1923 : un grand Serpent-de-mer repéré en Nouvelle-Calédonie (2)

Posté le 29 janvier 2010

Suite et fin de notre article consacré à un grand Serpent-de-mer repéré à plusieurs reprises en Nouvelle-Calédonie durant l’année 1923.

Un gendarme à la retraite, M. Millot, gardien de la quarantaine de l’îlot Freycinet, confirma également à son tour le témoignage de la femme kanak Fels. Voici ce qu’il déclara au quotidien néo-calédonien La France Australe : « Le 22 septembre vers 16 heures, étant dans mon jardin, j’ai vu un jet d’eau dans la direction de la Pointe aux Lantanas. Ce jet me semblait avoir la hauteur de la colline qui domine cette pointe ; puis un autre jet moins élevé, plus à l’ouest. Par trois fois en quelques minutes, il m’a semblé voir plusieurs gros animaux, plus fort que des marsouins ; puis avec regret j’avais perdu de vue ces apparitions, quand un bruit sec, formidable, suivi d’un autre plus prolongé, me fit reprendre ma veille. Je vis plusieurs « morceaux » plus gros qu’un cachalot, puis une masse noire : la queue présentait alors un écran de 2 mètres de hauteur sur 3 mètres de large, environ. Le bruit et les apparitions devinrent plus fréquents et plus nets, la couleur noir persistant.

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« L’animal est venu entre Freycinet, l’île aux Chèvres et la presqu’île Ducos. Le plus beau tableau que j’en aie vu, représentait trois dômes successifs de plusieurs mètres de haut, qui m’ont paru tenir plus de place que son [mon ?] habitation. J’en étais à 1 500 mètres ; ces trois morceaux me semblaient trois baleines à la suite les unes des autres. Je ne puis rendre plus exactement ce monstre, qui m’a paru plus poisson que serpent. La longueur est difficile à estimer. Les trois parties que j’ai vues se touchant presque, mesuraient plus de 20 mètres, et on devinait sous l’eau un prolongement de l’animal. (A moins d’admettre une famille à la queue-leu-leu.) Je n’ai pas vu la tête ; mais à chaque apparition, j’ai entendu ce bruit formidable semblable au barrissement de l’éléphant, suivi du bruit du remous comparable à celui que ferait la chute de nombreuses feuilles de tôle. Il faisait calme plat. »

A nouveau, le dimanche 30 septembre, le monstre apparut. Cette fois ce fut à 3 kilomètres du port de Nouméa, entre l’îlot Maître et le Tabou, que M. et Mme Bailly, accompagnés d’un Kanak nommé Emile, le virent distinctement alors qu’il allaient pêcher en pétrolette. D’après M. Bailly, l’animal « avait érigé son corps verticalement comme un mât. Parfois il y avait deux branches dressées à la fois, comme la tête et la queue d’un même animal. Ces deux branches s’abattaient en sens contraire, et dans le prolongement l’une de l’autre, avec grand bruit. » Mme Bailly précisa que la créature « jetait fréquemment un jet de fumée. »

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L’ensemble de la description laisse supposer, d’après les spécialistes, qu’il s’agirait d’un calmar super-géant. « Par moments il avait projeté ses deux longs tentacules au-dessus de la surface, et parfois il avait rejeté de l’eau ou de la vapeur d’eau par son siphon locomoteur. » Néanmoins, et comme le souligne Bernard Heuvelmans, « cette identification est certainement légitime, mais elle n’explique pas l’excellente description que les femmes indigènes ont faite d’un serpent-de-mer à crinière, dont l’aspect nous est déjà familier. » Et Heuvelmans de conclure que le comportement « insolite et bruyant » de la créature serait la preuve que cet animal était en difficulté dans un affrontement possible contre un Architeuthis (calmar géant)…

Source : Le Grand Serpent-de-mer (Bernard Heuvelmans / éd. Plon / 1975)

Note : Les gravures présentes dans cet article ne sont là que pour l’agrémenter.

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