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Archive pour janvier 2012

Les 24 Heures du Fantastique (deuxième partie)

Après vous avoir dévoilé les origines secrètes des 24 Heures du Fantastique, célèbre manifestation cinématographique organisée par le Sci-Fi Club de Nouvelle-Calédonie durant une dizaine d’années, et après vous avoir raconté l’organisation mouvementée de sa première édition (voir ici), Les Echos d’Altaïr vous proposent cette fois-ci un survol des autres éditions, un détour par les splendides affiches du festival et quelques anecdotes croustillantes…

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LES AUTRES ÉDITIONS DES 24 HEURES DU FANTASTIQUE

Le seul « échec » des 24 Heures du Fantastique aura été sa deuxième édition, celle de 1988, toutes les autres ne cesseront chaque année d’attirer toujours et encore plus de monde ! En 1989, alors que le festival était toujours organisé dans la grande salle du Liberty, le bilan atteignait plus de 700 spectateurs, ce fut aussi la première édition qui connut enfin ses affiches imprimées en quadrichromie (500 exemplaires distribués dans la ville de Nouméa) et sa banderole officielle suspendue au-dessus de la rue Jules Ferry. En dehors de la presse écrite, le matraquage publicitaire avait été assuré à la télévision et à la radio. Grâce à l’impulsion de Mandragore, les Affaires Culturelles n’avaient pas hésité à nous soutenir, de même que la ville de Nouméa, la Province Sud, la librairie Montaigne et l’imprimerie Gutenberg 2000 qui subventionneront toujours par la suite le festival.

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Affiche de la 3e édition des 24H du Fantastique.

En 1990, Les 24 Heures du Fantastique obtinrent leur premier spot publicitaire à la télévision avec le soutien de RFO et de Télé 7 Jours. Le bilan du festival atteignit alors presque 1000 entrées ! Je notais dans le numéro 28 de Sci-Fi News (bulletin du Sci-Fi Club) d’août 1991 : « Toutes celles et tous ceux qui ont assisté à l’édition 1990 des 24 HEURES se rappellent encore aujourd’hui des débordements permanents et des bousculades auxquels ils ont dû faire face courageusement ! » Les impressionnantes files d’attente à l’entrée du Liberty, tout comme ensuite à l’entrée du Rex, était le moment propice aux empointements entre spectateurs indisciplinés et impatients, une porte fut même arrachée de ses gonds lors d’une édition des 24H au Rex et la police dut intervenir pour rassembler le public sur le trottoir alors qu’il commençait à déborder dangereusement sur la voie publique ! Ne parlons pas de la salle où les spectateurs s’asseyaient jusque dans les allées…

C’est en raison de ce succès toujours grandissant que Les 24 Heures du Fantastique quittèrent définitivement la merveilleuse salle du Liberty en 1991. Elles rejoignirent alors les trois salles du cinéma Rex et furent même divisées en deux sessions afin de permettre au public d’assister encore plus nombreux au festival ! C’est ainsi que, dorénavant, deux week-ends à la suite allaient les accueillir. De même, le festival revit ses tarifs à la hausse après quatre ans sans augmentation (de 1000 F, la place passait à 1200F, et toujours pour un programme de 13 films). Et comme l’on s’y attendait, Les 24 Heures du Fantastique firent encore mieux que les éditions précédentes avec plus de 1100 entrées. Elles redescendirent légèrement en 1992, puis remontèrent jusqu’à plus de 1400 en 1993 pour atteindre plus de 1700 en 1995 ! Pour une petite ville comme Nouméa, ce furent de beaux records !

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Cliquez ici et pour découvrir un programme des 24H du Fantastique.

LES AFFICHES DES 24 HEURES DU FANTASTIQUE

Lors de notre premier rendez-vous, je vous avais présenté les deux affiches de la première édition des 24H (1987) et celle de 1988 signée Stéphane Roux, dessinateur aujourd’hui célèbre pour ses BD Star Wars ! L’affiche de 1989 fut réalisée quant à elle par la soeur de Mandragore (des Feuillets d’Hypnos). Elle représentait une ancienne montre de poche dégoulinante, en plein centre d’une toile d’araignée, et dans laquelle se trouvait un gros œil… Ce fut la première affiche imprimée en couleur, et elle ne fut pas toujours bien accueillie, en particulier chez un opticien de la place ! Je n’en possède malheureusement plus d’exemplaire.

Par la suite, toutes les affiches des 24 Heures du Fantastique furent l’oeuvre du talentueux Arnaud Pheu, alors membre du Sci-Fi Club. Ce dernier laissait libre cours à son imagination, il y travaillait des mois, et le résultat était merveilleux. Je me souviens des après-midis où je me rendais chez Arnaud pour découvrir, à son invitation, la dernière affiche en date des 24H. C’était toujours un événement fabuleux ! Les affiches étaient imprimées en quadrichromie à l’Imprimerie Gutenberg 2000 de Magenta (laquelle n’existe plus aujourd’hui), tirée aux environs de 300 à 500 exemplaires et distribuée dans toute la ville. L’imprimerie Gutenberg 2000 nous aida beaucoup dans nos projets, qu’il s’agisse des affiches comme des fanzines de l’association, nous réservant toujours les meilleurs tarifs car elle savait que nous étions une équipe de jeunes et que nous n’avions pas de grands moyens.

Voici quelques affiches des 24 Heures du Fantastique réalisées par Arnaud Pheu :

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24 HEURES DU FANTASTIQUE : SOUVENIRS ET ANECDOTES…

Des souvenirs, des anecdotes, j’en ai plein la tête… Les voici en vrac. Je me rappelle qu’il y avait par exemple ces spectateurs qui entraient au cinéma avec leurs oreillers et leurs glacières (éh oui ! 24 heures, c’est long, et il faut se sustenter !). Par la suite, les cinémas Hickson interdiront cette pratique qui faisait du tort à leur buvette !

Dans un autre registre, quand le festival avait lieu au cinéma Liberty, certains petits jeunes en profitaient pour se rendre dans la salle du « Club 18″ où seuls des pornos étaient alors programmés… Il nous fallut bientôt surveiller l’entrée, et cela était l’affaire de notre légendaire  »service d’ordre ». Ah, ce service d’ordre assuré par nos braves « Scifiles » (membres du Sci-Fi Club), et dont les missions étaient de guider les spectateurs retardataires dans la salle (« guides lampe-poche »…), veiller à ce que personne ne fume, tamponner la main d’un spectateur désireux de s’absenter du festival pour quelques instants afin qu’il ne paye pas une seconde fois en revenant, assurer les extraits CD des musiques de films au Liberty, s’occuper du stand CosmoFiction, etc. Ce n’était pas toujours chose facile, en plus il fallait tenir le coup 24 heures !

Il y eut aussi une alerte à la bombe qui perturba le festival une année. Tout le monde se retrouva dans la rue ! Non pas à cause de l’explosion mais de l’évacuation ! La police inspecta les lieux et ne trouva rien, bien sûr. Mais quel bazar ensuite lorsqu’il fallut reprendre le programme : toutes les projections se retrouvèrent décalées… Cela me rappelle également notre fameux projectionniste du cinéma Liberty. Le genre à moitié fou et qui fumait son herbe sans se cacher… Avec lui, nous n’étions jamais sûr de pouvoir présenter les films dans l’ordre et au bon moment. Trapard se rappelle même avoir assisté à une projection de PHANTASM 2 où les bobines avaient totalement été mélangées, offrant à l’arrivée un film qu’il trouva particulièrement original ! Parfois, notre sacré projo en avait tellement marre qu’il supprimait tous les entractes entre chaque film afin de terminer plus tôt le festival ! Ça donnait alors un sacré marathon !

Un autre gars pas très bien dans sa peau, et qui traînait un peu partout à Nouméa à l’époque, s’amusa un jour à balancer de grands coups de pied dans les spectateurs qui attendaient à l’entrée de la salle ! C’était un tel colosse que personne n’osa réagir. Une chance, il ne resta pas longtemps…

Nous avions nos habitués des 24H, des personnes que l’on rencontrait chaque année et qui ne faisaient pas parti de l’association mais qui appréciaient le cinéma fantastique et de science-fiction. Des afficionados qui n’auraient pour rien au monde raté leur rendez-vous annuel avec Les 24 Heures du Fantastique. Nous discutions sympathiquement durant les entractes.

Nous avions beau demander chaque année au public de venir déguisé, personne ne jouait le jeu, ou si peu. Nous nous retrouvions les seuls dans nos tenues de Starfleet, de guerriers, de magiciens… mais on s’éclatait bien !

Un exploit : nous avions réussi à faire revenir spécialement de Tahiti (où les Hickson possèdent également des salles de cinéma) les bobines de STAR WARS IV (alors appelé LA GUERRE DES ÉTOILES) pour l’édition des 24H de 1988 ! Quelle fierté pour nous tous, fans de la saga ! Mais les bobines étaient tellement pourries (pellicule totalement détériorée, scènes manquantes…) que la projection fut un enfer ! Le public ne manqua pas de nous faire savoir son mécontentement (et à juste titre !). Ce fut presque la même expérience lorsque nous avons projeté LE RETOUR DU JEDI. Et notre projectionniste-fou s’en donna à coeur joie pour charcuter la pellicule, à tel point que les plus fans d’entre nous sont allés faire les poubelles du cinoche pour récupérer les morceaux !

Je me rappelle également des réunions avec les hautes instances des cinémas Hickson, à Magenta, dans leurs bureaux. Je m’y rendais en compagnie de Mandragore, lequel possédait bien plus de tact que moi pour arrondir les angles ou proposer une idée. Chaque année, quelques mois avant les 24H, nous nous donnions rendez-vous. Les réunions se déroulaient relativement bien, et je sais que les Hickson appréciaient notre travail et notre engouement (il faut dire qu’on leur rapportait tout de même un peu d’argent !). Une liste de films fantastiques et de SF déjà diffusés en salles nous était proposée. Le bureau du Sci-Fi Club l’examinait ensuite et choisissait alors, par vote, les 13 films du festival. Nous eûmes parfois la chance, mais très rarement, d’avoir une exclusivité. En ce qui concerne le tarif d’entrée aux 24H, les cinémas Hickson prenaient 60% de bénéfice sur chaque entrée et nous laissaient les 40% restants, si mes souvenirs sont bons.

Je me souviens aussi de l’insupportable odeur du tabac qui finissait par m’écoeurer au bout de quelques heures. Le public n’ayant pas le droit de fumer dans la salle ne se privait pas de le faire durant les entractes. À l’époque, le hall du Liberty, comme celui du Rex, n’était plus qu’un immense brouillard de fumée… Et tout ça mélangé aux odeurs des plats préparés à la buvette finissait largement par m’incommoder ! En outre, la fatigue était terrible. Tenir 24H sans dormir : je n’ai jamais, jamais, jamais réussi l’exploit ! Je finissais toujours par m’effondrer dans un fauteuil, quelque part dans une salle ou dans le hall, de préférence dans un coin : pas vu pas pris ! Je suis même allé un jour me coucher sur la banquette arrière de ma voiture. Les Scifiles, eux, tenaient le coup pour la plupart…

Avant de repartir, le lendemain matin, quand enfin le festival était terminé et que nous étions totalement crevés, tout le service d’ordre et moi-même passions dans les salles ramasser les détritus qui jonchaient le sol. Et je ne vous dis pas tout ce que l’on pouvait trouver… On remplissait des sacs poubelle entiers !

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Cliquez sur ce lien pour lire l’article des Nouvelles Calédoniennes.

LA NUIT DU FANTASTIQUE

Lorsque le cinéma Rex a fermé ses portes, Les 24 Heures du Fantastique sont mortes avec lui… ou presque, car elles ont donné naissance à La Nuit du Fantastique dans le multiplexe du Ciné City : 5 films projetés au lieu des 13… Mais les temps ont changé, et ce que les cinémas Hickson acceptaient jadis ne l’est plus aujourd’hui pour des raisons d’organisation et de logistique. C’est normal… ou presque. En tout cas, beaucoup de nostalgiques de l’époque des 24 Heures du Fantastique rêvent encore aujourd’hui à une éventuelle résurrection.

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La SF selon Gilles Deleuze

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Gilles Deleuze :

« Je pense que la science-fiction constitue un phénomène d’une extrême fertilité, dont l’expansion est liée au déplacement de sens que nous accordons à notre culture. Mais je ne puis, toutefois, aller beaucoup plus loin dans l’analyse : penser à la science-fiction de temps en temps est une chose ; penser la science-fiction en est une autre, bien plus difficile. Il y a assez longtemps que je songe à ce problème, mais je n’ai pas encore eu le temps d’y consacrer une réflexion sérieuse et approfondie. » (L’effet Science-Fiction / Igor et Grichka Bogdanoff / éd. Robert Laffont / 1979)



Séquence B.O. : Ladyhawke

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C’est à Andrew Powell, un des compositeurs et arrangeurs du groupe Alan Parsons Project, que l’on doit la jolie bande originale du film de Richard Donner : LADYHAWKE (1985). Andrew Powell participera par la suite à quelques autres musiques de films pour le cinéma et la télévision, et il dirigera des orchestres philarmoniques dont ceux de Londres, de Berlin et de Los Angeles. Le choix d’Andrew Powell pour la musique de LADYHAWKE s’est imposé de lui-même à Richard Donner : notre réalisateur écoutait en boucle le groupe Alan Parsons Project alors qu’il effectuait ses premiers repérages pour le tournage du film. Donner trouvait que le son du groupe se marierait parfaitement aux images qu’il avait en tête.

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Andrew Powell (1949)

« Powell a mélangé la musique orchestrale traditionnelle et les chants grégoriens à de la musique moderne à tendance rock progressif. La musique du film est interprétée par des ex-musiciens de The Alan Parsons Project et par le Philharmonia Orchestra conduit par Andrew Powell » (Wikipédia). Le résultat est une parfaite réussite qui s’intégre merveilleusement bien dans l’univers moyennâgeux du film. Ses détracteurs, et ils sont nombreux, lui ont justement reproché cet aspect trop moderne et décalé. En outre, et je partage ce point de vue, la musique de LADYHAWKE possède aujourd’hui (presque trente ans plus tard) un style bien ancré dans celui des années 1980, époque où fut tourné le film. Par conséquent, certains diront qu’elle a mal vieilli… À présent, place au générique de LADYHAWKE…

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Source : Wikipédia



Feuillets d’Hypnos : Howard ou l’Ange Noir

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ROBERT E. HOWARD (par Mandragore / Publié dans Sci-Fi News 35 d’avril-mai 1993)

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Robert Ervin Howard n’a guère vécu que trente ans, quelque onze mille jours de création continue, de révolte hargneuse, de misanthropie forcenée, de haine de la routine. Trois décennies fulgurantes à moquer nos mesquines vies et notre amour du confort. Nous, les serfs abêtis, les troupeaux bêlants ; lui, le prince de sang, l’Infant de Cimmérie. J’étais un prince de Chine, maître d’un million de lances ; tu étais un poivrot de Brooklin, mendiant des bières au comptoir (Prince et Mendiant). Le voici le guerrier écarlate, le janissaire nocturne des royaumes enfuis ou des mondes à venir ! Poète, il l’est, par son goût de la violence, par son immense faim d’ailleurs. Sombre troubadour, il cherchera en vain dans les épopées sans fin de ses héros sans peur une raison de vivre et de vieillir. D’aimer… En moi ne brûle aucune goutte d’amour mielleux, ni douce compassion pour mon frère ; en vérité je dois posséder l’humanité qu’un couteau à la lame acérée sur une gorge peut mesurer (Invective).

Ne trouve-t-on pas déjà dans les personnages de ses œuvres en prose des figures de bardes : le Ridondo des aventures du roi Kull, le Rinaldo de Conan ? Qui plus est, n’a-t-il pas toujours volontiers admis ses préférences pour Poe, Kipling ou London, qu’il cite à maintes reprises en exergue ? Réciproquement, ses enfants légendaires, de Solomon Kane à Bran Mak Morn, lui inspirent aussi des poèmes. Va-et-vient constant donc de la saga à l’ode, et du scalde au guerrier. « Author and poet » dira plus tard son épitaphe.

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La harpe de fer

Cette passion manifeste de la poésie lui vient probablement de sa mère qui lui récitait, enfant, quantités d’œuvres qu’il mémorisait aussitôt. Il passe ainsi très vite de la fascination de l’auditeur aux affres délicieuses du créateur. Démiurge, le voici à tout jamais investi d’un souffle.

En juin 1923, soit deux ans avant l’édition de son premier récit, la Cross Plains Review publie The Sea, chant prometteur d’un brillant jeune homme de dix-sept ans. Plus de 420 autres suivront ! Weird Tales en acceptera une quarantaine, quelques fragments se feront connaître des initiés au sein de secrets fanzines. Mais une bonne moitié reste, à ce jour, inédite.

Ses principaux recueils, tous posthumes, seront : Always comes Evening, Echoes from an Iron Harp, Etchings in Ivory, The Ghost Ocean, Singers in the Shadows, Night Images, illustrés par Corben et Frazetta. Trop modeste à la manière d’un Michel-Ange qui soutenait au pape Jules II qu’il n’était pas peintre, R.E.H. avait, un jour, déclaré : Je ne suis pas poète, mais je suis né avec une certaine facilité pour faire tinter des petits mots de rien et ces tintements m’ont procuré énormément de plaisir. De toute ma vie, je n’ai jamais consacré plus de trente minutes à l’écriture de mes poèmes mais j’ai passé des heures à apprendre ceux des Grands. Poésie d’instinct ? Voire. L’érudit et l’artiste se cachent souvent sous les masques du béotien et du rustre.

Pourtant, Howard cessa complètement d’écrire de la poésie dans les années 30. Non qu’il n’aimât plus sa lyre tragique, mais celle-ci ne nourrit pas son homme ! Tout juste pouvait-il s’y pendre… Car le fiel et la désespérance de ses vers effrayent les rédactions. Il est vrai que pour lui, la véritable poésie ne traite pas de boutons qui éclosent, de l’oiseau qui gazouille, de l’épanouissement d’une rose. (…) Les poèmes qui embrasent les étoiles sont conçus puis nourris dans les puits ténébreux de l’Enfer, nés de noirs asticots grouillant dans cette coquille que les hommes appellent la tête d’un poète, cloche d’airain remplie à ras bord de brume ardente et de fange dorée. (…) L’épée de la renommée est une faucille ébréchée et ternie, le visage de la beauté un crâne grimaçant (Ce qui ne sera guère compris). 

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Doors of Doom

Obsession du sang, hantise de la mort, traversent, en effet, les deux versants d’une œuvre que martèle le galop des cavaliers de l’Apocalypse : guerriers musculeux agonisant sur un champ de bataille au crépuscule, magie noire des confins de l’Égypte et de la Strygie, regard morbide porté sur la face cachée des mondes ou des êtres. Howard est un poète puissamment visionnaire, étranger aux rites puérils de notre civilisation mécanique, un homme en proie aux plus noirs cauchemars car voyant au-delà. Fou solitaire, atlas incompris, il cache en lui des villes, des spectres, des vengeances. Ici, nulle nature débonnaire, nulle Providence, nul doux automne où bercer sa mélancolie, mais le désert âpre et la soif, l’odeur sèche des ruines et des remparts, l’iode des mers anciennes ou la pourriture des marais millénaires. Nulle femme non plus, hors quelques figures inhumaines de prêtresse ou de sorcière. Ni coeur vivant, ni déité miséricordieuse. Isolé entre tous, sevré trop tôt de l’amour, il emprunte souvent l’argot des délaissés, le slang des vagabonds du rail, celui des clochards et des chômeurs de la Grande Dépression. Assailli, par les Ténèbres du Dehors et de l’En-Dedans, le poète se sent dépossédé, privé de sa véritable essence. Marionnette pathétique il n’aura pour seule couronne que son glaive brisé, pour seul espoir qu’une mort rapide, celle du sommeil éternel ou des royales métempsychoses. 

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Une âme nue

Pas ou peu d’écart entre l’homme et l’œuvre. Ses textes sont des transcriptions brutes, émouvantes par leur authenticité. Car au-delà du fracas des lances, au-delà des outrances, des couleurs et des bruits, une âme nue murmure. Dans Le Tentateur, R.E.H. avoue ainsi son désir grandissant d’aller vers le jour caché derrière le lourd rideau du monde. Appel à la mort libératrice, aux flots bénis de la destruction, incantation à la folie exterminatrice remplie de bébés embrochés et de vierges souillées. Car l’homme est condamné. Face à la faux qui siffle, il se sauve en écrivant « au rythme des tambours et des tam-tams », en déversant sur nous le contenu de son noir calice. Avec H.P. Lovecraft et Clark Ashton Smith, Howard constitue une singulière trinité fantastico-poétique. Leur génie jadis accoucha d’un univers monstrueux dont le lecteur se délecte. Rêveurs, ils sont partis tous trois dans le torrent des siècles, pâles mais non défaits puisque leur âme, à travers nous, éternellement, voyage.

- Mandragore -



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