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VAMPYR OU L’ÉTRANGE AVENTURE DE DAVID GRAY (1932)

Posté le 8 avril 2014

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VAMPYR OU L’ÉTRANGE AVENTURE DE DAVID GRAY (1932) de Carl Theodor Dreyer

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Mettant beaucoup de temps à se remettre à la réalisation entre deux films, c’est presque quatre ans après la sortie du très beau LA PASSION DE JEANNE D’ARC (1928), qu’il a tourné en France, que le cinéaste danois, C.T. Dreyer tournera VAMPYR OU L’ÉTRANGE AVENTURE DE DAVID GREY (Vampyr – Der Traum des Allan Grey). C’est le Baron Nicolas Louis Alexandre de Gunzburg, chef de rédaction de magazines de mode, qui a produit et commandé à Dreyer un film de vampires où il tiendrait le rôle principal sous le pseudonyme de Julian West. Financièrement franco-allemand, VAMPYR a été réalisé, selon le mode d’exploitation entre 1931 et 1933, en trois versions : allemande, française et anglaise. Sorti en France en 1932, le film ne sortira au Danemark que l’année suivante. L’histoire veut que les comédiens du film n’étant pas des professionnels du métier, et ne pratiquant pas les trois langues d’exploitation à la fois, le réalisateur a réduit les dialogues au strict minimum, deux éléments qui accentuent l’étrangeté de VAMPYR, dont l’orthographe du mot n’existe d’ailleurs en aucune langue.

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Tourné à l’arrivée du cinéma parlant, VAMPYR est un exercice de style pour Dreyer qui considérait les premiers films sonores comme du « théâtre filmé ». Le réalisateur a donc énormément épuré la bande-son de son film, les dialogues étant très dispersés et souvent surprenants lorsqu’ils interviennent en rompant les courtes partitions musicales de Wolfgang Zeller. De plus, le Baron Nicolas de Gunzburg a annoncé plus tard que VAMPYR fut entièrement tourné sans enregistrement sonore, et que les comédiens prononçaient distinctement chaque mot dans les trois langues, le son ayant été post-synchronisé aux studios U.F.A. de Berlin, après le montage du film.

L’intrigue : David Gray arrive à Courtempierre et s’installe à l’auberge du village. Pendant la nuit, un vieillard lui rend visite et lui confie un vieux grimoire sur les vampires, et sur les moyens de s’en protéger. Dès cet instant, Allan doit affronter et déjouer les pièges d’une femme vampire…

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Très librement adapté des deux nouvelles de Sheridan Le Fanu, « Carmilla » et « La Chambre de l’auberge », VAMPYR est sorti en salles, bien après le film de Tod Browning, DRACULA (1931) mais n’en obtint pas le même succès. Avec son atmosphère d’étrangeté, sa réalisation très moderne, voire expérimentale, le film de Dreyer semble avoir désarçonné les spectateurs. VAMPYR n’aura une exploitation que de courte durée, et son réalisateur mit plus de dix ans à tourner son film suivant.

14040808511615263612132043Nettement plus poétique que destiné à effrayer, VAMPYR se rapproche beaucoup plus de NOSFERATU LE VAMPIRE (1922, Nosferatu, eine Symphonie des Grauens) et de l’expressionnisme poétique du réalisateur Friedrich Wilhelm Murnau, que du DRACULA de Browning. Ce qui ajoute encore à l’étrangeté de VAMPYR, c’est sa pâleur presque hypnotique, particulièrement dans la scène finale de la grange. Cet effet a été expliqué par Dreyer qui, en visionnant les premières rushes du film, avec son opérateur, Rudolph Maté, s’aperçut qu’une lumière grise s’était réfléchie par erreur dans l’objectif. Ils choisirent finalement de conserver l’aspect glauque et blanchâtre de l’image, pour accentuer l’atmosphère mystérieuse de l’intrigue. L’autre curiosité de VAMPYR est son incroyable alternance de points de vue entre tous les personnages, la lisibilité du film devenant un exercice d’élasticité intellectuelle pour le spectateur. Dreyer est même allé jusqu’à filmer le point de vue de Julian West, présumé mort, lors de son enterrement, chose inconnue en 1932. La présence de la vieille femme vampire, personnage central de VAMPYR, est très secondaire à l’image alors que malgré tout sa présence est palpable tout le long du film.

En plus du NOSFERATU de Murnau, VAMPYR OU L’ÉTRANGE AVENTURE DE DAVID GRAY est donc à rapprocher d’un mode narratif issu de l’expressionnisme allemand, tel que celui du CABINET DU DOCTEUR CALIGARI (1919, Das Cabinet des Dr. Caligari) de Robert Wiene, bien qu’extrêmement différent visuellement. D’ailleurs, en 1933, le parti national-socialiste allemand, alors au pouvoir, lui commanda un film, dont Dreyer déclina la proposition.

- Trapard -

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4 commentaires pour « VAMPYR OU L’ÉTRANGE AVENTURE DE DAVID GRAY (1932) »

  1.  
    Jean Beauvoir
    17 avril, 2014 | 10:18
     

    Merci de mettre en lumière ce film emblématique.
    Un film plus onirique que franchement gothique.

    À noter l’étonnante ressemblance physique entre le funeste Docteur dans ce film de Dreyer, et le Professor Abronsius dans Le bal des vampires réalisé en 1967par Polanski. Polanski se serait-il inspiré de Vampyr, tout comme il s’est grandement inspiré du Baiser du vampire (Hammer, 1963) pour son Bal des vampires ?

  2.  
    trapard
    22 avril, 2014 | 14:12
     

    J’aime beaucoup ce film, je l’ai découvert très jeune en VHS et il avait un effet presque hypnotique sur moi. Je trouve fascinant qu’un simple problème technique soit devenu avec les années un visuel unique et propre à un véritable classique du cinéma. Fallait un certain courage parceque dans l’uniformisation visuelle avec laquelle on vit, une simple défaillance technique n’augure généralement que du stress, de la colère et la nécessité de tout recommencer.

    Par contre, Jean Beauvoir, je vois ce que tu entends par ressemblance entre le Docteur de VAMPYR et le fameux Professor Abronsius. Mais c’est vite dit et je ne suis pas certain qu’il y ai un quelconque rapport entre ces deux comédiens qui interprètent des rôles tellement différents dans ces deux films…

    Morbius, je m’inquiète. Je vois LEA en stand by depuis quelques jours. Y-aura-til un Grenier ce soir ?

  3.  
    erwelyn
    25 avril, 2014 | 21:03
     

    J’ai retrouvé une chronique que j’avais faite de ce film :

    « Ce qui marque au commencement de ce film c’est cette atmosphère onirique, étrange et dérangeante. Ce personnage qui erre dans un labyrinthe de bâtiments, suivant des ombres, croisant des personnages difformes. Pour qui a vu Eraserhead de David Lynch, il est difficile de ne pas penser que ce dernier s’est inspiré de ces scènes mêlant à la fois rêve et cauchemars. Dans ces premières scènes qui sont de loin mes préférées, Dreyer distille du purs instant de terreur. Un clé qui tourne seule dans une serrure, gros plan sur le visage terrorisé de David Gray alors que celui du vieil pénétrant dans sa chambre reste flou. Il y a dans ses images un mélange effrayant et savant de réalisme et d’étrangeté qui vous envoûte.
    La suite offre un parallèle avec Carmilla, la nouvelle de Sheridan Le Fanu dont le film s’inspire, mais sans pour autant oser mettre en scène les relations équivoques et saphiques qui s’illustraient dans l’œuvre originale. Un autre texte (ou recueil de textes ?) semblent être aussi à l’origine du film : In the glass darkly, toujours de Le Fanu. Les mœurs de l’époque ne s’y prêtant pas.
    La bande son est aussi à évoquer tant elle est particulière. En effet, elle est un mixte de film sonore et de film muet. Les dialogues, s’il en est, sont extrêmement épurés, ramenés le plus souvent à quelques mots éparses ne recevant le plus souvent aucune répartie. Mais Dreyer utilise encore l’ardoise, principalement pour retranscrire des pages du livre que les protagonistes vont lire.
    (Dreyer, qui admirait le Nosferatu de Murnau, voulait en reprendre les principes formels et notamment le style d’éclairage où l’opposition des blancs et des noirs était une métaphore visuelle de la lutte du bien et du mal. À la suite d’une erreur technique, la pellicule fut voilée et tout apparaissait dans un univers indistinct et blanchâtre. Il décida d’utiliser cette erreur pour en faire le principe émotionnel du film. (source : Dictionnaire mondial des films Larousse 2005) )
    Une scène particulièrement réaliste et glauque à souhait : la transfusion sanguine.

  4.  
    trapard
    25 avril, 2014 | 23:22
     

    Très bonne chronique.

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