MANOS, THE HANDS OF FATE (1966)

Posté le 20 novembre 2013

MANOS, THE HANDS OF FATE (1966) dans Cinéma bis 13112007431015263611748878

Pour changer, voici un petit nanar (ou un gros, selon l’émotion ressentie en regardant le film) pour se détendre les neurones. MANOS, THE HANDS OF FATE est considéré comme l’un des plus mauvais films américains de tous les temps. Nanarland, le site des mauvais films sympathiques, indique même pour le répertorier : « Genre : Néant filmique ». Ça annonce assez la couleur.

Nanarland d’indiquer encore : Manos – The Hands of Fate (littéralement « Mains – Les Mains du Destin ») est supposé être un film d’horreur mystérieux et angoissant. Il nous raconte l’histoire d’une famille ordinaire perdue dans la campagne qui trouve refuge dans une demeure isolée occupée par un certain Torgo qui prétend n’être là que pour « garder la maison lorsque Le Maître s’absente ». Il s’avèrera en fait que « Le Maître » est une sorte de sorcier qui aime collectionner les épouses et jettera son dévolu sur la jeune mère de famille. Torgo, il devient très vite notre ami. Avec sa démarche bizarre, sa tronche pas possible et ses répliques de folie, il monopolise l’attention dès qu’il est à l’écran. En comparaison, même le Maître apparaît plutôt palot mais sauve l’honneur par ses grands mouvements de cape, sa moustache occulte et ses phrases définitives sur la vie, la mort, et Manos. Étonnamment, je suis forcé de reconnaître que les acteurs qui tiennent ces deux rôles sont plutôt bons. Les personnages qu’ils jouent sont grotesques mais eux-mêmes s’en tirent plutôt honorablement et semblent réellement s’impliquer dans le film.  À l’inverse, les trois membres de la famille sont insipides à l’extrême, un trio d’inexpressivité mollassonne qui joue avec autant de conviction qu’un chou-fleur. A leur décharge le doublage, qui leur colle des voix monocordes et ânonnantes (mention spéciale à la gamine, insupportable) et a aussi sa part de responsabilité, manque de professionnalisme bien compréhensible vu l’inanité abyssale des dialogues. 

Toujours pour plaisanter, et avant de vous laisser découvrir ce chef d’œuvre du cinéma d’erreur, je vous donne encore quelques indications sur le tournage du film, et sur sa sortie en salles, trouvées sur Wikipedia :

Le film est également connu pour ses conditions de tournage catastrophiques et les incidents survenus durant celui-ci:

-Pour tourner, le réalisateur, Harold Warren ne disposait que d’une caméra à ressort pouvant filmer maximum 30 secondes en une fois. Cette dernière ne pouvant pas enregistrer d13112007491515263611748883 dans Cinéma bis américainu son, toutes les répliques ont été post-synchronisées.

-Sur l’un des plans, on peut apercevoir brièvement un clap.

-Le plan-séquence où le paysage défile devait contenir le générique, mais ce dernier est inexplicablement absent. Selon certaines rumeurs, le réalisateur aurait oublié de signaler au laboratoire qu’il voulait mettre le générique à ce moment-là.

-L’actrice Joyce Molleur s’est cassée une jambe et a donc été incapable de jouer son rôle initial, c’est pourquoi ses apparitions se limitent à des scènes où elle embrasse langoureusement son compagnon dans une voiture.

-Le film a coûté moins de 19 000 $, la plupart des revenus émanaient des acteurs qui avaient payé pour jouer dans le film…(Note de Trapard : c’est vraiment ingénieux ! Comment n’y-ai-je jamais songé ?)

-La scène où on voit le serpent est un stock-shot d’un documentaire sur les animaux réalisé par Walt Disney.

-Le comédien, John Reynolds devait porter des prothèses pour que ses jambes aient la forme de celle d’un bouc. Ces dernières ayant été mal mises, elles ont provoqué une déformation des rotules qui le fera souffrir jusqu’à sa mort.

-La première du film a tourné à l’émeute, obligeant l’équipe du film à quitter la salle pour ne pas se faire lyncher.

-Selon certaines rumeurs, John Reynolds était sous LSD pendant le tournage, ce qui pourrait expliquer son comportement bizarre et ses tremblements incessants dans la quasi-totalité des scènes où il apparaît.

Mais ne spoilons pas plus votre impatiente attente, et voici donc MANOS, THE HANDS OF FATE de Harold P. Warren, en version complète, en v.o. :

Image de prévisualisation YouTube

- Trapard -

7 commentaires pour « MANOS, THE HANDS OF FATE (1966) »

  1.  
    Jean Beauvoir
    21 novembre, 2013 | 11:10
     

    Bien que ce film semble avoir quelques fans, en ce qui me concerne, je pense que je ne vais pas fournir d’effort pour m’y exposer. Il y a tellement de bons films à voir, pourquoi perdre du temps avec les mauvais.
    Le cinéma est assez particulier pour cela. C’est un art où la mauvaise qualité obtient une certaine reconnaissance : le fameux cinéma « Z ». Il est moins fréquent d’entendre dire : « Cette musique est très mauvaise, super, j’achète de suite le CD » ; ou alors : « le cuisinier de ce restaurant est très mauvais, on va s’éclater ! » Mais dans le cinéma, le mauvais est apprécié. Curieux non ? Ça mériterait une étude sociologique. On dira que le « Z » fait rire. Sans doute, mais l’explication semble insuffisante, car une bonne comédie sera plus efficace. Je soupçonne que le « Z » à cette particularité de trahir, bien plus que le cinéma plus élaboré, la subjectivité du réalisateur et de ses acteurs. Car l’art de la comédie c’est avant tout d’incarner un personnage, de créer une illusion, d’emporter le spectateur dans un imaginaire. Le comédien compose, et s’efface derrière le rôle qu’il interprète. Le réalisateur recrée un monde imaginaire qui nous absorbe le temps du film. Tout cela tombe à plat dans le cinéma « Z », et il ne reste que la réalité des mauvais acteurs, mal dirigé, dans un décor nul ou absent. C’est une sorte de reality-show, les personnages sont à nu et évoluent dans le rien. D’une certaine manière, en échouant la « déréalisation » caractérisant la magie du cinéma, le « Z » dégrade cet art en le vidant de son essentiel. À éviter.

  2.  
    Trapard
    21 novembre, 2013 | 11:57
     

    Tu réfléchis trop, Jean Beauvoir. Moi, je trouve que mettre en avant le Z (sans parler d’achat), c’est prouver l’accessibilité et la démocratisation d’un art. Je crois que c’est dans cette intervalle entre le film très réussi, et celui qui est raté (et dont la lecture est à la portée de tous) que l’on voit naître de nouvelles vocations.
    Et je suis sûr que c’est le cas dans chaque domaine de création.

  3.  
    Trapard
    21 novembre, 2013 | 12:48
     

    Puis d’ajouter, que je pense que Les Échos d’Altaïr a aussi le mérité de ne pas être un catalogue de vente en ligne, mais un blog de fans. Mais pas uniquement, et c’est ce qui fait la valeur du blog, puisqu’avec Morbius, nous présentons aussi les facettes ridicules du cinéma de genre dans plusieurs rubriques. Ce que faisait déjà Jean-Pierre Putters avec ses Craignos Monsters, d’ailleurs.

  4.  
    Jean Beauvoir
    21 novembre, 2013 | 12:53
     

    Est-ce bien toi, Trapard, qui appelle à moins de réflexions, alors que tes articles sont si riches de brillantes considérations érudites ?
    De toute façon nous sommes d’accord, puisque je ne parle pas d’œuvres de jeunesse, fruits de réalisateurs prometteurs, mais désargentés. Je parle de ceux qui s’obstinent dans le mauvais, histoire de se faire quelques dollars (le choix de la devise n’est pas fortuit) profitant de la crédulité des spectateurs.
    Puisque nous parlons ici de cinéma de genre, je pense que les trop mauvaises productions discréditent ce cinéma, déjà très marginalisé.
    Je pense que le « Z » est l’incapacité à optimiser les moyens disponibles. C’est-à-dire que si l’on ne dispose pas du financement ou du talent pour un maquillage monstrueux par exemple, on renonce à filmer le monstre en question, et on n’essaie pas quelque chose avec des pochons troués et du ketchup. On modifie sa mise en scène ou son scénario, on suggère, etc. Certains y parviennent très bien (dont toi d’ailleurs, si je puis me permettre).
    Bon ben c’est mon point de vue
    Et puis maintenant nous nous connaissons suffisamment pour que tu m’appelles Jean. Jeannot ce sera pour plus tard.

  5.  
    Jean Beauvoir
    21 novembre, 2013 | 13:02
     

    Oui, ta précédente remarque est juste. Tu as touché ma corde sensible : il faut parler de tout. Loin de moi l’idée d’une censure. C’est simplement qu’il m’est arrivé trop souvent (je ne pense pas être le seul) de voir s’afficher un générique de fin avec l’impression d’avoir perdu mon temps devant une grosse daube n’ayant pas tenu ses promesses. Mais je reconnais que c’est là quelque chose de bien subjectif, et qu’il n’y a pas réellement moyen de faire un tri préalable valable pour tous. Donc, tu as raison Trapard. Tu as le dernier mot… mais je me vengerai Arf ! Arf ! Arf ! THE END.

  6.  
    Jean Beauvoir
    21 novembre, 2013 | 16:39
     

    « Tu réfléchis trop » dixit Trapard… (Arf! Arf! Arf!)

  7.  
    Trapard
    21 novembre, 2013 | 16:54
     

    Déformation professionnelle ;-)

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