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Archive pour la catégorie « Le grenier du ciné SF »

LE TUNNEL (1933)

LE TUNNEL (1933) dans Cinéma 13061310052715263611288458

LE TUNNEL (1933) de Kurt Bernhardt

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Et un nouveau film fantastique français, et plus précisément d’anticipation, pour notre Grenier du Ciné SF ! LE TUNNEL a été réalisé par le cinéaste allemand, Kurt Bernhardt, qui a débuté sa carrière en Allemagne en 1925. Il a signé en 1930 DIE LETZTE KOMPANIE, le tout premier film parlant allemand. Face à la montée du nazisme au pouvoir, en 1933, et craignant la censure allemande, Kurt Bernhardt a tourné LE TUNNEL à Paris, mais il a été néanmoins contraint d’en tourner une version allemande sous le titre DER TUNNEL avec une distribution différente. Expérience presque identique qu’a connu Fritz Lang, la même année, avec son TESTAMENT DU DOCTEUR MABUSE (1933), dont il existe encore aujourd’hui deux versions différentes du film. Fritz Lang fuira l’Allemagne en tournant en 1934, à Paris, LILIOM, avant de partir pour Hollywood. Pour ce qui est de Kurt Bernhardt, d’abord arrêté par la Gestapo, il réussit à fuir son pays et aboutit à Hollywood après être passé par Paris et Londres. De très nombreux autres réalisateurs allemands eurent la même démarche que Lang et Bernhardt, ce qui appauvrit considérablement le cinéma allemand qui ne devint plus guère qu’un cinéma de propagande au service du nazisme.

LE TUNNEL est un mélange d’expressionnisme allemand, d’anticipation et de mélodrame. Ce film est aussi le dernier film expressionniste allemand, bien que le style influença les premiers films noirs américains, comme les DRACULA (1931), FRANKENSTEIN (1931), LA MOMIE (1932) de la Universal Pictures, en raison de l’arrivée des réalisateurs allemands à Hollywood. Comme nombre de cinéastes européens, Kurt Bernhardt américanisera son nom de réalisateur en Curtis Bernhardt.

LE TUNNEL peut être vu comme un classique du cinéma fantastique français, mettant en scène les stars françaises montantes du début des années 30 comme Jean Gabin, Madeleine Renaud, Robert Le Vigan.

L’intrigue : À New York, l’ingénieur Mac Allan (Jean Gabin) expose son plan de tunnel sous l’Atlantique pour relier les Etats-Unis à la France. Soutenu par un banquier influent, le projet se concrétise et en trois ans, les travaux ont bien avancé. Seulement Mac Allan va devoir faire face à un drame familial et à de nombreux problèmes : infiltrations d’eau, grève des ouvriers, sabotage…

LE TUNNEL est film méconnu malgré des scènes impressionnantes de par l’ampleur technique et les moyens humains, concernant la construction du fameux tunnel, montées à la manière d’un reportage d’actualités, un sujet qui rappelle la légende urbaine calédonienne annonçant depuis des années un tunnel devant relier Nouméa à l’Australie. LE TUNNEL est aussi une nouvelle preuve que le cinéma français regorge de pépites oubliées, méconnues et peu diffusées, et il trouvera néanmoins une place de choix sur Les Échos d’Altaïr.

- Trapard -

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LA FEMME SUR LA LUNE (1929)

LA FEMME SUR LA LUNE (1929) dans Cinéma 13061310052715263611288458

LA FEMME SUR LA LUNE (1929) de Fritz Lang

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Après son sublime film futuriste, METROPOLIS (1927) dont nous avions déjà touché deux mots dans Le Grenier du Ciné SF, Fritz Lang a réalisé une autre forme d’anticipation sur un thème qui faisait déjà rêver l’Europe dans les années 1920 : le voyage dans l’espace, autrement dit le space-opéra. Produit par la fameuse UFA (qui deviendra l’organisme officiel de propagande de Josef Goebbels à partir de 1933), juste avant le krach boursier de 1929, LA FEMME SUR LA LUNE (Frau im Mond) est le dernier film muet de Fritz Lang, encore une fois co-écrit avec sa femme Thea von Harbou (d’après son roman « Une Femme dans la Lune » paru en 1928).

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L’intrigue : Ridiculisé par ses confrères scientifiques, alors qu’il prétendait qu’il existait des mines d’or sur l’astre lunaire, le professeur Manfeldt se laisse sombrer dans la mélancolie. Trente ans plus tard, le technicien Wolf Helius souhaite construire une fusée pour aller sur la Lune. Friede Velten et l’ingénieur Hans Windegger sont intéressés par ce projet. Un groupement financier contrôlant le marché de l’or impose sa participation à leur expédition. Le professeur Manfeldt, alors très âgé, sera lui aussi de l’expédition…

13071608574215263611385588 dans TrapardEn 1929, Fritz Lang est déjà très éloigné du mouvement expressionniste auquel il a plus ou moins participé, bien qu’il subsiste quelques effets de style dans LA FEMME SUR LA LUNE. Mais à partir de METROPOLIS, le réalisateur allemand est déjà un virtuose concernant les graphismes visuels, les jeux de lumières, et LA FEMME SUR LA LUNE est visuellement très beau et extrêmement maîtrisé. D’ailleurs, pour ce qui est des effets spéciaux, Fritz Lang a engagé Oskar Fischinger, un réalisateur allemand de films d’animations qui a beaucoup tourné dans les années 1920 et 1930, notamment des court-métrages abstraits en pixilisation (stop-motion) à l’aide de pâte à modeler, qui sont facilement visibles sur le web. Ses trucages se mêlent à merveille au film et contredisent, pour la partie spatiale, et les scènes d’alunissage, l’aspect très métallique du reste de l’intrigue. Avec LA FEMME SUR LA LUNE sorti en 1929, nous sommes déjà dans le pur space-opéra, ce que AELITA du Soviétique Yakov Protozanov, tourné à peine cinq ans plus tôt, ne faisait encore qu’effleurer, en quelque sorte.

13071609023915263611385610Une anecdote importante concernant l’importance de ce film dans le cinéma de science-fiction : LA FEMME SUR LA LUNE inaugure la tradition du compte à rebours dans le domaine de l’astronautique lors du lancement d’une fusée. Fritz Lang s’en explique ainsi : « Quand j’ai tourné le décollage de la fusée, je me disais :  » Si je compte un, deux, trois, quatre, dix, cinquante, cent…, le public ne sait pas quand le décollage aura lieu. Mais si je compte à rebours dix, neuf, huit, sept, six, cinq, quatre, trois, deux, un — cela devient très clair ».

La fusée était, pour l’époque, extrêmement réaliste, à tel point qu’après la sortie du film, à la montée des nazis au pouvoir, on ordonna de détruire les maquettes de l’engin spatial du film, cette dernière « étant de nature à nuire au secret qui devait entourer la conception des V2 ». Si vous voulez en savoir plus sur les fameux missiles V2 (ou fusées A42) qui sont les premiers missiles balistiques opérationnels et les véritables « prototypes » des premiers lancers de l’ère spatiale, développés par l’Allemagne nazie dès 1938, je vous conseille cet excellent documentaire.

Les nazis rendront néanmoins à César ce qui appartient à César en réalisant un petit hommage humoristique à LA FEMME SUR LA LUNE, à l’aide d’un petit dessin visible sur l’empennage de la fusée A4/V4 qui était le premier prototype de V2 tiré avec succès en octobre 1942. Le bédessinateur belge, Hergé, s’inspirera lui aussi clairement de la fusée, et de plusieurs détails du film pour ses BD, « Objectif Lune » et « On a marché sur la Lune », les deux aventures spatiales cultissimes de Tintin et Milou, publiées au début des années 50.

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LA FEMME SUR LA LUNE est interprété par Willy Fritsch, un jeune premier d’origine polonaise qui incarne le héros du film, Wolf Helius. Mention spéciale pour la comédienne d’origine croate, Gerda Maurus, que Fritz Lang s’est appliqué à rendre superbe à l’écran, tout le long du film.

Outre quelques improbabilités, particulièrement pour les scènes se déroulant sur le satellite (nous sommes tout de même en 1929 !), LA FEMME SUR LA LUNE est une véritable œuvre épique de science-fiction de presque 3 heures, et qui trouvera la place qui lui est due dans la rubrique du Grenier du Ciné SF de LÉA.

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SUR UN AIR DE CHARLESTON (1927)

SUR UN AIR DE CHARLESTON (1927) dans Cinéma 13061310052715263611288458

SUR UN AIR DE CHARLESTON (1927) de Jean Renoir

13070908264915263611364128 dans Le grenier du ciné SFPour Le Grenier du Ciné SF, voici un OVNI cinématographique des années 20 signé Jean Renoir. D’abord, associer Jean Renoir à de la Science-Fiction peut sembler plutôt incongru. Pour m’expliquer en résumant la carrière du cinéaste, fils du peintre Auguste Renoir, celui-ci a tourné de 1924 jusqu’à la Seconde Guerre mondiale de beaux films aux sujets populaires, mettant souvent à bas la notion de héros. Il participera même aux efforts cinématographiques militants du Front Populaire avec le film tourné à la manière du collectivisme bolchevik LA VIE EST À NOUS (1936), ou la très belle adaptation du roman de Maxime Gorki LES BAS-FONDS (1936), avec Jean Gabin et Louis Jouvet. Puis après une poignée de films qui annoncent déjà la prochaine guerre mondiale (LA GRANDE ILLUSION, 1937, LA RÈGLE DU JEU, 1939) ou qui cristallisent la naissance de la République et le Naturalisme de Gauche (LA MARSEILLAISE, 1938, LA BÊTE HUMAINE, 1938), Jean Renoir fuit les accords entre Vichy et l’Allemagne nazie pour tourner aux États-Unis quelques films anti-nazis et pro-américains (VIVRE LIBRE, 1943, SALUT LA FRANCE, 1946). La suite de sa carrière, durant les années 50 jusqu’aux années 70, se situera plutôt du côté de la littérature en adaptant nombre de romans ou de pièces de théâtre, mais toujours avec un effort de créativité au niveau de la forme de ses films.

13070908280715263611364129 dans Science-fictionAlors que fait donc ce film de science-fiction au milieu de la carrière cinématographique d’un homme de Gauche convaincu ? Déjà, Jean Renoir fut un des réalisateurs du cinéma français a avoir été commandité par l’ORTF dès 1959 pour tourner une des rares (pour l’époque) adaptations françaises du roman de Robert-Louis Stevenson, « Docteur Jekyll et Monsieur Hyde », LE TESTAMENT DU DOCTEUR CORDELIER, un film fantastique qui dénonçait plus ou moins un hypocrisie à la française. Ensuite, pour en revenir à SUR UN AIR DE CHARLESTON, il a été tourné dans les années 1920, une époque, graphiquement très créative, y compris dans nombre de films en France. Jean Renoir a d’ailleurs, tourné en 1928, l’année suivante, le beau film adapté du conte de Hans Christian Andersen, LA PETITE MARCHANDE D’ALLUMETTES, un film au sujet socialement engagé dont la seconde partie dévie sur une forme d’onirisme, plongeant le spectateur dans l’irréalité et le merveilleux à l’aide de visuels et de graphismes étonnants.

SUR UN AIR DE CHARLESTON prend alors son sens, puisque tourné en 1927 à l’aide de visuels décalés, parfois proches de celui de l’expressionnisme très à la mode en Allemagne à cette époque. Le sujet est, quant à lui, comme un pied de nez à certains clichés de l’époque, ou à certaines réalités sociales, mais abordés grâce à un alibi science-fictionnel.

L’intrigue : En 2028, la Terre se disloque par un recouvrement glaciaire, mais un savant d’Afrique du Sud parvient à partir en exploration dans l’espace à l’aide d’un missile spatial. Il découvre une sauvagesse blanche, accompagnée d’un chimpanzé, qui l’initie à une danse barbare : le Charleston…

Jean Renoir prend donc à revers certains clichés racistes de l’époque et s’amuse à alterner entre science-fiction et scènes complètement surréalistes, précédant de deux ans UN CHIEN ANDALOU (1929) de Luis Bunuel et Salvador Dali.

13070908294315263611364130 dans TrapardLe tournage du film fut assez intimiste, et le producteur Pierre Braunberger, les scénaristes, Pierre Lestringuez et André Cerf et Jean Renoir lui-même, jouent dans le film, comme cela se faisait souvent dans les courts métrages tournés par les surréalistes. Les deux comédiens principaux, Johnny Higgins et Catherine Hessling (l’épouse de Jean Renoir) étant des danseurs de claquettes issus du spectacle « La Revue Nègre », Johnny Higgins étant grimé en noir, comme Al Jolson l’a fait la même année, aux États-Unis, pour interpréter LE CHANTEUR DE JAZZ. Insistant sur la provocation anti-raciste, SUR UN AIR DE CHARLESTON est même ouvertement très érotique, Catherine Hessling, de par sa forme physique de danseuse, prend des positions très suggestives pour jouer la sauvagesse sexuellement alerte, lorsqu’elle ne danse pas le fameux Charleston des années 20 avec des mouvements exagérés au montage, avec des accélérés, des ralentis ou des superpositions d’images. Mais aussi, avec un athlétisme qui alterne entre raideur physique et lascivité…

Mais je n’en dis pas plus, au cas où certains auraient envie de le découvrir. Je terminerai seulement cette rubrique du mardi en indiquant que ce film de Jean Renoir se situe dans la logique de ceux que René Clair, Max Ernst, Ferdinand Léger, Marcel L’Herbier, Luis Bunuel et d’autres encore, ont tourné dans ces années 1920 bourrées de quêtes artistiques innovatrices. Mais des films aussi, qui n’ont eu que peu de succès, ou alors celui produit par des publicités basées sur la provocation et le scandale, et qui ne deviendront des classiques du Cinéma seulement des années plus tard…

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L’ENNEMI SANS VISAGE (1946)

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L’ENNEMI SANS VISAGE (1946) de Robert-Paul Dagan et Maurice Cammage

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L’ENNEMI SANS VISAGE est un petit polar français mettant en scène l’inspecteur Wens, un personnage de roman policier créé par l’écrivain belge Stanislas-André Steeman en 1930. Une dizaine de comédiens se sont succédés dans ce rôle, des années 30 jusqu’à Jacques Perrin, en 1994, dans LE TRAJET DE LA FOUDRE. Mais Pierre Fresnay est sûrement celui qui immortalise le mieux, encore aujourd’hui, ce fameux Monsieur Wens, dans le film d’Henri-Georges Clouzot, L’ASSASSIN HABITE AU 21 (1942).

Dans L’ENNEMI SANS VISAGE, Franck Villard incarne un inspecteur plutôt jeune et assez « fun », et si ce film policier trouve sa place au sein du Grenier du Ciné SF, c’est que l’enquête policière sort du cadre traditionnel du genre pour vite tourner au vinaigre vers le pur film de Savant Fou, avec son petit lot de scènes fantastiques.

L’intrigue : le professeur Artus tente, avec la collaboration de la police, de transporter l’âme d’un condamné à mort (qui a accepté cette expérience à la place de la chaise électrique) directement au sein d’un automate en caoutchouc. L’expérience tourne mal et le professeur est retrouvé mort, tandis que l’automate a disparu. L’inspecteur Wens mène l’enquête…

13062508323815263611324969 dans Le grenier du ciné SFL’ENNEMI SANS VISAGE est un film assez inégal, ce qui semble s’expliquer par le fait que le tournage fut commencé, en février 1946, par Maurice Cammage qui tomba rapidement malade (il décéda, d’ailleurs, peu de temps après) et qui fût remplacé par Robert-Paul Dagan, lequel boucla le film en mars de la même année. Du coup, dans un certain nombre de scènes, les comédiens semblent être comme en « roues libres » et en pure improvisation, ce qui déroute assez, d’entrée de jeu. Puis, si on laisse prendre la sauce, en acceptant de suivre une double intrigue policière et fantastique assez farfelue avec des comédiens qui, dans certaines scènes, usent et abusent de cabotinages, et dans d’autres, jouent le plus sérieusement du monde, L’ENNEMI SANS VISAGE devient un film très curieux mais plutôt agréable.

Outre Franck Villard incarnant le fameux Wens, Roger Karl, un acteur de théâtre vieillissant, est quant à lui le savant Artus, chef autoritaire d’une famille dominée en attente d’héritage, mais persuadé du bon sens de ses inventions délirantes. Moins connu, on retrouve aussi Jean Temerson dans le rôle du valet de la résidence et ancien policier destitué de son ancienne fonction, ce même Temerson que l’on retrouve, trois ans plus tard, dans l’une des meilleures adaptations des romans policiers de Marcel Allain dans FANTÔMAS CONTRE FANTÔMAS (1949) de Robert Vernay.

Souvent critiqué, L’ENNEMI SANS VISAGE n’en reste pas moins une curiosité policière du cinéma français des années 40, bourré de rebondissements et de scènes surréalistes et fantastiques.

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DOCTEUR CYCLOPE (1940)

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DOCTEUR CYCLOPE (1940) d’Ernest B. Schoedsack

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Tourné pour la Paramount Pictures, ce DOCTEUR CYCLOPE (Dr. Cyclops) est un avant goût de la finalité atomique de 1945 qui engendrera, tout au long des années 50, de nombreuses séries B de SF horrifiques basées sur la crainte de l’armement nucléaire et ses déviances sur la population. DOCTEUR CYCLOPE n’est encore qu’un pur film de SF et de savant fou du début des années 40, comme un prolongement d’un cinéma de genre et distraction, basé sur les méfaits néfastes de la science, et particulièrement sur la domination de l’Homme par l’Homme, et sur la miniaturisation de celui-ci. Un prolongement de LA FIANCÉE DE 13050709054315263611161616 dans Science-fictionFRANKENSTEIN (1935, Bride of Frankenstein) de James Whale, qui effleurait le sujet lors d’une scène mémorable où le maléfique Docteur Pretorius (Ernest Thesiger) faisait danser, à son gré, trois humains miniaturisés et enfermés dans des flacons. L’année suivante, Tod Browning fera de ce thème la trame de son excellent film LES POUPÉES DU DIABLE (1936, The Devil Dolls), dans lequel un homme accusé injustement (l’excellent Lionel Barrymore !) s’échappe de prison et manipule la veuve d’un scientifique qui miniaturise des humains dans un but humanitaire face à la démographie croissante, l’évadé utilisant celles-ci à des fins moins honnêtes mais dans un but de vengeance meurtrière. L’histoire du DOCTEUR CYCLOPE, très différente et plus exotique, est la suivante : Depuis deux ans, le docteur Thorkel mène de mystérieuses recherches sur la structure moléculaire, dans un laboratoire au fond de la jungle amazonienne. Un collègue, le docteur Bulfinch, arrive des États-Unis pour le seconder, assisté du docteur Mary Robinson et de l’ingénieur des mines Bill Stockton. Le mineur, Steve Baker, les guide jusqu’au laboratoire de Thorkel. Celui-ci, réticent à livrer le résultat de ses travaux, leur révèle néanmoins la découverte sur place d’un riche gisement d’uranium dont il a pu extraire du radium indispensable au fonctionnement de son invention, une machine destinée à réduire la taille des êtres vivants. Après plusieurs tests sur des animaux, reste à expérimenter l’engin sur des humains…

13050709075415263611161617 dans TrapardOn se retrouve donc dans beaucoup de scènes où des êtres humains miniaturisés sont en proie à des dangers les plus communs en soi (enfin, pour nous…), des scènes qui ne sont pas sans rappeler l’ambiance de L’HOMME QUI RÉTRÉCIT (1957, The Incredible Shrinking Man) de Jack Arnold, ou, bien entendu, les récents MAMAN, J’AI RÉTRÉCI LES GOSSES… On se souvient aussi des explorateurs (guidés par James Mason dans le rôle du Professeur Lindenbrook), à la fin du VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE (1959, Journey to the Center of the Earth) d’Henry Levin, pourchassés par des lézards gigantesques, dans un film au thème du gigantisme inversé, et dans un très beau Technicolor. DOCTEUR CYCLOPE est d’ailleurs le tout premier film de science-fiction américain à avoir été réalisé en Technicolor.

Rappelons qu’à la barre du DOCTEUR CYCLOPE, le réalisateur Ernest B. Schoedsack s’en était déjà donné longtemps à cœur joie de jouer de la superposition entre des différences de tailles, puisqu’il est à l’origine (avec Merian C. Cooper à la co-réalisation pour les scènes de jungle, et Willis O’ Brien pour les effets de stop-motion des créatures préhistoriques) du KING KONG de 1933, ce qu’il récidivera en 1935 avec LE FILS DE KONG (The Son of Kong) et en 1949 avec MONSIEUR JOE (Mighty Joe Young)… Le Docteur Thorkel/Cyclope est incarné par le comédien Albert Dekker, affublé pour ce film de minuscules lunettes rondes et du crâne rasé, filmé de manière à ce que lui-même semble démesuré (autant que ses affabulations scientifiques).

DOCTEUR CYCLOPE est un très bon film de science-fiction à l’ancienne, bourré d’action et de rebondissements, qui intégrera tout naturellement la rubrique du Grenier du Ciné SF des Échos d’Altaïr.

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THINGS TO COME (1936)

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THINGS TO COME (1936) de William Cameron Menzies

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Sorti en France sous le titre de LA VIE FUTURE ou parfois LES MONDES FUTURS, le titre original de THINGS TO COME est nettement plus logique et prémonitoire, pour ce beau film humaniste et futuriste anglais, tourné du vivant de l’auteur H.G. Wells. Écrit en 1934, le scénario plaçait une future guerre fictive en décembre 1940 : Homme d’affaires prospère, John Cabal (Raymond Massey) n’arrive pas à profiter du bien-être de Noël à cause des sinistres annonces d’une guerre prochaine. Les bombardements commencent et la mobilisation générale s’annonce en même temps que la guerre mondiale. Quelque temps plus tard Cabal est pilote, et alors qu’il abat un bombardier ennemi, il se voit forcé d’atterrir et tire l’ennemi gravement blessé de l’épave. Mais les gaz euphoriques s’en prennent à l’homme blessé qui donne son masque à gaz à une petite fille qui passe. Puis la guerre se poursuit pendant des décennies, jusqu’à ce que les survivants oublient pourquoi ils se battent. L’humanité entre dans une nouvelle aire et alors que le monde est en ruines, la guerre ne fait que se poursuivre de 1940 à 2036…

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Énorme pamphlet antimilitariste contre la future guerre mondiale à venir, auquel HG Wells a lui-même plus ou moins participé, THINGS TO COME est souvent plus une œuvre poétique qu’un réel film d’action, beaucoup de scènes étant de réels symboles pour appuyer son sujet. Produit par la London Films d’Alexander Korda qui, avec son frère Zoltán, est à l’origine de certains classiques du cinéma d’aventures « orientaux » comme les films avec le jeune comédien indien Sabu Dastagir (ELEPHANT BOY, 1937, LE VOLEUR DE BAGDAD, 1940, LE LIVRE DE LA JUNGLE, 1942…), avec THINGS TO COME, la London Films montrait déjà un goût très marqué pour un véritable cinéma de genres. C’est le cinéaste américain, William Cameron Menzies, plus connu pour son classique des 50′s de la 20th Century Fox INVADERS FROM MARS (1953), qui tourna ce petit clasique de la SF des années 30, une période anglaise d’entre-deux-guerres qui se prononçait, cinématographiquement parlant plutôt vers un univers noir, celui des thrillers et des premières adaptations des romans d’Edgar Wallace et autres sujets d’intrigues policières, ou de comédies, à l’inverse.

13043009195015263611137492 dans TrapardTHINGS TO COME sort donc du lot, avec son déploiement de décors, d’accessoires et de costumes incroyables, et ses effets spéciaux impressionnants pour ces années 30, et c’est logiquement qu’il intégrera la rubrique du Grenier du Ciné SF des Échos d’Altaïr. Vous pouvez trouver le film sur le web, à savoir qu’il en existe plusieurs versions, la première, projetée en salles à l’époque de la sortie du film, étant d’une longueur de 117 minutes, les versions les plus récentes se limitant généralement à un montage de 96 minutes.

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METROPOLIS (1927)

METROPOLIS (1927) dans Cinéma 13061310052715263611288458

METROPOLIS (1927) de Fritz Lang

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METROPOLIS est aujourd’hui un véritable film culte, monstre de la science-fiction cinématographique classique et moderne à la fois, mais c’est aussi un véritable démon à deux têtes.

D’un côté, le film tourné en 1925, après un récent voyage du réalisateur Fritz Lang (« Le film est né de ma première vue avec les gratte-ciel de New-York en octobre 1924. Les immeubles semblaient être comme un voile vertical, scintillant et très léger, comme un décor luxueux, suspendu dans un ciel sombre pour éblouir, distraire et hypnotiser »), et alors que la crise mondiale approche, et que l’Europe se cherche politiquement dans l’entre-deux-guerres, et particulièrement l’Allemagne lors de la République de Weimar, Lang et sa femme et co-scénariste, Thea von Harbou, éludait le sujet actuel de la lutte des classes pour un scénario qui favorisait la réconciliation des classes. Celles-là mêmes qui se réuniront, six ans après la sortie en salles de METROPOLIS, autours d’un seul leader politique : Adolf Hitler. D’un côté, le film allait doucement dans le sens d’une réunification de l’Allemagne comme la promulguait le parti national-socialiste, dont Thea von Harbou était une sympathisante. Et de l’autre, et comme il faut toujours un coupable dans toute crise politico-économique, le scénario de METROPOLIS semble dénoncer un certain capitalisme exploiteur américain tel que René Clair le décrira lui-aussi, en France, avec À NOUS LA LIBERTÉ ! (1931) et Charles Chaplin, lui-même, avec LES TEMPS MODERNES (en 1930, donc dix ans avant de dénoncer la dictature nazi dans LE DICTATEUR).

13042309071715263611114323 dans Science-fiction

L’intrigue : En 2026, Metropolis est une mégapole divisée entre une ville haute, où vivent les familles intellectuelles dirigeantes, et une ville basse, où les travailleurs font fonctionner la ville et sont opprimés par la classe dirigeante. Une femme de la ville basse, Maria (Brigitte Helm) essaie de promouvoir l’entente entre les classes, et emmène clandestinement des enfants d’ouvriers visiter la ville haute ; le groupe se fait repousser par les forces de l’ordre, mais Freder (Gustav Frölich), le fils du dirigeant de Metropolis, tombe amoureux d’elle. En descendant dans la ville basse pour la retrouver, il rencontre un ouvrier épuisé à son poste de travail, le rythme imposé par les machines étant trop élevé, une réaction en chaîne s ’ensuit et un violente explosion se produit sur la « machine M », tuant des dizaines de travailleurs et qui semble se transformer en Moloch, une divinité monstrueuse qui dévore les ouvriers. Freder se rend chez son père pour le mettre au courant des conditions pénibles dans lesquelles travaillent les ouvriers et lui demande d’améliorer cela…

13042309095115263611114353 dans Trapard

La seconde tête, ou le second socle de METROPOLIS, est le graphisme inhérent à toutes les réalisations allemandes de Fritz Lang des TROIS LUMIÈRES (1921) aux NIBELUNGEN (1924), en passant même par M LE MAUDIT (1931). Plus encore que n’importe lequel des réalisateurs de l’Expressionnisme allemand, de Murnau (NOSFERATU, 1922), Robert Wiene (LE CABINET DU DOCTEUR CALIGARI, 1919), Paul Wegener (LE GOLEM, 1920), Paul Leni (LE CABINET DES FIGURES DE CIRE, 1924), Fritz Lang était un réalisateur de la Symétrie. Élaborant toujours des visuels et des cadrages impressionnants, c’est toujours de cette symétrie graphique que jaillit un élément discordant, qu’il soit positif (Siegfried dans les NIBELUNGEN, Freder et Maria dans METROPOLIS) ou victime noyée dans une symétrie trop parfaite (l’ambigüité de l’assassin de M LE MAUDIT). De par ses origines juives, Fritz Lang hésitait peut-être déjà entre son amour et son pays, qui se « refermait » politiquement et identitairement, peu à peu sur lui, la symétrie dans l’art, surtout de manière si méthodique et si appliquée de la part de Friz Lang, surtout lorsqu’on sait avec quelle tyrannie il se comportait durant le tournage, pourrait presque rappeler justement une certaine quête de stabilité et de symétrie que l’artiste était en train de perdre.

13042309120715263611114362METROPOLIS peut donc se regarder comme deux films : celui qu’on nous narre à l’aide d’un scénario futuriste, et celui que notre regard peut déchiffrer. Un peu comme l’ambivalence du couple Lang-von Harbou finalement, dont Freder et Maria sont peut-être comme la symbolique d’une quête désespérée d’union mais que la société voudrait séparer, METROPOLIS étant un film ultra-rythmé et tourmenté, comme un tourbillon au sein duquel s’affichent des icônes antagonistes de Paix et de Division qui sont souvent comme des jeux de miroirs, comme la vérité et le mensonge, la stabilité et le mouvement, la Guerre ou la Crise. METROPOLIS est aussi un film merveilleux dont il y aurait trop à en dire, et dont chaque spectateur pourrait lui-même amener une nouvelle pierre à l’édifice pour en parler, tellement le monument reste sublime et ancré historiquement avec les années.

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MAN MADE MONSTER (1941)

MAN MADE MONSTER (1941) dans Cinéma 13061310052715263611288458

MAN MADE MONSTER (1941) de George Waggner (par Trapard)

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Après la vague de films cultes tournés dans les années 30, la Universal Pictures est moins connue aujourd’hui pour ses productions lors de la décennie suivante. Seule la RKO reste un peu au-dessus de l’iceberg, pour ce qui est des classiques du Fantastique qui sont encore très regardés de nos jours comme LA FÉLINE (1942), VAUDOU (1943) ou LE GARÇON AUX CHEVEUX VERTS (1948). Pourtant, au tout début des années 40, la Universal lançait les aventures de Larry Talbot, avec LonChaney Jr, dans LE LOUP-GAROU (1940) tourné par George Waggner. Larry Talbot verra ses démêlés avec sa malédiction se poursuivre au fil des années 40, tout comme les suites de LA MOMIE (1932) ou des premiers FRANKENSTEIN de 1931, 1935 et 1939.

13022107170415263610889167 dans Science-fictionMais après LE LOUP-GAROU, George Waggner poursuivit sa carrière sous contrat pour la Universal Pictures avec de petites productions fantastiques comme MAN MADE MONSTER ou HORROR ISLAND, tous deux réalisés en 1941.

L’intrigue de MAN MADE MONSTER est la suivante : Par une nuit d’orage, un autocar dérape et percute un pylône électrique. Tous les passagers sont tués à l’exception de Mac Gormick (Lon Chaney). Amené à l’hôpital, il fait la connaissance du Dr Lawrence qui travaille sur la recherche de la bioénergie, et Mac Gormick accepte d’être le cobaye de Lawrence sur toute une série de tests électriques qui vont lui être néfastes. Petit à petit Mac Gormick se voit se transformer malgré lui en une véritable centrale nucléaire…

13022107235915263610889171 dans TrapardUn sujet peu banal, bien dans le thème du « film de savant fou », et qui laissera plusieurs empreintes électrifiées dans le cinéma bis, Lon Chaney réinterprétera lui-même presque un autre « homme électrique » dans INDESTRUCTIBLE MAN, en 1956, film où il devient invulnérable malgré lui, après un échec de la chaise électrique qui devait l’exécuter. Wes Craven ressuscitera et actualisera même ce sous-genre, en 1989, avec SHOCKER, dans lequel un dangereux psychopathe qui survit, lui aussi, à la chaise électrique, se dématérialise ou se re-matérialise pour assouvir ses penchants meurtriers.

Un peu oublié, MAN MADE MONSTER reste une de ces petites perles rares du Fantastique dont Lon Chaney Fils interprétait, à merveille, un de ses fameux personnages piégés par un triste sort surnaturel dont il semblait avoir le secret. Si ce n’est que les producteurs savaient aussi très bien enfermer Chaney dans des malédictions cinématographiques pour le moins étranges, qu’il n’en est jamais sorti, de la Universal à Bert I. Gordon, en passant aussi par Roger Corman.

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AELITA (1924)

AELITA (1924) dans Cinéma 13061310052715263611288458

AELITA (1924) de Yakov Protazanov (par Trapard)

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En pleine période cinématographique de l’Expressionniste en Allemagne, la récente Union Soviétique désireuse d’élargir son cinéma à un plus vaste public, produira elle aussi son classique du Fantastique aux décors excentriques avec AELITA, réalisé par le chevronné réalisateur russe, Yakov Protazanov.

On est même carrément dans de la SF pure et dure : Un mystérieux message est envoyé aux radios du monde entier, en simplement trois mots : « Anta… Adeli… Uta… » que les spécialistes ne peuvent déchiffrer. Dans une station de Moscou, l’ingénieur Los et son collègue et voisin l’ingénieur Spiridinov reçoivent aussi ce message qui semble plonger l’ingénieur Los dans des rêves martiens où apparaissent la reine Aelita, son prétendant Gor (maître de l’énergie), sa servante Ihoshka et son père Tuskub qui dirige en fait l’état totalitaire martien. Los et Spiridinov élaborent alors en secret les plans d’un vaisseau spatial qui, une fois terminé, les emmène sur Mars…

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L’histoire, bien que très longue à se mettre en place, s’inspire d’un roman d’Alexis Nikolaïevitch Tolstoï même si on flirte pratiquement avec l’univers de Ray Bradbury et de ses Chroniques martiennes qui ne seront publiées que quarante ans plus tard.

Les décors quasi-expressionnistes du film et ses costumes très imaginatifs pour l’époque, permettent surtout de créer une forte transition entre les intrigues se situant sur Mars et celles se déroulant sur Terre, là où d’autres scénaristes auraient imaginé un long voyage spatial pour appuyer la distance entre les deux planètes. D’ailleurs, la majorité du film se déroule en montage parallèle Mars/Terre, une astuce scénaristique très courante dans les années 20 aux États-Unis et particulièrement depuis la sortie d’INTOLERANCE (1916), le film de David Wark Griffith se déroulant simultanément sur trois grandes périodes historiques.

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Moins astucieux et poétique, et plus propagandiste que le film français de Marcel L’Herbier, L’INHUMAINE, sorti la même année, dans un élan d’Avant-Garde purement cinématographique français, AELITA n’en reste pas moins un beau film imaginatif où s’entrecroisent Imaginaire science-fictionnel et intrigues amoureuses dans la bonne humeur (une générosité qui sous-entendait bien sûr, et malheureusement, la violence d’une dictature en gestation et qui deviendra même l’URSS cinematografic’s touch, si je puis dire…). Mais on retrouve une réelle créativité dans les décors à niveaux d’AELITA, proche d’une recherche de la 3D dans des jeux de profondeurs qui ont dû faire rougir les décorateurs et accessoiristes de L’INHUMAINE ou de n’importe lequel des films de l’Expressionnisme allemand, le tout dirigé par le directeur artistique, Yuri Zheliabovsky lui-même !! Non, je déconne : je ne le connais pas non plus. Mais rappelez-vous tout de même que l’Union Soviétique des années 20 était l’un des plus grands foyers créatifs et artistiques mondiaux, autant sur le plan pictural (Malévitch…), photographique (Rodchenko…) que cinématographe (Eisenstein, Vertov…) : un graphisme artistique et visuel souvent militant qui s’amoindrira comparativement lors de la montée du pouvoir centralisé et oligarchique de Joseph Staline.

AELITA de Yakov Protazanov est donc un de ces bijoux soviétiques des années 20, en période de semi-libre expression, mais il est aussi un beau voyage cinématographique très visuel dans les contrées lointaines de notre galaxie.

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Croisières Sidérales (d’André Zwoboda)

Croisières Sidérales (d'André Zwoboda) dans Cinéma 13061310052715263611288458

CROISIÈRES SIDÉRALES d’André Zwoboda (par Trapard)

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Quand LEA rouvre les vieux tiroirs grippés du cinéma français pour en sortir les dossiers poussiéreux du fantastique hexagonal des années 1940…

…Elle en sort ce film d’André Zwoboda sorti en 1942, durant la guerre.

CROISIÈRES SIDÉRALES est une comédie légère de SF à la française, avec son lot de personnages emblématiques et une palette de comédiens connus : Madeleine Sologne (actrice chère aux films oniriques signés par Jean Cocteau), Jean Marchat, Julien Carette, Jean Dasté, Paul Frankeur et même…Bourvil dans une brève apparition (sa première au cinéma d’ailleurs).

L’objet du film est un voyage scientifique dans l’espace (on y retrouve presque l’univers de Jules Verne, par certains égards) et son retour, spacio-temporellement « faussé », sur Terre. En effet, les voyageurs, partis quinze jours dans l’espace, se confronteront à une décalage de 25 années d’absence de leur planète d’origine. Ce même décalage cher à « La Planète des Singes » de Pierre Boulle, se retrouve ici, décrit dans une trame amusante : Francoise, jeune mariée part sans son mari, mais avec Lucien, joyeux père d’un beau bébé. Au retour, le mari de Francoise a les cheveux gris et le bébé est un jeune homme.

Puis un nouveau voyage touristique démarre, mais cette-fois-ci, accidentellement vers Vénus. Commence alors ce message socialement et humainement utopiste cher à Herbert George Wells décrit dans sa « Machine à Explorer le Temps »…

CROISIÈRES SIDÉRALES est aussi un bel alibi pour son réalisateur, pour élaborer un Paris futuriste et des voyages spatiaux, avec des costumes et des décors délirants, des jeux visuels avec l’apesanteur spatial dignes des « Aventures de Tintin dans l’Espace », et des cadrages au grand-angle amusants.

Beaucoup d’influences SF déjà explorées mille fois, parfois démodées, mais qui restent un délice si on pousse un peu l’effort de faire abstraction des 70 années (1942-2012) cinématographiques suivantes.

- Trapard -

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