CREEP (2004)

Posté le 27 février 2014

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CREEP (2004) de Christopher Smith

J’avais très envie d’aborder le cinéma de Christopher Smith sur Altaïr IV, et comme je sais que le réalisateur anglais a autant d’inconditionnels que de détracteurs, je voulais écrire un mot sur ce qui me plait le plus dans ses films, et particulièrement dans le tout premier qui est aussi son coup d’essai, CREEP.

Après deux court-métrages, Smith a tourné une poignée de films de genre dont deux survivals (CREEP et SEVERANCE), un film fantastique (TRIANGLE) et un sujet médiéval (BLACK DEATH). Et là où le cinéma de genre, et en particulier son circuit d’exploitation DVD, nous abreuve de sujets tellement codés et copiés-collés qu’il en devient répétitif et rébarbatif, Christopher Smith fait un effort pour se dégager légèrement des rails de la routine scénaristique. Et il est justement question de rails et de métro dans ce survival suburbain qu’est CREEP.
L’intrigue : À Londres, en sortant d’une soirée arrosée, après avoir cherché un taxi en vain, Kate se décide à prendre le dernier métro de minuit. Sous l’effet de l’alcool, la jeune femme ne tarde pas à s’assoupir sur le quai, mais elle se réveille seule bien après la fermeture de la station. Un train s’arrête soudain en gare et Kate y monte, mais le convoi s’arrête au milieu du tunnel. Une autre personne se trouve pourtant dans la station, et elle traque tout être vivant entre les sous-sols du métro et des canalisations des égouts londoniens…

Sorte de mélange d’influences entre LE LOUP-GAROU DE LONDRES (1981), C.H.U.D. (1984) et de MIMIC (1997), ainsi que du segment (« Whispers ») avec le « Butcher » et réalisé par Brian Yuzna dans NECRONOMICON (1993), CREEP reprend plutôt le sous-genre du Slasher (donc le Survival) pourtant déjà usé jusqu’à la moelle, et en le replaçant dans un tout nouveau contexte plus urbain, voire suburbain.

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Le survival suburbain fera d’ailleurs quelques petits ces dernières années avec entre autres STAG NIGHT (2009) ou THE MIDNIGHT MEAT TRAIN (2008), bien que ce dernier soit plus un dérivé du segment « Whispers » du NECRONOMICON (1993) retouché par Clive Barker.

Pour ce qui est du tueur de CREEP, il définit bien le nouveau prototype des créatures sadiques, méticuleuses et tortionnaires des Néo-Survivals. Alors que dans le Survival façon old-school, comme LA COLLINE A DES YEUX (1977) ou JUST BEFORE DAWN (1980), son origine n’était autre qu’un fantasme de conflit violent entre Bourgeois Bohêmes des Villes et Péquenots des Champs, issu de MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE (1974), DÉLIVRANCE (1976) et autres rape-and-revenge. À l’inverse, les tueurs des Néo-Survivals ont une apparence et une origine nettement plus abstraites, voire même plus psychanalytiques puisqu’on découvre souvent que par le passé, ils ont été les victimes d’une erreur médicale ou d’une quelconque bévue. Jason Voorhees serait passé par là ? C’est aussi très palpable dans l’évolution entre la version de LA COLLINE A DES YEUX de Wes Craven 1977, et celle d’Alexandre Aja en 2006. Une autre époque et d’autres coupables.

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Mais laissons Christopher Smith parler de son CREEP (source Wikipedia) :

«J’ai eu l’idée de réaliser CREEP dans le métro londonien. Alors que la rame s’était arrêtée au beau milieu d’un tunnel. L’attente se prolongea durant de longues, longues minutes, et j’ai pensé aux affres d’une personne qui se retrouverait seule, prisonnière de ce labyrinthe, impuissante et livrée aux fantasmes d’un être maléfique. J’ai soumis l’idée au producteur Jason Newmark, de Dan Films, et me suis immédiatement lancé dans l’écriture. (…) Je me suis attaqué à ce scénario avec le désir immédiat d’injecter du sang frais dans le genre; de m’appuyer sur certains de ses codes, tout en les réorientant dans des directions inédites; de travailler « sans filet », à l’exploration de nos pires angoisses, en commençant par trois des plus basiques : la peur de la solitude, l’angoisse des ténèbres, la claustrophobie. »

« Kate, l’héroïne du film est une femme active, énergique. Les premières scènes nous la montrent évoluant dans un monde qu’elle contrôle parfaitement. Superbe, plein d’humour, vêtue d’une robe griffée, elle exhibe tous les signes de la réussite. Mais ces symboles d’une vie privilégiée ne lui seront d’aucune utilité face à ce qui l’attend. Ses chaussures de luxe ne seront plus qu’une gêne dans ce métro : pour survivre à ses épreuves, Kate va devoir s’adapter… en faisant de ses talons aiguilles une arme. »

«  Je voulais exploiter l’ambiance gothique du réseau londonien, avec ses multiples niveaux et embranchements, propres à dérouter l’usager. J’avais besoin que mon héroïne opère une descente progressive vers des recoins obscurs, qu’elle s’aventure le long de tunnels envahis de toiles d’araignées et y découvre des alcôves secrètes, oubliées depuis plus d’un siècle. »

Deux ans après CREEP, Christopher Smith créera même un nouveau mode de Survival, entre la manière old-school et un humour anglais et moderne très agréable avec SEVERANCE (2006).

 - Trapard -

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Un commentaire pour « CREEP (2004) »

  1.  
    trapard
    10 janvier, 2015 | 17:18
     

    Je viens de voir un très bon film américain du début des Seventies au sujet presque similaire : LE MÉTRO DE LA MORT (1973, « Death Line » ou « Raw Meat ») de Gary Sherman (« Phobie », Réincarnations, « Mort ou Vif », « Poltergeist 3″).

    Dans le métro de Londres, la disparition soudaine d’un notable provoque l’ouverture d’une enquête que les services secrets souhaitent pourtant empêcher. L’inspecteur Calhoun doit se plier de mauvais cœur à l’interdiction formelle d’enquêter. Jusqu’à ce qu’une série de corps mutilés soient découverts. Dorénavant, on a affaire ici à une enquête criminelle…
    Avec Donald Pleasence, Norman Rossington, David Ladd et Christopher Lee.

    À savoir que le film raconte parallèlement, une histoire d’éboulement en 1892 lors de la construction des tunnels du futur métro et que des employés auraient potentiellement survécus à l’aide du cannibalisme…
    Un Survival suburbain avant la mode autrement dit, dont CREEP ressemblerait presque à un remake ou à un reboot.

    Et Donald Pleasence y est excellent comme toujours.

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