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KIM STANLEY ROBINSON : VENICE DROWNED / VENISE ENGLOUTIE (1981)

Posté le 19 janvier 2014

KIM STANLEY ROBINSON : VENICE DROWNED / VENISE ENGLOUTIE (1981) dans Erwelyn 14072703494415263612413227

Erwelyn, du site Culture Martienne, vous invite régulièrement à découvrir ou redécouvrir une nouvelle de science-fiction ou de fantastique.

zXUxIb-venise1 dans LittératureUne planète … où le cauchemar des Vénitiens est devenu réalité, contraignant l’un des derniers habitants de la cité à pêcher au fond des eaux les trésors qui iront orner les maisons japonaises.

Cette nouvelle de Kim Stanley Robinson a été écrite en 1981. De l’auteur on connait surtout sa Trilogie Martienne (Mars la rouge, Mars la verte et Mars la bleue). Bien que romancier aujourd’hui très prolixe, on lui doit également de nombreuses nouvelles, lui qui est né dans la même ville que Ray Bradbury. A croire qu’il a hérité d’une très bonne influence.
Venise engloutie aborde plusieurs thématiques telles que les futurs proches, les villes futures, les changements climatiques et les univers post-apocalyptiques. Mais tout ceci ne sert que de décor à l’auteur pour exprimer une intension plus profonde encore : une parabole biblique dénonçant les dérives de l’humanité.

En 2040 après qu’une pluie dévastatrice se soit abattue sur la terre provoquant la montée des eaux et submergeant plusieurs régions du globe, les habitants de Venise bâtissent de nouvelles maisons dans le prolongement des structures englouties.

Un duo de japonais cherchent à récupérer dans la cathédrale Santa Maria Ascunta submergée, sur l’île de Torcello au nord-est de Venise, La Teotoca Madonna, une célèbre mosaïque qu’ils entendent remonter carreau par carreau afin de la ré-exposer au Japon. Pour ça, ils ont besoin d’un guide et font appel à un canotier vénitien, Carlo Tafur, par les yeux desquels nous est décrite l’aventure.

0XUxIb-venise2 dans Science-fictionL’auteur s’attarde sur l’histoire de Torcello. Ses moments de gloire, lorsque l’île était encore un comptoir commercial important, qu’elle prospérait à l’intérieur de la confédération d’îles qui donnerait naissance à l’État vénitien. Et elle ne comptait pas moins de dix églises et plusieurs couvents. Mais à partir du XIIe siècle, la navigation devint difficile en raison de l’envasement de la lagune qui l’entourait. À cela s’ajouta la malaria et l’île finit par être totalement désertée, laissant derrière elle un patrimoine pillé pour être réutilisé au cours du XVe siècle pour le développement de Venise. Ainsi Robinson fait un parallèle entre les pillages du passé et ceux du présent.

Alors qu’ils sont arrivés à destination, Carlo, soudainement submergé par la beauté de La Teotoca Madonna réalise l’horreur de ce pillage qui le fait pourtant vivre depuis que Venise est sous les eaux.

Une tempête se lève et il décide d’abandonner les deux étrangers à leur travail promettant de revenir plus tard les chercher quand le vent et la pluie auront cessé. Mais en reprenant la mer, sur son bateau terriblement malmené, il s’égare, lutte contre les éléments et échoue dans un campanile émergé, occupé par une vieille femme qui pense voir, enfin, arriver la Mort.

Ici, les références bibliques sont pléthores. Elles amèneront Carlo à se détacher de la simple nécessité qui est la sienne : survivre par tous les moyens.
Le campanile découvert, pourrait être celui de l’église San Nicolo al Lido qui est rattachée à la cérémonie ancestrale du mariage avec la mer qui symbolise la domination de Venise sur les eaux et se manifeste par le lancer d’un anneau d’or dans la mer.

La vieille femme, elle, pourrait illustrée l’Humanité abandonnée de Dieu pour ne pas avoir assez honoré, préservé, ce lien entre l’Homme et la Nature que Dieu avait tacitement autorisé. En pénitence, elle accepte de vivre, d’endurer la misère de la désalliance. Elle honorera son mariage à Dieu jusqu’à la mort même si parfois, la Mort, elle l’espère. La rupture de Dieu et des hommes est doublement symbolisée par l’évocation d’un verset de la bible : « Et le second Ange versa sa fiole sur la mer, et elle devint comme le sang d’un corps mort, et toute âme qui vivait dans la mer, mourut. »

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Ainsi, autour de cette église engloutie et partout sur Terre, Dieu a repris le pouvoir et retourne la Nature contre ceux qui étaient censés la dominer mais aussi la protéger.

Le lendemain, alors que la mer et le ciel ont retrouvé leur calme, Carlo retourne vers Venise. Dans le panorama qui s’offre à lui, il prend conscience que toute la société repose désormais au faîte des campaniles, des basiliques, des dômes qui furent dressé dans le passé pour mieux se rapprocher de Dieu. Le lien est prêt à être renoué.
Toujours remonté contre les pilleurs, il accepte quand même d’aller les rechercher mais lui qui pensait jusqu’à présent que chaque plongée privaient Venise de son âme, réalise qu’il n’en est rien : « Qu’ils prennent ce qu’il y avait sous l’eau. Ce qui vivait de Venise était toujours à flot ».

- Erwelyn -

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