Monstres sacrés : la Créature de Frankenstein

Posté le 27 décembre 2011

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Le savant Henry Frankenstein n’a qu’une seule obsession : créer la vie artificiellement. Pour mener à bien ses expériences, il va façonner un corps humain à partir de morceaux de cadavres et lui donner vie grâce à la puissance électrique de la foudre. Mais sa création a été dotée par erreur du cerveau d’un assassin…

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FRANKENSTEIN est à l’origine un roman, Frankenstein ou le Prométhée Moderne, écrit en 1816 par une jeune femme de 19 ans : Mary Shelley. Le cinéma en a fait plus d’une centaine de films, des adaptations les plus fidèles aux moins inspirées, en passant par l’utilisation du savant ou de la Créature dans des productions plus exotiques ou détournées. La première date de 1910, mais c’est bien celle de 1931, avec Boris Karloff dans le rôle de la Créature (et non du monstre !), qui a marqué tous les esprits et qui est devenue au fil du temps l’un des plus grands classiques du cinéma fantastique et de science-fiction. C’est de cette version dont nous parlerons ici. Mais avant de commencer, il nous faut réparer une erreur souvent faite : la Créature ne s’appelle pas Frankenstein, Frankenstein est le nom de son créateur. En fait, la Créature n’a jamais eu de nom.

Après l’immense succès de DRACULA de Tod Browning en 1931, Bela Lugosi qui a incarné le célèbre comte est envisagé d’office pour le rôle de la Créature de Frankenstein dans ce nouveau projet Universal. Des tests de maquillage sont effectués, mais c’est l’acteur lui-même qui refuse finalement d’endosser le rôle : il se trouve horrible et méconnaissable. En outre, cette interprétation totalement muette l’inquiète : « Mes fans vont être frustrés », dit-il. Le projet change donc d’équipe, et c’est un certain James Whale qui le récupère.

Jack Pierce, sélectionné dès le départ pour réaliser les fabuleux maquillages de la Créature, s’était lancé entre-temps dans des recherches avant d’aboutir, au bout de six mois intenses, à sa version de la Créature. « Ça a été un travail long et difficile pour tenter de trouver des solutions et des explications à ses agissements », déclare Pierce à propos de Frankenstein. « Frankenstein n’était pas un docteur, mais un scientifique, donc… Il devait ouvrir le crâne avant de le refermer en utilisant des rivets. Il m’a aussi fallu ajouter les éléments électriques permettant de connecter l’alimentation sur le cou. » Et c’est finalement Henry Pratt, alias Boris Karloff alors âgé de 43 ans, qui est choisi pour le rôle de la Créature de Frankenstein parmi une dizaine de candidats. « C’est moi qui ai eu le plus de chance », déclare modestement Karloff. « Je parle de chance car tous auraient probablement fait aussi bien que moi et en auraient tiré les mêmes bénéfices. »

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Jack Pierce raconte à propos du maquillage : « La perruque était faite à partir de coton hydrophile posé au sommet du crâne pour le rendre plat et proéminent. Plutôt que de lui donner une tête arrondie, cela modifiait la somme de chaque côté. Et nous en créions une nouvelle chaque jour. La grande entaille visible sur son front, témoignant de l’ouverture pratiquée pour y placer le cerveau, nécessitait trois heures de maquillage chaque matin. Ensuite, il fallait placer les électrodes sur son cou. Le maquillage était de la couleur gris clair que j’avais créée avec la société de cosmétiques Max Factor. » Ainsi, durant six semaines, Karloff endure cinq heures de maquillage et deux heures de démaquillage par jour.

Quant à Jack Pierce, il participera à six suites où sa version de la Créature sera à chaque fois différente. Boris Karloff reviendra dans le rôle de la Créature avec LA FIANCÉE DE FRANKENSTEIN (James Whale / 1935) et LE FILS DE FRANKENSTEIN (Rowland V. Lee / 1939). Mais s’il y a bien un film qui demeure à jamais ancré dans la mémoire des cinéphiles et des fantasticophiles, c’est celui de 1931 de James Whale, avec un Boris Karloff des plus impressionnants.

L’avis des spécialistes :

« Karloff apporte à la créature tout son potentiel pathétique et émotif, poussant des cris d’enfant apeuré, tendant des mains hésitantes pour signifier son incompréhension. Sa première apparition est d’autant plus marquante qu’elle est sobre, sans effets d’épouvante appuyé (si ce n’est une série de gros plans de plus en plus rapprochés sur son visage, sous des angles différents), et dans un silence total. [...] Ce crâne carré et cicatrisé, ces paupières lourdes, ce teint blafard se sont irrémédiablement imprimés dans l’inconscient collectif. » (Fantastyka n°6 / Gilles Penso)

 « Cette face douloureuse vissée par de gros boulons à un cou qui ne lui appartient pas, cette face à qui la lumière fait cligner les paupières et qui cherche à entonner quelques mots tandis qu’une main aux doigts malhabiles voudrait bien saisir l’impalpable rayon lumineux qui la frappe, appartient au « monstre » le plus célèbre de l’histoire du cinéma. » (Cent Monstres du Cinéma Fantastique / Jean-Pierre Andrevon & Alain Schlockoff / éd. Jacques Glénat)

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Sources : L’Écran Fantastique, Fantastyka, 80 Grands Succès du Cinéma Fantastique (Jean-Claude Romer & Pierre Tchernia / éd. Casterman), Les 100 Chefs-d’oeuvre du Film Fantastique (Jean-Marc Bouineau & Alain Charlot / éd. Marabout), Histoires du Cinéma Fantastique (Gérard Lenne / éd. Seghers), Cent Monstres du Cinéma Fantastique.

8 commentaires pour « Monstres sacrés : la Créature de Frankenstein »

  1.  
    Trapard
    11 octobre, 2013 | 22:48
     

    Tiens Morbius, on a retrouvé le baron Frankenstein ;-)

    http://www.gizmodo.fr/2013/06/27/greffes-tete-humaine-2-ans.html?fb_action_ids=10151910182687351&fb_action_types=og.likes&fb_source=other_multiline&action_object_map={%2210151910182687351%22%3A489496497796001}&action_type_map={%2210151910182687351%22%3A%22og.likes%22}&action_ref_map=[]

    Sinon, super ton article, et très bien fourni en informations.

  2.  
    12 octobre, 2013 | 11:57
     

    « Là où le rêve et la réalité se confondent… »

  3.  
    Trapard
    9 mars, 2015 | 6:25
     

    Pour les amoureux de la Universal des années 30, il y a ce court-métrage rare (dont la réalisation n’est pas signée) qui traîne sur Youtube : BOO ! (1932). Le court est en partie joué mais il inclue surtout des extraits de NOSFERATU (1922), de THE CAT CREEPS (1930) et de FRANKENSTEIN (1931).

    https://www.youtube.com/watch?v=jpyB6BnMy7A

  4.  
    Trapard
    16 avril, 2016 | 5:27
     

    On parle de Frankenstein et du film de 2015 « Victor Frankenstein » dans Koi ça Geek ? :
    https://www.youtube.com/watch?v=LbDTdfixgTo

  5.  
    16 avril, 2016 | 8:13
     

    Je suis toujours obligé de mettre assez fort pour entendre quelque chose. Ils sont mourants dans cette émission ? :)

  6.  
    Trapard
    16 avril, 2016 | 8:31
     

    La technique n’est pas encore au top.

  7.  
    Trapard
    20 avril, 2016 | 4:49
     

    Et avec un micro-cravate ?

    https://www.youtube.com/watch?v=mEKk1mIuQjg

  8.  
    Trapard
    20 avril, 2016 | 5:09
     

    D’ailleurs j’ai dit une bêtise au sujet de Flash Gordon (et Buck Rogers contre les Hommes-Tigres de Mars).
    Voila ce que c’est de bosser de mémoire.

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