« PLANÈTE INTERDITE » A 60 ANS : CHAMPAGNE !

Posté le 20 mars 2016

Il y a quelques jours, très précisément le 15 mars, PLANÈTE INTERDITE atteignait l’âge respectable de 60 années d’existence… En 1956, alors que les drive-in américains proposent encore de nombreux films de science-fiction aux éternels clichés (aliens belliqueux, dictateurs suprêmes, invasions de la Terre, robots-craignos et fusées extra-solaires), où les budgets étriqués entraînent décors de carton pâte, costumes farfelus et effets spéciaux approximatifs, la sortie du film de Fred McLeod Wilcox intitulé en anglais FORBIDDEN PLANET surprend, ravi, enchante par ses prouesses. Désormais il ne s’agit plus de rire de la science-fiction, on la prend au sérieux et en plus elle fait réfléchir. Vous comprenez aisément que sur Altaïr IV on ne pouvaient ignorer cet anniversaire. Alors allons vite le célébrer comme il se doit dans la résidence de Morbius !

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Merci FORBIDDEN PLANET…

16032002050615263614073860 dans Fifties SFVous êtes sur Les Échos d’Altaïr, et ce n’est pas un hasard si votre blog porte ce nom… Son administrateur, Hervé Besson, a fait connaissance avec Robby, Morbius et Altaïra dès son plus jeune âge, et cette rencontre l’a marqué à jamais. Il a visité, yeux écarquillés et bouche bée, la légendaire cité des Krells et ses incroyables inventions. Il a frémi sous les nuits étoilées d’Altaïr IV où un monstre invisible s’en prenait aux membres du croiseur C-57D. Il a arpenté les paysages poussiéreux et montagneux d’Altaïr IV sous un ciel extraterrestre verdoyant. Ce voyage dans un monde de science-fiction si bien fait, si bien pensé, si bien écrit, l’a convaincu qu’il devait être face à un film unique. En tout cas, PLANÈTE INTERDITE laissera à jamais une marque indélébile dans son cœur de fantasticophile, comme le feront plus tard STAR WARS et STAR TREK.

Et d’ailleurs si PLANÈTE INTERDITE n’avait jamais existé, Gene Roddenberry aurait-il créé STAR TREK ? L’homme a toujours avoué sa passion pour ce grand classique et ne cache pas son inspiration : STAR TREK présente un équipage qui explore l’Univers, comme celui du croiseur C-57D du film de McLeod Wilcox. L’épisode pilote avorté, The Cage (1964), possède d’ailleurs beaucoup de points communs avec PLANÈTE INTERDITE : on y présente une race extraterrestre capable de matérialiser les pensées, tout comme les Krells pouvaient le faire grâce à une machine de leur invention…

George Lucas lui-même est un grand fan de PLANÈTE INTERDITE. Comme le dit si bien L’Encyclopédie de la Science-Fiction (de Jean-Pierre Piton et Alain Schlockoff, éd. Jacques Grancher, 1996), « PLANÈTE INTERDITE contient en germe beaucoup d’idées inhérentes à des films comme LA GUERRE DES ÉTOILES. Il a, en outre, largement ouvert la voie à des œuvres plus adultes. »

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Un film à part

16032002091315263614073863 dans Science-fictionPLANÈTE INTERDITE s’avère à l’évidence un projet important pour la MGM de l’époque. En effet, pour une œuvre de science-fiction, et alors que le genre est souvent considéré comme infantile, le film de Fred McLeod Wilcox bénéficie d’un budget conséquent de près de deux millions de dollars et il est tourné en cinémascope couleur.

Robby le robot est l’objet de toutes les attentions et sa conception se déroule dans le plus grand sérieux, la construction du robot engouffrant à elle seule plusieurs dizaines de milliers de dollars.

La musique est confiée à Louis et Bebe Barron, deux arrangeurs et compositeurs américains aujourd’hui considérés comme des pionniers de la musique électronique et d’enregistrement sonore sur bande magnétique. On s’écarte donc ici totalement des habituels orchestres symphoniques en optant pour une musique électronique encore jamais entendue, aux sons étranges, pas toujours très mélodieuse et parfois stridente mais conférant au film une ambiance assurément galactique, mystérieuse et bien sûr très SF vintage !

16032002112115263614073864Les costumes des membres d’équipage du croiseur C-57D, à la fois originaux et sobres, sont conçus soigneusement par Walter Plunkett (9 nominations aux Oscar pour son travail sur différents films et un Oscar pour UN AMÉRICAIN À PARIS).

Le croiseur C-57D est une merveille de vaisseau pour l’époque dont certaines parties sont réalisées grandeur nature avec force détails.

Enfin le film bénéficie d’une campagne publicitaire assez conséquente.

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L’impact de PLANÈTE INTERDITE sur le cinéma et les séries télévisées de SF, même s’il ne paraît pas toujours si évident, aura lieu tout d’abord dans le sérieux accordé au genre. La science-fiction a droit enfin à des histoires plus fouillées, mieux écrites, à des décors plus soignés et bien sûr à des effets spéciaux plus réussis. En un mot, la SF obtient une certaine considération en prouvant qu’elle peut elle aussi, au cinéma, se montrer intelligente. Certes, d’autres films avant PLANÈTE INTERDITE avaient déjà fait preuve de ce sérieux et de cette intelligence : LE JOUR OÙ LA TERRE S’ARRÊTA (The Day the Earth Stood Still de Robert Wise, 1951) et LA GUERRE DES MONDES (The War of the Worlds de Byron Haskin, 1953). Malheureusement il faudra encore beaucoup d’années avant de trouver d’autres œuvres se montrant à la hauteur de PLANÈTE INTERDITE, comme LA PLANÈTE DES SINGES (1968) ou 2001 : L’ODYSSÉE DE L’ESPACE (1968).

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PLANÈTE INTERDITE en un clin d’œil 

L’histoire : L’équipage du croiseur C57-D est envoyé en mission de secours sur la planète Altaïr IV. Des années plus tôt, un vaisseau, le Bellerophon, s’y est écrasé, et l’on est depuis sans nouvelles de son équipage. Les membres de l’équipe de sauvetage vont bientôt découvrir deux survivants, le scientifique Morbius et sa fille Altaïra. Ils rencontreront également Robby, un robot inventé par Morbius, et seront vite confrontés à des événements tragiques liés à une force mystérieuse présente sur la planète, laquelle renferme les secrets de l’étonnante civilisation disparue des Krells…

Réalisation : Fred McLeod Wilcox (FIDÈLE LASSIE en 1943, LE COURAGE DE LASSIE en 1946, LE MAÎTRE DE LASSIE en 1948, CUPIDON MÈNE LA DANSE en 1948, LE JARDIN SECRET en 1949…)

Scénario : Cyril Hume, sur un sujet d’Irving Block et Allen Adler d’après The Tempest de William Shakespeare

Musique : Louis et Bebe Barron

Costumes : Walter Plunkett (pour les hommes) et Helen Rose (pour Altaïra)

Production : Nicholas Nayfack pour la MGM

Distribution : MGM

Budget : 1 968 000 $

Pays : États-Unis

Durée : 98 min

Date de sortie aux USA : 15 mars 1956

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Robby le robot, la vedette de PLANÈTE INTERDITE

16032003064015263614073872Quand on parle de PLANÈTE INTERDITE, on ne peut contourner sa vedette principale : un robot fabuleux prénommé Robby !

Robby le robot est l’un des ancêtres des robots du cinéma de science-fiction d’aujourd’hui ! Respectable « droïde » des « temps anciens », il précède de plus d’un demi siècle tous les C3-PO, R2-D2, Cylons, Wall-E… de notre époque. Il est indéniablement, de par son apparence si particulière, une icône des films de science-fiction des années 1950 et le premier a posséder un design élaboré pour l’époque.

Dans PLANÈTE INTERDITE, Robby est une invention du professeur Morbius destinée à remplir différentes tâches : faire la cuisine ou le ménage, soulever des poids lourds, synthétiser des robes (pour la fille de Morbius) ou des pierres précieuses… Il sait parler 187 langues (y compris leurs divers dialectes et idiomes) et ne peut en aucun cas porter préjudice à un être humain.

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Robby fut conçu par le japonais Robert Kinoshita (le même qui créa le robot de la série PERDUS DANS L’ESPACE, Lost in Space) et aurait coûté plus de 125 000 dollars. Entièrement réalisé en Royalite (un 16032003043215263614073871plastique qui servait à l’époque pour fabriquer des valises), mesurant 2,18 m et pesant seulement 45 kg, il fut joué par un acteur glissé dans sa « coque ». Plus de 800 m de câble électrique furent utilisés pour faire fonctionner sa tête où de multiples systèmes internes et lumières clignotantes fonctionnent sans cesse, alimentés par des batteries intégrées. Son apparition dans PLANÈTE INTERDITE obtint un tel succès auprès du public que Robby eut droit, telle une vedette, à un second film intitulé LE CERVEAU INFERNAL (The Invisible Boy / 1957).

Depuis, Robby fait régulièrement des apparitions dans des séries ou films à la demande des réalisateurs. Ainsi, on a pu le voir dans des épisodes de LA QUATRIÈME DIMENSION, AU-DELÀ DU RÉEL, PERDUS DANS L’ESPACE, COLUMBO, LA FAMILLE ADDAMS, LA CROISIÈRE S’AMUSE, WONDER WOMAN, HOLLYWOOD BOULEVARD, mais aussi dans des films comme GREMLINS, OBJECTIF TERRIENNE, LES LOONEY TUNES PASSENT À L’ACTION…

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Robby fut acheté par un musée en 1971 (Movie World de Buena Park en Californie) et ensuite vendu à un collectionneur privé lors de sa fermeture en 1980. Deux répliques de Robby 16032003102415263614073873furent conçues en 1972 pour ses apparitions dans divers films et séries. Depuis 1997, il peut être reproduit grandeur nature, à la demande, par une société californienne qui en a obtenu la licence. On en fabrique également des jouets de toutes tailles facilement disponibles chez les boutiques spécialisées.

Enfin, il faut savoir que lors de la sortie du film PLANÈTE INTERDITE en France, Robby remonta les Champs Elysées et fut interviewé à la télévision par la journaliste France Roche !

Robby figure depuis 2004 au Robot Hall of Fame de l’université de Carnegie Mellon.

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Avant l’Enterprise, le croiseur C-57D

Le croiseur C-57D (appelé aussi « astrocroiseur ») appartient aux Planètes Unies et son commandant est John J. Adams (Leslie Nielsen). Ce croiseur, qui transporte un équipage pour une mission de sauvetage sur la planète Altaïr IV, possède une forme simple et très en vogue dans les années 1950 (en raison des différentes vagues d’OVNI) : il n’est ni plus ni moins qu’une gigantesque soucoupe volante dont le diamètre est évalué entre 30 et 50 m.

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Le C-57D a la particularité de tourner sur lui-même lorsqu’il vole. Muni de deux passerelles qui se déploient d’un côté et de l’autre à ses atterrissages, il utilise une sorte de champ de force verdâtre quand il se pose. Une espèce d’énorme pointe métallique, assez rudimentaire, située juste au-dessous de la soucoupe, paraît lui assurer sa stabilité une fois posé. Le C-57D ne semble pas être armé, par contre il transporte des armes (sortes de canons laser mobiles) qui seront utilisées pour les besoins de la mission du commandant Adams.

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L’intérieur du C-57D est assez vaste. Le poste de commande est occupée par une sphère de contrôle qui permet le pilotage du croiseur. On sait que le vaisseau contient non seulement les quartiers des membres d’équipages mais aussi les cuisines. On peut distinguer, en hauteur, une passerelle circulaire qui surplombe la salle de commande. Le C-57D ne dispose pas de hublots. Seul un écran permet de voir à l’extérieur. La MGM n’a pas lésiné sur les moyens pour offrir des décors convaincants et soignés.

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Le croiseur C-57D sera réemployé (grandeur nature ou en maquette) dans de nombreux épisodes de LA QUATRIÈME DIMENSION. Il inspirera le vaisseau de la série PERDUS DANS L’ESPACE, sans compter Gene Roddenberry, le créateur de STAR TREK, qui se basera sur le film pour créer sa série culte.

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Acteurs, anecdotes et petits secrets

  • Walter Pidgeon incarne le professeur Edward Morbius. Il a joué dans de très nombreux films dont LE SOUS-MARIN DE L’APOCALYPSE (Voyage to the Bottom of the Sea, Irwin Allen, 1961).
  • C’est Leslie Nielsen qui incarne le commandant Adams. Il est surtout connu pour avoir joué dans de nombreuses comédies, dont la fameuse série de films commençant par un « Y A-T-IL… » (Y A-T-IL UN PILOTE DANS L’AVION ? Y A-T-IL UN FLIC POUR SAUVER LA REINE ?…)
  • Anne Francis est surtout connue pour avoir interprété Altaïra, la fille de Morbius, même si elle a joué dans plusieurs dizaines de films.
  • Richard Anderson joue le rôle de Quinn, membre d’équipage du croiseur C-57D. C’est surtout son rôle d’Oscar Goldman dans L’HOMME QUI VALAIT TROIS MILLIARDS, de 1973 à 1978, qui le fera connaître.
  • PLANÈTE INTERDITE rapporta 2 765 000 $.
  • Il faut savoir que PLANÈTE INTERDITE est entré, en 2013, au répertoire américain du National Film Registry de la Librairie du Congrès.
  • Le film a connu une adaptation musicale intitulée Return to Forbidden Planet jouée à Broadway (visible ici).
  • Trapard vous a déjà présenté les jolies tenues d’Altaïra dans la catégorie Utopic Fashion du blog. Allez donc voir du côté de « Glamour Altaïra » !
  • Le Sci-Fi Club de Nouvelle-Calédonie devrait présenter PLANÈTE INTERDITE cette année à l’occasion de son cycle Cinéma Vintage.

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Un remake ? Un reboot ?…

Ne m’en parlez pas… Il fut un temps où le remake de PLANÈTE INTERDITE était prévu dans les années 1990. Irvin Kershner en personne (L’EMPIRE CONTRE-ATTAQUE) devait le réaliser. Puis J. Michael Straczynski (créateur de BABYLON 5) fut intéressé par le projet en 2008. Mais ça c’était avant. Aujourd’hui rien à l’horizon. Cependant je reste persuadé qu’un jour ou l’autre PLANÈTE INTERDITE connaîtra à son tour son reboot bâtard comme tant d’autres films cultes massacrés par des réalisateurs hollywoodiens sans cervelle.

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L’avis de quelques spécialistes

Les scénaristes de PLANÈTE INTERDITE font franchir au cinéma de science-fiction un bond de géant. S’ils se retournaient aujourd’hui, ils verraient que personne ne les a suivis. (La Science-Fiction, Guide Totem, Lorris Murail, éd. Larousse, 1999)

PLANÈTE INTERDITE est un de ces films mythiques « à message » qui ne peuvent que décevoir quand on les découvre – ce n’était que ça ! -, mais qui nous touchent quand même. (Les Films de Science-Fiction, Michel Chion, Les Éditions de l’Étoile, Cahiers du Cinéma, 2009)

PLANÈTE INTERDITE est remarquable tant par l’avance qu’il manifeste sur son temps – il n’est qu’à comparer avec les autres films « spatiaux » des années 1955-1959 – que par sa parfaite adéquation avec tout ce qu’on attend de la SF : dépaysement et réflexion, magie et poésie. Comète unique dans le ciel galactique, film charnière entre l’ancien (FLASH GORDON) et le moderne (STAR WARS), le film reste le chef-d’œuvre absolu de la naissance d’un genre. (100 Ans et Plus de Cinéma Fantastique et de Science-Fiction, Jean-Pierre Andrevon, éd. Rouge Profond, 2013)

- Morbius -

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2 commentaires pour « « PLANÈTE INTERDITE » A 60 ANS : CHAMPAGNE ! »

  1.  
    Trapard de Katiramona
    8 septembre, 2016 | 17:42
     

    J’adore l’affiche italienne ! Énigmatique au possible !

  2.  
    Patrick
    5 octobre, 2016 | 2:14
     

    merci pour le dossier . Un vieux  » fan « 

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