors du tube international « Boys, summertime love » de Sabrina Salerno, le reste de la disco italienne semble être passée à la moulinette du tri sélectif ou être tombée à la mer avant d’arriver jusqu’à Nouméa. Certains diront que ce n’est pas plus mal.

L’une des particularités de RADIORAMA était surtout de faire rêver à partir de thèmes liés au cinéma de genre (« Vampires », « Yeti »…). Les autres particularités du groupe étaient de reprendre consciencieusement les mêmes rythmiques synthétiques que celles du tube de Sabrina Salerno, la chanteuse Simona Zanini chantait un peu comme Sabrina Salerno et lorsqu’elle dansait sur scène aux côtés de son complice Maura Farina, il n’y avait aucune chorégraphie et chacun des deux chanteurs y allait à son propre rythme sans se soucier de son voisin. Je vous en laisse juge avec la version longue de la chanson « Aliens » et son robot qui n’en finit pas d’articuler les bras.

- Trapard -

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Robot « cool » ou « craignos » ?

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WEEK-END GEEK 2019 : L’ALBUM PHOTO

Posté le Jeudi 14 novembre 2019

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Comme promis, voici l’album photo altaïrien du WEG 2019.

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(Photos de Trapard et de Morbius, pour les deux dernières)

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WEEK-END GEEK : BILAN ALTAÏRIEN

Posté le Lundi 11 novembre 2019

WEEK-END GEEK : BILAN ALTAÏRIEN dans Blog 13100208544615263611602685

Le Week-End Geek 2019 aura été un grand succès, incontestablement, et Les Échos d’Altaïr eurent la chance d’être de la partie durant les deux premières journées. Petit bilan en ce qui nous concerne…

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Être présent au Week-End Geek est toujours un privilège. Nous en profitons tout de suite pour remercier le Sci-Fi Club de nous y avoir invité car ce fut, au final, deux belles journées, même si le stand du blog n’a pas connu autant d’affluence que les années précédentes. Et pourtant nous étions plutôt bien placés, juste en face de Didier Crisse et Dean nue4Ib-mini2Rankine ! D’ailleurs les files d’attente démarraient sur le côté droit du stand ! Serions-nous si célèbres que les geeks calédoniens n’ont plus besoin de savoir ce que sont Les Échos d’Altaïr ? À moins que nous les ayons effrayés, Trapard, Antipathes et moi (ce qui ne m’étonnerait pas) !

Certains sont tout de même venus courageusement au stand récupérer à la volée un flyer et/ou un CosmoFiction édition spéciale WEG. Certains ont même accepté que l’on s’adresse à eux pour leur parler un peu des Échos d’Altaïr, de CosmoFiction et du Club des Entités de la 13e Dimension. Rares sont ceux qui osaient nous poser des questions. Beaucoup découvraient, forcément, que Les Échos d’Altaïr allaient fêter leurs 10 ans cette année, le 15 décembre précisément.

« 10 ANS ?!!! NOOOONNN !!! Incroyable ! Mais je n’ai jamais entendu parler de vous ! »

Ben non, m’sieur, désolé. Qui parle de nous mis à part nous : PERSONNE ! Et pas même les Altaïriens eux-mêmes qui semblent parfois comme atteints par une maladie honteuse ! Chut !!! Les Échos, on aime bien, mais faut pas trop leur dire et leur faire de pub quand même, hein ! C’est d’ailleurs pour ça qu’on les appelle Les Échos, parce que ça résonne. « Y a quelqu’un ?… Non, y a personne !… »

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Nous aurons tout de même eu la chance de rencontrer un passionné d’Imaginaire fraîchement débarqué sur le Caillou et qui s’est proposé, de lui-même, de participer au blog ! En plus, c’est un gamer, ce qui nous manquait cruellement sur Altaïr IV ! Notre nouveau participant devrait faire ses premiers pas sur le sol altaïrien d’ici quelques petites semaines. Croisons les doigts pour qu’il n’ait pas changé d’avis entre-temps ou pour qu’il ne soit pas atteint, lui aussi, par cette maladie honteuse…

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En tout cas, un très grand merci à Trapard et Antipathes pour leur présence au stand toujours fort appréciée, merci pour les photos et les dédicaces récoltées par l’ami Trapard, merci pour les interminables discussions avec Antipathes, heureux éternel sceptique.

Un album photo du WEG suivra prochainement. Allez, on repart vite fait dans l’oubli ! À plus !

- Morbius – (morbius501@gmail.com)

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morbius @ 18:48
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