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A.M. BURRAGE : THE WAXWORK / FIGURES DE CIRE (1931)

Posté le 9 février 2014

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Erwelyn, du site Culture Martienne, vous invite régulièrement à découvrir ou redécouvrir une nouvelle de science-fiction ou de fantastique.

14020908304615263611967807 dans FantastiqueRaymond Hewson, journaliste indépendant, demande l’autorisation au directeur de passer une nuit dans « l’Antre des Assassins » de son musée de cire londonien. Cette pièce réunit les plus vils des meurtriers et c’est pour Hewson l’opportunité de vendre un article et de gagner quelques livres supplémentaires grâce au pari lancé par le directeur.

« Il ne bougeait pas, étant incapable du moindre geste. Mais cela n’avait rien d’étonnant, somme toute, puisqu’il était de cire »

Écrit en 1931 par A.M. Burrage (1889-1956), auteur anglais de nouvelles fantastiques et horrifiques, ce texte a une importante dimension psychologique. Tout en décrivant un personnage intelligent mais peu enclin au succès et habitués aux rebuffades, il glisse dans le début de son récit des pointes d’humour comme pour dédramatiser ce qu’il se prépare à nous raconter. Le directeur rit facilement et Hewson lui-même envisage un compte-rendu de sa nuit autant macabre qu’humoristique. Le veilleur aura une parole rigolote, contribuant à ce que l’Antre soit une pièce d’exposition et rien d’autre. Et plus tard encore, le journaliste ira chercher au fond de son esprit une histoire assez drôle pour le détourner de sa frayeur grandissante. Cette désinvolture apparente (« … je sais déjà que je passerai une mauvaise nuit dans votre Antre des Assassins, qui ne présente évidemment pas le confort d’une chambre d’hôtel. ») est sa seule parade face à son appréhension.

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A.M. Burrage amorce ainsi son histoire. Cette dernière ne va pas tarder à virer à l’horreur et cela commence dès les quelques lignes qui décrivent l’Antre à la manière d’un conte gothique : manoir, chapelle, salle de torture, culte impie sont les mots employés par l’auteur. Suivent les descriptions des statues de cire parmi lesquelles tous des criminels connus et pendus (et pour cause, le musée de Burrage est la copie conforme du célèbre musée de cire londonien de Madame Tussauds) à l’exception du Dr Bourdette, inventé. Puis vient le moment où Hewson se retrouve seul avec la certitude grimpante que les figures de cire bougent. Cette transition est sans doute un peu rapide, l’auteur ne semblant pas vouloir faire monter le suspense mais plutôt plonger rapidement son héros dans les méandres de la folie.

Les seconds rôles immortalisés dans la cire deviennent des personnages à part entière, mais c’est évidemment le Dr Bourdette et ses grands yeux d’hypnotiseur qui feront sombrer le gratte-papier de l’autre côté. Burrage utilise alors une technique peu conventionnelle du récit : la double chute. Une première révélation (que je ne dévoile pas) concernant cet assassin, très cartésienne, est d’abord proposée et semble arriver trop tôt, puis, revirement de situation pour laisser place à la vraie chute qui, elle, tient de la médecine et de la psychiatrie. 

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Ce texte assez court mais efficace a été porté à l’écran en 1959 par Robert Stevens pour la série Alfred Hitchcock présente (S04-EP27). Le réalisateur prend certaines libertés avec le texte de Burrage qui ne sont pas dénuées d’intérêt avec des réagencements quelques fois en opposition totale à l’œuvre originale. Ici le journaliste Houston (et non plus Hewson) est un fringant jeune homme élancé en prise avec des dettes de jeu. L’humour n’y a pas sa place. Il est bien trop sûr de lui. L’épisode s’ouvre longuement sur l’atelier de conception des statues de cire. Dès le départ, par l’imagerie des mains, des pieds, des visages pendant au mur comme des membres coupés ou de la boîte d’yeux de verre, on est un peu troublé. Comme si montrer l’envers du décor devait aider Houston par la suite à se rappeler que ce ne sont que des êtres factices. L’attitude du directeur, par contre, est traitée avec une certaine ambigüité vis à vis de ses spécimens : comment il en parle, comment il caresse une main ou jette une tête ratée dans la cire chaude…

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Une donnée différente et importante rompt définitivement avec l’approche de Burrage : alors que ce dernier n’enfermait pas son héros à clé (il était libre de sortir à tout moment, et seule sa peur du qu’en-dira-t-on l’en empêcha), ici, il est bouclé dans l’Antre, ce qui déclenche chez lui avant l’heure une grande émotion car il est claustrophobe. Une fois la nuit avancée et pour s’occuper, Houston parcourt la salle, seul, à l’aide de la brochure du musée (on notera ici la présence de Landru) puis il est très vite sujet à des hallucinations. Robert Stevens inclut de-ci de-là des éléments du cinéma d’horreur. Images déformées, tête d’un guillotiné qui tombe et surprend téléspectateurs et héros, une machine de torture malencontreusement déclenchée, jeu des ombres, sueur qui dégouline sur le visage de Houston, gros plans sur les masques de cire, succession de plans simulant le déplacement des statues, etc. En cela, cette interprétation du texte est bien plus angoissante.

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Le personnage de Bourdette, magnifiquement joué par l’acteur et mime israélien Shaike Ophir, est à la fois beau, maniéré (limite ambivalent), charismatique ! La scène qui l’oppose à Houston est grandiose. Toutefois la chute orchestrée par Stevens est là encore bien différente puisque qu’elle œuvre complètement dans le sens du surnaturel, le remaniement se prêtant mieux au concept de l’émission d’Hitchcock.
Il y a tellement de détails différents que finalement on peut aisément lire et regarder ces deux œuvres de manière distincte, chacun ayant une vision différente d’une nuit passée au musée.

14020908392815263611967820Anecdote :
Tous les criminels connus cités ont été pendus. Au moins les neufs premiers sont ou ont été exposés chez Madame Tussauds dans « la Chambre des Horreurs ».
John Thurtell ; le couple Frederick Bywaters & Edith Thompson ; Percy Lefroy ; Amelia Dyer ; Charles Peace ; Norman Thorne ; Herbert Armstrong ; Harvey Crippen ; Frederick Browne & William Kennedy ; Patrick Mahon ; Jean-Pierre Vaquier

Pour en savoir plus sur cette nouvelle ou son thème en général

Le musée de cire est un endroit propice à l’angoisse. Plusieurs auteurs et cinéastes l’ont exploité avec plus ou moins d’originalité. Voici quelques références sur lesquelles méditer.

Le texte Waxworks en anglais (PDF)
À lire en français dans le recueil
Histoires abominables d’Alfred Hitchcock (Presses Pocket)

Essai :

Wax Works : a cultural obsession de Michelle E. Bloom (2003). Un essai incroyable (non traduit) sur ce thème, avec entre autre une analyse ultra pointue de la nouvelle de Burrage (chapitre 5)

14020908411015263611967821Autres nouvelles :
- Figures de cire d’André de Lorde
- L’Horreur dans le musée
(The Horror in the Museum) (1933 dans le magazine Weird Tales). Bien qu’elle ait été publiée sous le nom de Hazel Heald, elle a été en réalité écrite par H. P. Lovecraft.
- Figures de cire (Waxworks) de Robert Bloch (1939 dans Weird Tales)

Films :
- Figures de cire de Maurice Tourneur(1914)
-
Les Masques de cire (Mystery of the Wax Museum) de Michael Curtiz (1933) et ces trois remakes : L’Homme au masque de cire (House of Wax) d’André De Toth (1953) ; Le masque de cire (M.D.C. – Maschera di cera) de Sergio Stivaletti (1996) ; La Maison de cire (House of Wax) de Jaume Collet-Serra (2004)
-
Charlie chan at the wax museum(1940)
- La
maison qui tue (The House That Dripped Blood) de Peter Duffell(1970)

- Le Piège (Tourist Trap) de David Schmoeller(1979)
-
Waxwork de Anthony Hickox (1988) et sa suite Waxwork 2 – Lost in Timeen 1992

- Erwelyn -

6 commentaires pour « A.M. BURRAGE : THE WAXWORK / FIGURES DE CIRE (1931) »

  1.  
    erwelyn
    9 février, 2014 | 19:28
     

    oops, me suis rendu compte que j’avais omis de mettre lien vers la vidéo : http://www.youtube.com/watch?v=HnotkrF1QiA
    Hervé, crois-tu que tu pourrais le rajouter dans le corps du texte sous le lien vers le texte ? ça serait peut-être qu’ici dans les coms.

  2.  
    Dom
    9 février, 2014 | 19:30
     

    Super ! ça donne aussi envie de voir l’adaptation. Il est vrai que le thème est particulièrement approprié à l’angoisse. A chaque fois que j’ai visité le Musée Grévin et Madame Tussauds, je me suis fait des films !

  3.  
    9 février, 2014 | 19:53
     

    J’ai mis le lien vers la vidéo. ;-)

  4.  
    Jean Beauvoir
    13 février, 2014 | 9:22
     

    Merci pour cet article très documenté sur ce thème passionnant.
    Au fond, le réveille à la vie de choses inanimées est un ressort essentiel de l’épouvante, du mannequin de cire au zombie, en passant par les poltergeists.

  5.  
    erwelyn
    15 février, 2014 | 17:37
     

    Merci Jean

  6.  
    trapard
    29 décembre, 2015 | 2:30
     

    Erwelyn tu nous manque !!!!!!

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