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RICHARD MATHESON : STEEL / L’INDÉRACINABLE (1956)

Posté le 13 décembre 2013

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Erwelyn, du site Culture Martienne, vous invite désormais à découvrir ou redécouvrir une nouvelle de science-fiction ou de fantastique. Laissons donc la place, régulièrement, au travers de cette rubrique, à ces petites tranches de littérature tout aussi passionnantes, originales et dignes d’intérêt que les romans.

13121208303815263611811418 dans LittératurePour commencer cette rubrique, rendons hommage à Richard Matheson disparu cette année. Ses nombreuses nouvelles écrites entre 1950 et 2003 sont assez irrégulières et souffrent quelques fois d’une traduction simpliste qu’il faudrait ré-envisager où la redondance de vocabulaire est de mise. Nombre d’entre elles restent pourtant gravées dans notre mémoire grâce à leur adaptation dans la série Twilight Zone (La Quatrième Dimension).

Steel écrite en 1956 traite d’un des thèmes les plus récurrents du genre : les robots/androïdes. Mais aussi de dystopie, de futur proche.

Nous projetant en 1997, un jour de grosse canicule, la nouvelle s’ouvre sur la conversation entre le manager Tim « Steel » Kelly et son acolyte mécanicien Pole. Entre eux, « Battling Maxo », leur roBoxeur ancienne génération, un B-2, est l’objet de leur préoccupation. Il doit combattre le soir même un B-7, certes pas encore rodé mais techniquement bien plus performant que leur robot rouillé.

Dans ce monde futuriste, les combats de boxe avec des humains ont été totalement abolis. Des androïdes (plus que des robots) ont pris la place des sportifs sur le ring. Ils sont à s’y méprendre aussi ressemblants que possible aux humains : de la peau, du sang. Or le B-2 de Steel est bon pour la casse. Malgré les avertissements de Pope, il s’obstine. Mais quand une pièce maîtresse casse quelque temps avant le combat, la seule solution qui leur reste est que Kelly, ancien boxeur, se substitue à Battling Maxo.

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Dans ce futur, on ne fait plus se combattre les humains. Ce pourrait être une bonne chose. Mais cela pose d’autres problèmes. D’abord celui de l’évolution technologique et de l’écart qu’elle creuse avec les populations moins argentées. Il est clair que c’est le manque d’argent qui ne permet pas à Kelly et à Pope de pouvoir faire combattre leur robot, voire acquérir un robot de nouvelle génération. Ensuite, est évoquée l’obstination de Kelly à vouloir absolument continuer de combattre avec son B-2. Il y a un refus tacite à accepter qu’il n’est plus le meilleur, qu’il est dépassé, tout comme il a été cruel pour lui-même d’admettre qu’il ne boxerait plus qu’au travers d’une machinerie robotisée. Cette résistance à l’évolution technique l’amène en se substituant à Maxo, à démontrer que l’humain a encore sa place dans ce bas monde. L’affrontement qui s’ensuit sur le ring est bien sûr cruel. On assiste au massacre d’un homme aux abois, désespéré, prêt à tout pour gagner et dont le seul atout est sa rage de vaincre. L’auteur ne relativise d’ailleurs pas le combat. Le monde de la boxe y est très bien retranscrit tant dans sa violence physique que psychologique. Même avec des androïdes, ce sport reste brutal, corrompu et fait appel aux bas instincts des spectateurs.

L’adaptation scénarisée par Richard Matheson lui-même et réalisée par Don Weis en 1963 pour la série Twilight Zone (Saison 5 ép. 02) est très fidèle à la nouvelle de départ. Seule la date futuriste a été ramenée à 1974 au lieu de 1997 et quelques détails sans grandes importances ont été réutilisés différemment. Lee Marvin endosse admirablement le rôle de Tim « Steel » Kelly, tandis que Joe Mantell prend les traits de Pole. Dans la conclusion de l’épisode, Rod Sterling met l’accent sur le potentiel de l’humain à rester tenace et optimiste quoiqu’il arrive. Ainsi, Steel, malgré sa défaite, ne pense qu’à une chose : retaper son B-2 avec le peu d’argent récolté.

S’il n’était cette belle leçon de positivisme, on pourrait aussi se dire qu’il ne cherche pas à évoluer avec son temps. A vouloir concentrer ses efforts sur un vieux tas de ferraille alors qu’il pourrait au contraire essayer de s’en procurer un plus récent, ne manifeste-t-il pas autant une marque d’anti-consumérisme que d’immobilisme ? L’indéracinable Steel n’est pas un robot, il est juste un humain plein de contradictions.

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Avant l’adaptation de 2011 de Shawn Levy qui se veut très familiale, c’est chez les Simpsons qu’on retrouve une référence notable à la nouvelle de Matheson. En effet, en 2004, l’épisode 09 de la saison 15, Robotflop (I, (Annoyed Grunt)-Bot), rend hommage à Steel (tout en faisant des clins d’œil à I-robot – pour titre -, à Robocop, à Terminator et aux lois de la robotique d’Asimov). Homer y construit pour son fils Bart un robot qui, malheureusement, ne marche pas. Homer se fait alors passer pour le robot. Mais Bart l’envoie dans la Baston des robots, une émission où des robots se battent ignorant que son père est à l’intérieur. À mesure que les combats se suivent, les adversaires sont de plus en plus forts. A la fin, Homer est expulsé de sa boîte par un robot menaçant qui s’arrête immédiatement car il est programmé pour ne pas blesser les humains.

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La version 2011, quant à elle, est une sorte de mix entre SF, film sportif et drame familial. Rien qu’en cela, il s’éloigne de l’aspect dystopique de la nouvelle initiale. C’est bien plus une histoire sur la relation père/fils qu’homme/robot. De plus la nouvelle fait référence à des androïdes faits de chair et de sang et les robots de Shawn Levy relèvent plus de l’esthétique des méchas japonais. Cela reste un film très agréable à regarder que Matheson lui-même dit avoir apprécié.

- Erwelyn -

- Steel / L‘indéracinable dans le tome 1 des Nouvelles de Richard Matheson publié chez J’ai Lu.
Steel S05-09 de Twilight Zone à visionner ici.
– Autre texte de 1956 mettant en scène des robots boxeurs : Title fight de William Gault

4 commentaires pour « RICHARD MATHESON : STEEL / L’INDÉRACINABLE (1956) »

  1.  
    Trapard
    14 décembre, 2013 | 0:01
     

    Superbe première participation à LEA, Erwelyn !
    Je m’abstiendrais de le commenter, mais par contre , je partage ton article sur les réseaux sociaux.

  2.  
    erwelyn
    14 décembre, 2013 | 2:37
     

    Merci Trapard.
    Je mets un petit mot aussi sur le forum.

  3.  
    14 décembre, 2013 | 7:52
     

    J’avais déjà eu l’occasion de le dire à Erwelyn, mais je le redis ici : « C’est parfait ! » On a de la chance de vous avoir toi et Flynn dans Les Echos d’Altaïr. ;-)

  4.  
    Dom
    15 décembre, 2013 | 0:11
     

    J’ai bien aimé ce film et j’avoue avoir découvert avec ton article qu’il était inspiré d’une nouvelle de Matheson … que j’apprécie pourtant particulièrement ! Je suis d’accord sur le fait qu’il traite au moins autant des rapports père/fils que des rapports humains/robots. A noter aussi, j’avais beaucoup aimé la B.O. et la chanson style « folk » de Alexi Murdoch.

    Sinon j’adore les nouvelles. C’est dommage qu’elles n’aient pas plus de succès. C’est un genre qui recèle de bijoux cachés… Tu vas nous les faire découvrir. Bravo ! :D

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