ARC-BOUTAGE – chapitre 3

Posté le 11 janvier 2015

Souvenez-vous que suite à une proposition lancée par un membre du groupe des Échos d’Altaïr IV sur Facebook de créer une nouvelle fantastique participative, certains membres de ce même groupe avaient répondu à l’appel. Trapard puis Skarn ont eu un mois comme délai pour nous pondre une première partie, puis une seconde. Cette fois-ci, c’est Jean Bessaudou qui est notre troisième marathonien novelliste du groupe et qui nous a concocté cette nouvelle partie, lançant un nouveau défi au suivant. Et ce sera ainsi de suite avec Gaulois pour la quatrième partie et d’éventuels nouveaux rédacteurs jusqu’à ce que la boucle se boucle et que la nouvelle trouve sa conclusion. Si vous aimez le Fantastique et que vous vous sentez l’âme d’un scribouilleur bouillonnant et, surtout, que l’évolution de cette nouvelle vous inspire, n’hésitez pas à nous rejoindre dans le groupe (ou nous contacter ici) et à nous proposer votre participation.

Arc-Boutage – chapitre 3

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J’y ai mis les formes, j’avoue. La vision, la lumière, la merveille, tout cela est bien arrivé. Mais après 15 ans les souvenirs s’estompent, les sentiments aussi et au final, moi, dans tout ça, j’étais bien embêté. Le Créateur, le Vieux Barbu, la Source Ontologique de Toutes Choses, peu importe comment vous l’appelez tant que vous y mettez des majuscules, que venais-je faire dans son plan ? La vieille m’avait transmis la faculté d’arc-bouter, et un arc-boutage, c’est pas toujours joli-joli à voir ; sauf à se réjouir du spectacle d’un homme brisé sous le poids de sa propre inanité.

Laissez-moi préciser une chose à ce sujet. On ne se fait pas que des amis, et à raison je crois, mais l’arc-bouteur est nécessaire. Il faut bien quelqu’un pour faire le sale boulot et dégonfler les grenouilles qui se prennent pour des bœufs. Ne riez pas, cela vous concerne aussi.

Avec le temps cela s’est mis à faire sens. Quelque part j’admettais, à la limite, que je puisse m’inscrire dans un plan divin. Je suis le petit grain de silice qui vient fendiller la verroterie pour accoucher le monde à venir. Telle l’arc-ane sans nom, je défriche à la faux. Je ne m’occupe pas du détail.

Sauf quand on m’y force.

Car cette fois-ci, j’ai l’impression désagréable que la sainte hiérarchie a oublié de prendre le relais.

Tout a commencé quand j’ai rencontré Zarathoustra.

***

Dominique, il est fortiche. J’ai bien affûté, calé mes angles morts, discrétion au cordeau, du beau boulot. Furtif dans les règles de l’art, pensez-vous que ça suffise ? Lui, il m’a asticroché direct. Fortiche, je vous dis. Pas des yeux dans le dos, mais presque. Avec une paire en bonus dans le pli des genoux.

D’habitude j’aurais filé souple mais là, soufflé par l’admiration, j’ai pilé sur place. Un humain décillé à ce point-là, c’était trop beau pour être vrai. Moi qui cherchais un allié !

On a fait les présentations, et j’ai capté que j’étais pas son premier. Sauf que les autres, une fois grillés, ils carapataient aussi sec. Moi pas question. Trop frondeur pour oublier d’être idiot, j’ai cramponné mes yeux dans les siens et on a parlé.

Il m’a dit son nom, « Dominique », et j’ai inventé le mien en alpaguant quelque chose qu’il avait en tête. Le premier nom qui résonnait fort comme il faut. « Zarathoustra ». A son sourire qui lui mangea le visage, j’ai compris qu’il était pas dupe mais que ça suffirait pour le moment. Faut dire que notre nom, à nouz’autres, il flotte plus qu’il ne vibre, s’étiole plus qu’il ne sonne, se goûte plus qu’il ne s’écoute. Mais ne demandez pas à un humain d’être subtil.

Au gré des visites, il m’a tout raconté. L’arc-boutage, ses premiers essais hésitants, la maîtrise grandissante de son pouvoir. L’héritage homonymique, Dominique – nique – nique, comme un écho.

Un peu plus tard alors que nous étions devenus des familiers, il a parlé de Sarah. A l’entendre la décrire, j’ai illico reconnu. Nous la nommons l’Intercesseur, ou quelque chose de ce genre en langue humaine, « Celle qui parle au nom de Dieu ».
Elle avait tchatché ce type en direct — un être humain tahi! — et ça, c’était du sérieux.

***

Zarathoustra, comment vous dire… C’était un sacré bonhomme, une force de la nature, littéralement. Il vibrait parfois si fort qu’il m’était impossible de le traduire correctement. Images, sensations, proprioception, toute une syntaxe fugace de la perception concourrait à son propos. Pour le comprendre, il fallait accepter de le laisser vous dissoudre et faire feu de tout bois, traçant un rhizome qui faisait sens.

Avec le temps et la confiance s’installant, Zarathoustra faisait de moins en moins d’effort pour parler l’humain. Dans le même mouvement, j’acceptais d’être ainsi envahi.

Jusqu’à cette soirée où il prononça ce mot, « mission », en laissant traîner le « sss » à sa manière. « Une mission pour toi, Dominique. »

- Jean Bessaudou -

Crédit photo : Christophe Maunier, Fire in the Night. http://nynjardin.deviantart.com/

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