POPULATION ZÉRO (1972)

Posté le 8 juillet 2017

POPULATION ZÉRO (1972) dans Cinéma 17070808385215263615137630

POPULATION ZÉRO (1972) de Michael Campus 

POPULATION ZÉRO ou Z.P.G. est sûrement l’un des classiques d’anticipation dystopique des années 70 les moins connus aujourd’hui. Tourné bien avant SOLEIL VERT (1973) et surtout L’ÂGE DE CRISTAL (1976), et moins spectaculaire, il anticipe pourtant déjà tous les futurs sujets futuristes sur les régulations des naissances. Et ceci, bien que POPULATION ZÉRO soit sorti après le THX 1138 de George Lucas, qui est beaucoup plus une œuvre orwellienne.

L’intrigue : L’action se situe dans un futur dévasté par la pollution et la surpopulation dont notre présent ne sont plus que les vestiges muséaux d’un passé lointain. Le gouvernement interdit aux couples de faire des enfants, mais un couple refuse de se soumettre à cette loi…

17070808410815263615137656 dans Science-fiction

Pour mieux comprendre un tel sujet en 1972, alors que le cinéma d’anticipation des années 60 se prolongeait avec L’ULTIME GARÇONNIÈRE sur le mode de la comédie, en Angleterre en 1969, ou avec le 17070808423215263615137662 dans Traparddramatique TERRE BRÛLÉE en 1970 aux États-Unis, ou encore avec un cinéma indépendant futuriste et anarchisant comme GAS -OR- IT BECAME NECESSARY TO DESTROY THE WORLD IN ORDER TO SAVE IT (1970) de Roger Corman, il faut revenir à la création, en 1968, de l’association américaine « Population Connection » (ou « Zero Population Growth », donc « croissance nulle de la population ») qui considérait que la surpopulation menaçait la qualité de vie des gens partout dans le monde. « Population Connection » était une organisation militante basée sur l’éducation des jeunes en préconisant une action progressive pour stabiliser la population mondiale à un niveau qui puisse coïncider avec les ressources de la Terre. « Population Connection » était la plus grande organisation de ce genre aux États-Unis, avec 17070808451015263615137663plus de 500 000 membres, sympathisants et éducateurs spécialisés. Ils devaient enfin assurer de l’aide à chaque femme enceinte désirant retarder ou annuler une naissance, en lui permettant d’avoir accès à tous les soins contraceptifs nécessaires.

Enfin, « Population Connection » inspira le professeur Paul Ralph Ehrlich (et sa femme Ann), pour écrire le best-seller « The Population Bomb » édité la même année 1968. POPULATION ZÉRO est l’adaptation de ce roman.

Bien que dénué d’érotisme, le film de Michael Campus a été tourné au Danemark en 1971. Et bien que je n’ai trouvé aucune information sur le sujet sur le web, je suppose que le sujet du film était un peu sensible pour un pays comme les États-Unis en pleine crise législative sur la question de la pornographie au cinéma en cette année 1971. Alors que parallèlement, les libertés danoises sur cette question étaient très reconnues, et même très caricaturées à l’époque (voir par exemple le film KARATÉKA AU PAYS DE L’ÉROTISME de 1973, ou le nombre de titres de films X des Seventies incluant le mot « Danoises »).

17070808474815263615137664

L’autre possibilité du tournage en Europe vient sûrement du fait que le couple de POPULATION ZÉRO est interprété par Oliver Reed et Geraldine Chaplin. Sir Oliver Reed était alors un transfuge de la Hammer Film anglaise (LA NUIT DU LOUP-GAROU, CAPITAINE CLEGG, PARANOÏAC) et commençait à s’exporter doucement avec LES DIABLES, LA DAME DANS L’AUTO AVEC DES LUNETTES 17070808501315263615137667ET UN FUSIL, et surtout grâce au western, LES CHAROGNARDS. Tandis que la fille de Charles Chaplin vivait en Europe et avait épousé le cinéaste Carlos Saura pour lequel elle a joué plusieurs rôles cultes, dont le personnage d’Ana dans sa saga familiale sur la fin du franquisme (PEPPERMINT FRAPPÉ, ANA ET LES LOUPS, CRIA CUERVOS et MAMAN A 100 ANS).

Mais là où Carlos Saura savait mettre en valeur sa femme dans ses différents rôles, le réalisateur de POPULATION ZÉRO semble avoir eu plus de mal à exploiter le jeu extrêmement peu expressif de Geraldine Chaplin, ce qui rend le film légèrement lymphatique. L’autre point noir du film de Michael Campus, c’est une petite incohérence scénaristique qui existait déjà dans le roman. Comment dans un futur dictatorial, une femme peut-elle vivre jusqu’à son dernier souffle de vieillesse, tout en pratiquant l’amour libre, mais sans contraception ni stérilisation forcée ? Au moins, quatre ans plus tard, L’ÂGE DE CRISTAL réglait cette problématique avec son fameux Carrousel, anéantissant les humains de plus de trente ans, sous couvert d’une renaissance mystique. Dans POPULATION ZÉRO, la condamnation est peut-être plus vicieuse au fond, puisque le Système utilise la jalousie et la cupidité de la population, prête à dénoncer son prochain pour quelques rations supplémentaires. Cette pratique accentue la solitude des couples du futur et on est finalement très loin de l’univers d’Aldous Huxley qui s’insère à merveille dans le scénario de L’ÂGE DE CRISTAL.

17070808525715263615137668

Dans POPULATION ZÉRO, l’univers est sombre, post-apocalyptique, irrespirable et sans espérance car la population est entretenue dans une rêverie basée sur un passé sans saveur ni odeur. SOLEIL VERT fera aussi référence à ce détail important.

Enfin, une petite touche d’humour narguant la « Guerre Froide » désengourdit le reste du film, lorsque dans un court plan serré sur une plaque de plomb commémorative, on peut lire : « Cette surface a été nettoyée le 7 juillet 1978 par plusieurs missiles UGM-27 Polaris, commandés par lArmée des États-Unis. Ceci dans l’intérêt de la Paix ».

- Trapard -

17070808560315263615137669

9 commentaires pour « POPULATION ZÉRO (1972) »

  1.  
    8 juillet, 2017 | 17:34
     

    Superbe article pour un film qui doit l’être aussi. Je ne connaissais pas du tout, tout juste son titre. La noirceur de la SF des seventies. On y revient aujourd’hui…

  2.  
    trapard
    8 juillet, 2017 | 19:19
     

    Exactement, c’est ce que je me suis dit en rédigeant mon article du 14 juillet. On revient au même genre de films basés sur le futur sombre qui nous attend. Et cela, sans avoir eu besoin d’utiliser la bombe atomique finalement !

  3.  
    ericbis
    8 juillet, 2017 | 23:01
     

    le film a eu une durée de vie en salles d’une semaine, chez Parafrance, en plein été et n’a plus jamais remontré le bout de son nez. Hormis une VHS proprement introuvable, que « la caverne » avait heureusement mis en ligne (mais la copie ne rend pas justice au film que j’avais eu la chance de voir au cinéma). A l’époque, le film et le sujet m’avaient emballés. Même s’il a un peu « mal » vieilli, ça reste suffisamment original pour être découvert.

  4.  
    Antipathes
    9 juillet, 2017 | 21:14
     

    La régulation de la population est un thème très récurrent dans l’anticipation et la dystopie j’ai l’impression. Le contrôle de la vie d’autrui doit sans doute passé par là.
    Très intéressant Trapard.
    Ça m’a l’air d’avoir vieilli, bien que pour une oeuvre, avoir mal vieilli n’a jama

  5.  
    Antipathes
    9 juillet, 2017 | 21:15
     

    jamais été un argument sérieux sur sa qualité.
    Déqolé pour le double poste, mes doigts tapent n’importe où sur mon clavier et valident mes commentaires en cours d’écriture.

  6.  
    9 juillet, 2017 | 21:49
     

    Le fait d’entendre dire par-ci par-là « Ça a vieilli » m’a toujours amusé. J’en ai d’ailleurs longuement parlé ici :
    .http://cosmofiction.unblog.fr/2014/06/01/le-domaine-du-fanatique-edition-n5/

  7.  
    trapard
    10 juillet, 2017 | 20:13
     

    Oui c’est juste une impression personnelle.

    Sinon, pas sûr qu’une association comme « Population Connection » fasse, ou ai fait, l’unanimité dans un pays très chrétien comme les États-Unis. Du coup, le film ne prend pas vraiment position sur ce point, ou disons qu’il cherche à accentuer les travers d’une telle association si elle venait à intégrer le pouvoir. D’ailleurs, l’ensemble du film semble s’inspirer d’une sorte de WASP futuriste et uniformisé.

  8.  
    trapard
    10 juillet, 2017 | 20:54
     

    @ericbis : oui, je l’ai en effet loué en VHS en 1992. Pas à Nouméa mais à Paris, dans la vidéothèque d’une entreprise. Je me souviens très bien de l’effet sombre que le film a produit chez moi après l’avoir vu.

  9.  
    trapard
    10 juillet, 2017 | 20:55
     

    Christophe Lambert a joué un rôle similaire à celui d’Oliver Reed dans FORTRESS en 1993.

Laisser un commentaire

Information pour les utilisateurs
Les retours à la ligne et les paragraphes sont automatiquement ajoutés. Votre adresse e-mail ne sera jamais affichée.
Veuillez prendre conscience de ce que vous postez