ARC-BOUTAGE – chapitre 4

Posté le 1 février 2015

Et rebelote ! Souvenez-vous que suite à une proposition lancée par un membre du groupe des Échos d’Altaïr IV sur Facebook de créer une nouvelle fantastique participative, certains membres de ce même groupe avaient répondu à l’appel. Trapard, Skarn et Jean Bessaudou ont eu un mois comme délai pour nous pondre une première partie, puis une seconde, et enfin une troisième. Cette fois-ci, c’est Gaulois qui est notre quatrième plume du groupe, et tel Zorro au galop, il nous a concocté cette nouvelle partie de la pointe de son stylo. Et ce sera ainsi de suite avec un autre rédacteur jusqu’à ce que la boucle se boucle et que la nouvelle trouve sa conclusion. Si vous aimez le Fantastique et que vous vous sentez l’âme d’un scribouilleur bouillonnant et, surtout, que l’évolution de cette nouvelle vous inspire, n’hésitez pas à nous rejoindre dans le groupe (ou nous contacter ici) et à nous proposer votre participation.

Arc-Boutage – chapitre 4

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Dominique longeait la mer. Le reflet incessant des vagues faisait écho à ses propres pensées, qui toujours répétaient les derniers mots de Zarathoustra. « Le mal viendra des marées, pas bien loin d’ta crèche ». C’était une mission. Sa mission. Une sorte de « briefing » énigmatique, mystérieux. Dominique était habitué. Dans son métier, rien n’était clair, limpide, transparent. À croire que toute entité non humaine prenait un plaisir vicieux à parler ainsi aux humains, ces êtres si simples et leur langage si primitif.

Les marées, non loin de ta crèche. Le port Moselle ? Est-ce vraiment là que Dominique devait chercher ? Bien des fois il avait eu du mal à interpréter les propos des entités qu’il croisait, mais ici, l’indice lui paraissait bien trop vague. Si sa mission, ce « mal » se trouvait bien ici, il était possible de chercher. Mais s’il devait faire le tour de la côte calédonienne, nul doute que ce mal aurait le temps de détruire le monde bien des fois avant qu’il ne le trouve ! Il mit de côté cette pensée pessimiste et décida que, quoi qu’il arrive, c’est au moins par ici qu’il fallait commencer.

Il était temps de se mettre au boulot. Ce n’était sûrement pas avec ses yeux que Dominique comptait entreprendre sa recherche.

Face à la mer, Dominique s’immobilisa. Le soleil commençait à disparaître, lentement. Les plaisanciers avaient amarrés leurs bateaux, le port était calme en ce jour de semaine. Beaucoup, d’ailleurs, n’avaient aujourd’hui pas pris la peine de sortir du port. Le temps était grisâtre, triste, et ce petit vent qui se levait à mesure que la nuit arrivait n’arrangeait pas les choses. Un temps idéal pour arc-bouter, se dit Dominique en fixant l’horizon. C’est davantage dans l’esprit qu’un plein soleil, avec coquillages et crustacés. Il eut un petit sourire, et ses pensées se recentrèrent sur sa mission. Son énigme. Le mal est ici, dit Dominique à voix haute. Trouvons-le.

Il ferma les yeux, et se laissa envahir par ce qui l’entourait. Le bruit des vagues devint son pouls, le vent devint sa respiration, l’horizon était une limite à dépasser. Chaque bruit, chaque vie qui passait alors non loin de lui, humaine ou animale, physique ou non, le remplit petit à petit. Sa force, son don se déploya doucement. Il sentait autour de lui quelques êtres non agressifs, certains tout proches, d’autres plus lointains. Il les entendit, et d’une façon que seul un arc-bouteur peut espérer comprendre, les vit. Ses yeux étaient fermés, mais rien ne lui échappait. Il dominait le port de sa présence et, tel Dieu lui-même observant ses créations, il contempla son petit monde. Mais il ne vit nul mal en ce port. Il distinguait la vie sous l’eau, les plaisanciers mangeant dans leurs bateaux, un couple en train de faire l’amour, des entités neutres qui, en le voyant, s’enfuyaient, mais rien de maléfique. Alors il se retourna, doucement, et se mit face à la ville.

Les commerces peu fréquentés à cette heure, ainsi que nombre de maisons coloniales lui faisaient face, désormais. Il distinguait plus de vie humaines, de ce côté-ci. Chaque être était une pierre lancée en ricochet et son esprit, un immense lac. Une vie effleurait l’eau, il la sentait. Une vie coulait, elle disparaissait, en fuite.

Puis, sans prévenir, sans que Dominique n’ait pu sentir le moindre effleurement, c’est une gigantesque pierre qui vint s’écraser dans son lac. Un tremblement qui le secoua jusqu’au plus profond de ses os. Tel un raz-de-marée, cette… chose avait emporté sa conscience très loin. Il s’échappa avant qu’il ne soit trop tard.

Dominique rouvrit les yeux et tomba violemment à la renverse. La lumière avait disparu, le soleil était couché. Il était resté un long moment en observation, et ses membres étaient engourdis, autant par la chute que par la peur.

— Qu’était-ce ?… se dit-il.

Cet esprit était plus gros que les autres. Plus agressif. Bien plus violent que ce qu’il ait pu voir jusque-là. Zarathoustra avait raison, le mal était bien là. En bas. Mais il n’était pas dans la mer. Dominique avait mal compris son ami. Ses propos énigmatiques et son accent étrange lorsqu’il parlait humain l’avait fait douter. Zarathoustra ne parlait pas des marées, il avait cherché dans la mauvaise direction. Il avait oublié sur quoi avait été construit le Quartier Latin.

— Le mal est dans les marais…

Sous ses pieds, Dominique ressentit alors comme un petit tremblement, qui ne cessait de gagner en intensité, lentement.

Il se releva, et entreprit d’en découvrir la source.

- Gaulois -

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