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Archive pour la catégorie « Littérature »

PERDIDO STATION de China Miéville

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Rendez-vous ailleurs : Perdido Station de China Miéville

- par Sonia Faessel -

AGvnLb-2 dans Littérature

Récompensé par le prix Arthur C. Clarke et le British Fantasy Award, le diptyque Perdido Station révèle les talents d’un grand créateur de science fiction. 

On peut y retrouver le graphisme des Cités Obscures de  François Schuiten,  l’exotisme exubérant des personnages du 4e volet de Star Wars dans le bar du spatioport de Tatooine, les créatures de cauchemar de la saga du Seigneur des Anneaux, et pourtant, l’imaginaire de Miéville propose un monde unique, qui ne ressemble à rien de ce que l’on a pu lire ou voir jusque là. 

IHvnLb-4 dans Sonia FaesselL’espace décrit est essentiellement celui de la cité de Nouvelle-Crobuzon, un savant mélange d’architectures anciennes et modernes, équipé d’une technologie victorienne : charbon, vapeur, carrioles, câbles, pas d’internet même si certaines machines ressemblent à des ordinateurs, pas de téléphone. L’ensemble est marqué par la décrépitude : moisissures, rouille, murs qui menacent de tomber, rues embourbées, le tout enserré dans deux rivières qui permettent aux bateaux d’assurer le ravitaillement de la ville. Les noms des quartiers (il faut saluer l’imagination du traducteur) sont à eux seuls une bonne évocation : La Poix, Tournefoutre, Foutretombe, Bec de Chancre pour les quartiers populaires ; Vertige Est et Ouest, Mont Mistigri, Mont de St Baragouin pour les quartiers plus chics, perchés sur les hauteurs. Cette ville est millénaire et son histoire s’est perdue, seuls quelques monstruosités étranges évoquent un passé mystérieux, tels les gigantesques côtes qui enserrent le quartier d’Osseville, témoignages d’une créature titanesque venue s’échouer là. 

La ville, de quelques deux millions d’âmes, abrite une population d’humains et d’hybrides qui feraient la joie des créateurs d’effets spéciaux. Les Khépri, à tête de scarabée et corps d’homme habitent Bercaille, les Calovires, avec leur corps de chien et leurs ailes de chauve-souris,  écument les cieux et vivent sur les toits qu’ils conchient soigneusement, les Yodyanoi sont des créatures au corps mou et puissant qui vivent dans la rivière, les Garuda mi- hommes mi-oiseaux de proie aux ailes somptueuses vivent dans le désert, mais certains ont migré à Nouvelle-Crobuzon. Les Cactus ont un espace à part dans la ville, un gigantesque dôme qui maintient une température élevée sans laquelle ils ne peuvent survivre. Cette population pour le moins hétéroclite se mélange dans le quartier des artistes ou les très nombreuses tavernes et maisons de plaisir qui constituent l’essentiel des commerces de la ville. Chaque espèce conserve plus ou moins sa culture et a développé les dons qu’elle a reçus : les Khépri sont des artistes sculpteurs et peintres capables de modeler n’importe quoi avec leurs sécrétions salivaires, les Calovires sont de bons messagers ou livreurs de marchandises (des sortes de drones biologiques), les Yodyanoi sont capables de modeler l’eau, et quand ils font la grève, on la sent passer : ils ouvrent une trouée de 3 km de long dans la rivière, rendant toute navigation impossible. 

XIvnLb-3Toute cette population est dirigée par un Gouvernement dont les décisions restent secrètes. La milice intervient soudainement et brutalement grâce au système de tours et de câbles qui quadrillent la totalité des quartiers de la ville. Tout converge à Perdido Station, avec ses cinq lignes de trains qui desservent les faubourgs éloignés. C’est un pouvoir despotique et les coupables sont systématiquement recréés, devenant des monstruosités combinant matière organique et mécanique, dans un quartier où l’on entend leurs hurlements, comme on les entendait des animaux qui entraient dans la « maison de souffrance » du Docteur Moreau de H.G.Wells. 

Les deux volumes de Miéville nous promènent dans cet espace et ces populations hétéroclites, qui survivent tant bien que mal dans un monde que l’on devine post apocalyptique, même si les dates citées se situent entre 1400 et 1700, mais de quelle ère ? 

Le personnage principal, Isaac dan der Grimmebuin, est un savant, bricoleur de génie, qui adore explorer toutes les théories issues de son esprit constamment en éveil, et l’on suit ses recherches et pérégrinations. C’est tout d’abord Yaghareck, l’homme oiseau mutilé, qui vient lui demander  de lui rendre ses ailes, non sous forme mécanique, à la manière d’Icare, mais d’une manière organique qui lui permettent de voler à nouveau.  Comme la ténacité est la caractéristique d’Isaac, il transforme son laboratoire de Marais-aux-Blaireaux (le quartier des savants) en une ménagerie de tout ce qui vole pour étudier l’essence même de l’action de voler. C’est au cours de ses recherches qu’il va déclencher la catastrophe en élevant sans le savoir une Gorgone, qui s’empressera de libérer ses sœurs, retenues au secret par le Gouvernement qui mène des expériences que nul ne connaît. 

cLvnLb-4À partir de l’éveil des gorgones, le récit combine la science-fiction et l’heroic fantasy, puisque les créatures évoquées ont des pouvoirs dignes des plus grands sorciers. Les gorgones ont la capacité d’hypnotiser n’importe quel être doué d’un esprit en agitant leurs ailes immenses aux couleurs psychédéliques, et leur proie clouée sur place se laisse aspirer tout ce qui  constitue son esprit. Ne subsiste alors qu’une enveloppe vide, un corps privé de réactions, à la manière d’un coma. Les gorgones sont indestructibles ou presque, car elles évoluent sur plusieurs plans de réalité et aucune arme classique ne peut les atteindre. La ville devient alors un réservoir inépuisable pour ces  vampires psychiques et le défi sera pour Isaac et ses improbables compagnons, le Garuda, Lin, sa maîtresse khépri et artiste, Lemuel, le bandit qui connaît tous les trafics de la ville et dont le réseau est inestimable pour trouver ce dont on a besoin, et Derkhan, la compagne xénian de Lin, de trouver le moyen de les anéantir. Les rencontres sont dangereuses, à la mesure des créatures qui proposent leur aide : qu’il s’agisse de la fileuse, une titanesque araignée capable de voyager dans l’espace temps, mais dont les réactions sont totalement imprévisibles et mortelles, du gigantesque robot de la décharge, capable de traiter toutes les informations par les connexions qu’il établit avec son armée de robots et d’humains à son service, du nécromancien doyen de l’université d’Isaac, ou encore  du mystérieux Madras, patron absolu de toute la pègre de la Nouvelle-Crobuzon. Malgré les refus, dont l’ambassadeur des enfers, les pertes cuisantes de compagnons amis, les gorgones seront anéanties dans une séquence qui n’est pas sans rappeler celle du second volet de Ghost Busters : Isaac réussit à attirer les gorgones en suscitant leur faim insatiable et les habitants se souviendront longtemps de ce rayon étincelant au sommet de la gare de Perdido Station. 

En résumé, une aventure merveilleuse à lire d’un bout à l’autre, une plongée dans un ailleurs unique, à la mesure des grands créateurs. 

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THE CITY AND THE CITY de China Miéville

THE CITY AND THE CITY de China Miéville dans Fantastique 14072703494415263612413227

The City & the City, une métaphore particulièrement réussie de notre société occidentale, par China Miéville.

 - par Sonia Faessel -

Q59ZKb-1 dans Littérature

L’auteur est anglais, a obtenu de nombreux prix, et il est le digne descendant d’Orwell, de Kafka, pour l’absurde et le pouvoir occulte inaccessible, de la série Noire américaine pour le personnage de détective, caractérisé par sa ténacité à découvrir la vérité dans un monde qui lui échappe.

479ZKb-2 dans Sonia FaesselLa non communication est la principale caractéristique de nos sociétés depuis l’arrivée massive des smartphones et des tablettes, il suffit de regarder les gens dans un aéroport, une gare, un bus : ils sont à moins d’un mètre les uns des autres, ne se regardent pas, n’échangent pas un mot, le nez sur leurs appareils. Dans ce cas, poursuivons la logique : deux villes, intimement mélangées, mais totalement séparées. La loi comportementale exige qu’un habitant de Beszel « évise » son voisin d’Ul Qoma et inversement, faute de quoi, il commet le crime de « rupture » et disparaît purement et simplement, happé par cette institution redoutable qui voit tout, contrôle tout, et apparaît immédiatement lorsque le délit est commis. Il faut aussi ne pas sentir (« insentir »), ne pas écouter (inouir) lorsque votre espace de vie est « brutopiquement » situé, entendez par là, lorsque votre voisin d’à côté ou d’en face n’est pas de votre ville. Aucune place pour le sentiment, ce qui compte, c’est la norme, être conforme à ce qui est attendu, et, là encore, comment ne pas reconnaître la toute puissance du conformisme qui règle actuellement nos sociétés ? 

Alors qu’Orwell invente Big Brother, Miéville invente la Rupture, une institution secrète, qui n’a de contrôle que sur elle-même, et intervient avec une efficacité effrayante, maintenant les deux populations dans un état d’angoisse permanent. On pense aussi à la Stasi, la police des ex-pays de l’Est, d’autant que le cadre j99ZKb-2temporel du roman suggère un XXIe siècle proche des idéologies communistes et libérales. Aucune explication n’est donnée quant à la partition des deux villes, l’une moins évoluée que l’autre, résolument tournée vers la modernité, architecturale tout au moins, car, pour ce qui est des technologies  actuelles, elles ne semblent pas intéresser l’auteur, qui équipe ses villes de vieux ordinateurs, et d’un « google » hésitant quant au débit. La manipulation, autre caractéristique du monde actuel, est donc reine, et les habitants ont accès aux informations qu’on veut bien laisser filtrer. 

Une légende urbaine veut qu’il existe une troisième ville, Orciny, qui vit à l’interstice des deux autres, c’est le sujet sur lequel travaille la jeune américaine assassinée au début du livre, découverte par Tyador Borlu, inspecteur de la Criminelle de Beszel. Son enquête va le mener d’une ville à l’autre, avec toutes les tracasseries que cela implique, et l’opacité finira par se déchirer pour ne révéler qu’un banal trafic d’objets d’art concernant la période pré-clivage des deux villes. C’est parce qu’il éprouve quelque chose, ne serait-ce qu’un sentiment d’injustice, de la compassion pour les victimes, qu’il finit effacé dans la Rupture, recruté de force dans un monde entre les deux villes. Le prix à payer : il devient invisible pour tout le monde, car aucun habitant des deux villes n’a le droit de le voir, encore moins de lui parler, sous peine de rupture. 

C’est donc une lente dissolution de l’individu que China Miéville met en scène, de manière magistrale, dans un roman au goût d’étrangeté, mais singulièrement proche de nous, pour peu que l’on se donne la peine de voir les analogies avec notre époque. 

Un grand livre, à lire absolument. 

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CITATION CÉLÈBRE : LES PLUS QU’HUMAINS

CITATION CÉLÈBRE : LES PLUS QU'HUMAINS dans Citation célèbre InNXKb-1« L’idiot habitait un univers noir et gris que ponctuaient l’éclair blanc de la faim et le coup de fouet de la peur. Ses vieux habits en lambeaux laissaient voir ses tibias en lame de burin et, sous sa veste déchirée, ses côtes qui saillaient comme des doigts. L’idiot était de haute taille, mais plat comme une limande ; dans son visage mort, ses yeux étaient calmes. »

(Les Plus qu’Humains / Theodore Sturgeon)



LA SAGA DES SEPT SOLEILS de Kevin J. Anderson

LA SAGA DES SEPT SOLEILS de Kevin J. Anderson dans Littérature 14072703494415263612413227

Du bon space opera classique : La Saga des sept soleils, par Kevin J. Anderson

- par Sonia Faessel -

cJWVKb-a dans Science-fiction

Anderson est un bon auteur de space opera, il a participé à Star Wars, c’est dire la référence ! Il a aussi coécrit avec le fils de Frank Herbert, Brian,  des suites et des préquelles à une autre grande saga de référence, Dune. Deux influences qui ont inspiré cette saga qui compte 7 volumes, comme le titre l’indique, et bon voyage dans les 4500 pages de l’ensemble ! 

On peut en zapper un ou deux, car il y a un solide résumé de l’histoire au début de chaque volume, mais chaque livre se termine par un cliff hanger, et le lecteur se retrouve captivé. C’est dire que la série se lit tout à fait bien ! 

XJWVKb-b dans Sonia FaesselLe tour de force d’Anderson consiste à fragmenter le texte en de courts chapitres consacrés chacun à un personnage, et tout se tient, le processus d’identification fonctionne, l’on découvre les différentes cultures, modes de vie et habitats qui sont dans le « bras spiral » de la galaxie. Tout est donc au point pour une bonne série TV, en plusieurs saisons, et gageons que cela se fera peut-être. 

Quelles sont les forces en présence ? 

- Les humains : onze vaisseaux interstellaires sont  partis il y a plus de deux siècles pour conquérir l’espace. Grâce à la rencontre avec les Ildirans, un peuple humanoïde, les humains ont découvert la propulsion interstellaire et ont essaimé des colonies à partir des passagers de leurs vaisseaux. Sur la planète Terre, la Hanse dirige tout, notamment le commerce, comme son nom l’indique, en référence à la Hanse des pays baltiques au Moyen Âge. Le Président, Basil Wenceslas, est le seul à prendre des décisions, et met en place un roi fantoche, symbole important pour les foules, marionnette à sa disposition. 

Un vaisseau n’a pas fait souche sur une planète, ses habitants, qui se nomment eux-mêmes les vagabonds, ont décidé de conserver leur indépendance en dispersant leurs habitats sur des planètes, astéroïdes et stations spatiales soigneusement dissimulés à la Hanse, à laquelle ils n’ont pas fait allégeance. Ils se caractérisent par une ingéniosité sans limite, une foi inébranlable en leur capacité à trouver des solutions aux plus graves problèmes, vivent en clans familiaux, et ont réussi à devenir indispensables à tout le monde en devenant des experts dans la collecte de l’etki, le combustible incontournable pour toute propulsion interstellaire.

JLWVKb-cUne autre planète, Théroc, est couverte d’une gigantesque forêt, capable d’engranger toutes les informations, entretenue soigneusement par les prêtres verts, seuls capables de communiquer avec elle et de transmettre, grâce au surgeon qu’ils transportent avec eux, n’importe quel message de quelque planète que ce soit dans le bras spiral. C’est la seule communication instantanée qui existe. 

De même que les vagabonds, les habitants Théroc ne se sont pas soumis à la Hanse, et sont eux aussi indispensables.

- Les Ildirans : tous liés ensemble par les fils du thisme, communication interpersonnelle dirigée par le mage imperator qui accède à la « source de clarté » après le cérémonial de la castration. Chacun des fils de l’imperator est « premier attitré » d’une planète colonisée et il suit les instructions du mage grâce au lien du thisme, particulièrement fort puisqu’il est issu de sa chair. Les remémorants ont pour charge de raconter et d’agrandir la saga des sept soleils, l’histoire du peuple ildiran. Ces sept soleils gravitent autour de la planète Ildira, le palais des prismes est objet de pèlerinage : chacun peut bénéficier de la protection bienveillante du mage imperator,  chaque Ildiran rêve d’un exploit digne de figurer dans la saga des sept soleils.  Les deux caractéristiques de ce peuple sont qu’ils ne supportent pas l’obscurité, non plus que la solitude. Isolé du thisme n’importe quel Ildiran devient fou. 

wOWVKb-d- Les Klikiss : espèce insectoïde disparue depuis plus de 10 000 ans, dont les robots intelligents et indépendants subsistent. Ils avaient développé une civilisation très avancée, comme en témoignent les ruines klikiss disséminées sur les planètes. Leurs robots les ont exterminés jusqu’au dernier et ils ont bien l’intention de faire de même avec les humains et les Ildirans, considérant que la vie organique est nuisible à la galaxie. 

Ces trois forces se décomposent en des personnages, porteurs d’un trait de caractère ou d’une fonction, protagonistes de l’action. Les humains sont bien entendus les plus dangereux car imprévisibles : dès les premières pages, ils déclenchent la guerre galactique en faisant brûler une planète pour essayer une arme klikiss décryptée dans les ruines par une xeno archéologue. Manque de chance, la planète abritait des créatures vivant à l’intérieur et l’empire caché (titre du premier volume) des hydrogues va faire chèrement payer aux humains, mais aussi à ceux qui habitent le bras spiral, leur génocide involontaire. C’est encore les humains qui ressusciteront les Klikiss à partir d’un cadavre intact retrouvé, et ils vont se révéler des ennemis redoutables, invincibles de par leur multitude.  Heureusement, les portails dimensionnels des Klikiss sont eux aussi découverts et vont permettre dans un futur proche l’arrêt de la propulsion interstellaire.

VQWVKb-eDe leur côté, les Ildirans ont misé sur des formes hybrides entre eux-mêmes et les humains qu’ils ont récupérés de l’un des vaisseaux monde. Isolés sur une planète perdue, ils constituent un troupeau reproducteur en vue de créer l’hybride idéal capable de communiquer avec les hydrogues, contre lesquels les Ildirans s’étaient battus dix mille ans plus tôt. Pour rester en paix, les Ildirans avaient consenti à réveiller les robots klikiss, alliés des hydrogues. 

Les Klikiss, quant à eux, passent leur vie à construire des ruches reproductrices dirigées par un spesec, et mènent entre eux une guerre de destruction totale. 

Ces trois espèces vont affronter des êtres élémentaires intelligents et organisés, et c’est là l’originalité de la saga d’Anderson. Au fur et mesure de la lecture, on découvre d’abord les hydrogues, créatures de l’air puisqu’elles vivent dans les géantes gazeuses, puis les fueros, créatures de feu qui vivent dans les soleils, ensuite les wentals, créatures de l’eau qui peuvent essaimer toutes les masses d’eau rencontrées, et enfin les verdani, créatures de la terre, issues des arbres de la forêt monde de Théroc. Face à la puissance de destruction de ces forces élémentaires, les humains et les Ildirans ne sont que spectateurs, immédiatement détruits lorsqu’ils essaient d’affronter l’une d’elle, leur technologie n’étant que fétu de paille, et ils assistent, impuissants à l’éradication de systèmes solaires entiers. 

vSWVKb-fMais il arrive que l’hybridation soit possible et c’est ce qui permettra de mettre fin à l’affrontement cosmique : un prêtre vert se transforme en arbre et peut invoquer les verdani, vaisseaux arbres capables d’emprisonner les hydrogues, un vagabond qui recueille dans l’espace l’eau d’un wental devient mi-wental mi humain, une petite fille métisse d’un premier attitré ildiran et d’une prêtresse verte s’avère capable de communiquer avec les hydrogues, un Ildiran, frère du mage imperator, se mêle à un fuero et entreprend une guerre meurtrière contre l’imperator qu’il considère comme un usurpateur, enfin,  un humain parviendra à s’unir avec les Klikiss tout en conservant son identité.

Tout est donc réuni pour une multiplication des intrigues, tant politiques que militaires, et chaque personnage est un fil de la saga. Le tout est parfaitement clair et passionnant. Seul point faible : l’ensemble ne dépasse pas la soif de pouvoir, incarnée par le Président de la Hanse ou le frère fou du mage imperator. La « Force » n’est pas vraiment là, et c’est un peu dommage, mais la virtuosité de la composition de la saga permet de passer un excellent moment de lecture.

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Histoire de… en bande dessinée : LA SCIENCE-FICTION

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Dans la série « Histoire de… en bande dessinée » des Humanoïdes Associés (Éditions Critic), voici tout frais débarqué « La Science-Fiction », ou comment raconter l’histoire d’un genre devenu au fil du temps LE genre le plus populaire de notre époque, cela en plus de 200 pages et, subtile originalité, en bande dessinée !

UvGTKb-2 dans Littérature

« Il faut avoir une dose inouïe de courage, ou d’inconscience, pour s’attaquer à l’histoire de la science-fiction, plus encore pour présenter cette somme sous la forme d’une bande dessinée, laquelle, art de l’ellipse par excellence, ne privilégie pas l’aspect théorique propre d’ordinaire à ce type d’entreprise », dixit Pierre Bordage dans sa préface du livre événement écrit par Xavier Dollo et dessiné par Djibril Morissette-Phan. Oui, mais justement, c’est là que l’exploit que l’on croyait impossible s’avère une bien belle réussite !

Des livres racontant ou décortiquant la science-fiction à travers ses auteurs, ses titres références et ses genres, il y en a eu. Mais un ouvrage entièrement consacré à son histoire fascinante… je n’en connais point. Désormais la référence sera bel et bien « Histoire de… en bande dessinée : La Science-Fiction », paru en novembre 2020. À travers ses pages se déroule la longue (oui, si on la fait débuter, comme certains le proposent, à partir de l’Antiquité, voire même avant…) et riche histoire de la SF. Ce sont ses plus grands auteurs qui nous servent de guides. Ils s’adressent à nous et discutent entre eux, nous racontent la grande et la petite histoire de notre genre préféré. On y rencontre ainsi au fil des pages Mary Shelley, Hugo Gernsback, H. G. Wells, Jules Verne, Isaac Asimov, Arthur C. Clarke, Theodore Sturgeon, John W. Campbell, Jack Vance, A. E. Van Vogt, Robert A. Heinlein et des dizaines et des dizaines d’autres, et les femmes ne sont pas oubliées, que l’on se rassure.

On pourrait croire que, vu les limites d’une BD pour satisfaire une grande quantité de texte, « Histoire de… en bande dessinée : La Science-Fiction » ne soit qu’un survol du sujet traité dans ses pages. Il n’en est rien. L’ouvrage est bavard et les polices employées suffisamment moyennes pour délivrer le maximum d’informations. 

Si la littérature de SF occupe forcément la place qui lui incombe à travers « Histoire de… en bande dessinée : La Science-Fiction », le cinéma, la télévision, les magazines, les BD et tant d’autres sont également présents à l’occasion des fréquentes recommandations de l’auteur, en bas de page. Le livre se découpe aussi en chapitres tels que, par exemple, « Aux origines de la SF : de l’Odyssée à Frankenstein – De l’Antiquité au début du XIXème siècle », « L’avènement des pulps : États-Unis, de la fin du XIXème siècle à la crise de 1929″, « La SF française et le merveilleux scientifique : France, fin du XIXème siècle et première moitié du XXème siècle »…

Présentée d’une manière originale et de façon très complète, cette histoire de la Science-Fiction racontée en bande dessinée surprend agréablement par sa richesse et s’impose d’office comme l’ultime ouvrage à s’offrir (ou offrir !) si l’on est un passionné de SF ou, tout simplement, si l’on souhaite découvrir ce genre incontournable aujourd’hui.

- Morbius – (morbius501@gmail.com)

La quatrième de couverture :

« Aujourd’hui, la science-fiction est présente partout, plus seulement en littérature, mais aussi au cinéma, dans les jeux vidéo et même dans la vie quotidienne.

Qui a inventé le mot « science-fiction » ? Et le mot « robot » ? Qui sont les grands auteurs du genre ? Quels livres indispensables faut-il avoir lus ?

Un spécialiste répond à toutes ces questions dans ce livre de référence, raconté en bande dessinée. Tout apprenti lecteur pourra désormais s’y retrouver dans la jungle des créateurs visionnaires qui, d’Asimov à Zelazny, ont compté dans l’histoire de la science-fiction. »

Et pour en savoir plus avec vidéos à l’appui, cliquez ICI.

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LES LIVRES DE LA TERRE FRACTURÉE

LES LIVRES DE LA TERRE FRACTURÉE dans Littérature 14072703494415263612413227

Nora K. Jemisin : Les Livres de la Terre fracturée (trilogie)

Broken Earth, 2016/17/18

rjWAKb-1 dans Science-fiction

L’auteur : afro-américaine, 57 ans, formation universitaire en Lettres et psychologie, récompensée  du prix Locus pour le premier volume de sa première trilogie, les Cent mille Royaumes (2011).

Pour sa seconde trilogie de la Terre fracturée, elle obtient le prix Hugo pour chacun des volumes, ce qui est tout à fait exceptionnel.

Le genre : Science Fiction - Monde post apocalyptique

Thèmes : écologie, Terre vivante, féminisme, rejet de la différence

HkWAKb-2 dans Sonia FaesselSujet : le parcours d’une femme et de sa fille qui découvrent leur différence et leur terrible pouvoir dans un futur lointain et dans un monde réduit à un seul continent soumis à de constantes transformations, toutes aussi cataclysmiques les unes que les autres.

Écriture : c’est dans doute la véritable originalité de cette trilogie, intitulée fort justement en français « les Livres de la Terre fracturée », car il s’agit en effet d’une narration faite par un personnage pluri millénaire, Hoa, seul capable de faire le lien entre les personnages et les événements, de par la vision globale que son grand âge lui permet. 

Les adresses au lecteur fusionnent avec le narrateur et l’auteur joue sur le dialogisme, ce qui n’est pas habituel dans les récits de science fiction. 

Synopsis :

Trois groupes humains ont survécu à la première « fin du monde » : les comm’ humaines, plus ou moins prospères, regroupées en villes fortifiées ou éparpillées en villages ; les orogènes, dont les gardiens et le fulcrum canalisent le pouvoir, car ils peuvent communiquer avec la géologie de la planète et provoquer des éruptions hmWAKb-3volcaniques terribles. Leur pouvoir se révèle lorsqu’ils sont en proie à une violente émotion et détruisent sans le vouloir toute vie autour d’eux en déployant un tore qui congèle instantanément humains, animaux et plantes. Ils sont donc honnis, traqués, tués dès leur jeune âge, sauf quand ils sont pris en charge par les gardiens impériaux et strictement contrôlés. 

L’histoire d’une enfant orogène est alors racontée dans le premier livre, La Cinquième Saison, dans une chronologie inversée : de la femme mariée Essun, qui découvre son fils de trois ans assassiné par son mari, en fuite avec sa fille Nessun, on découvre l’enfant qu’elle a été, enlevée par son gardien Schaffa au fulcrum où elle subit la terrible discipline destinée à la contrôler, puis la femme puissante consciente de l’injustice et décidée à se venger. 

Le troisième groupe est celui, mystérieux, des mangeurs de pierre, dont le narrateur fait partie. Ils sont les descendants d’une race disparue, les Niess, exploitées jusqu’à extinction pour leur pouvoir. Ils communiquent avec la planète et sont capables de se déplacer à l’intérieur de la Terre. Le prix à payer est une minéralisation de leur corps, leur nourriture : un orogène puissant qu’ils consument dès que ce dernier utilise la connexion avec les « obélisques », système énergétique très complexe mis en place par une civilisation disparue. 

NnWAKb-4L’histoire est un trajet et une réflexion sur le pouvoir, la conquête de la liberté, une tentative de rédemption pour rétablir un équilibre.

La métaphore de la planète éclatée reflète les préoccupations actuelles : les perturbations à venir dues au mépris de l’environnement deviennent la figure du Père Terre cruel qui a fait éclater tous les continents  (la saison de l’éclatement) ; les orogènes et les Niess sont victimes de la persécution due à la différence, quand bien même ils sont capables de contenir les tremblements de terre et les éruptions volcaniques ; l’égoïsme absolu des ancêtres a provoqué la destruction de la planète et de l’humanité, réduite à la survie. 

Rien de vraiment original dans tout cela, mais l’ensemble est servi par un imaginaire très riche et qui donne à visualiser des séquences dignes des effets spéciaux les plus sophistiqués, et par une analyse psychologique très fine entre les personnages. 

Quant à mériter à chaque roman le prix Hugo…

- Sonia Faessel -

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RACINES de Frédéric Ohlen

RACINES de Frédéric Ohlen dans Littérature 13100208544615263611602685
14072703494415263612413227 dans Nouvelle-Calédonie
VTD3Kb-book117102020 dans Science-fiction
Frédéric Ohlen (alias Mandragore), auteur calédonien passionné de science-fiction et qui est à l’origine de la création de la section littéraire du Sci-Fi Club de Nouvelle-Calédonie, Les Feuillets d’Hypnos, publie sa première longue nouvelle (ou court roman) de SF, « Racines », aux éditions de L’Herbier de Feu. N’ayant pas encore lu le petit livre en question nous nous garderons bien d’en faire la critique, mais l’histoire s’annonce fort intéressante et originale ! En vente dans toutes les bonnes librairies de la place.
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CITATION CÉLÈBRE : SOLOMON KANE

CITATION CÉLÈBRE : SOLOMON KANE dans Citation célèbre 5fuvKb-1« C’était son obsession, ce qui motivait toute son existence. La cruauté et la tyrannie envers ceux qui ne pouvaient se défendre embrasait son âme d’une colère noire, aussi féroce que tenace. Lorsque la flamme de sa fureur avait été attisée et qu’elle touchait à son paroxysme, il n’avait de cesse que sa vengeance soit consumée. Quand il lui arrivait de s’interroger sur sa conduite, il se disait qu’il accomplissait le jugement de Dieu, qu’il était un instrument du courroux divin, châtiant les êtres impurs. »

(Solomon Kane / Robert E. Howard)



LE MONDE D’ANDER

LE MONDE D'ANDER dans Littérature 13100208544615263611602685
Dans un futur lointain archaïque, la magie est presque omniprésente, sauf en Canamérie, le pays natal d’Ander. L’adolescent possède pourtant quelques aptitudes, héritées de sa mère disparue dix ans plus tôt, et prend des cours secrets auprès d’un magicien paria, malgré l’hostilité générale. Les ennuis se multiplient, et ses pouvoirs prennent une brutale et inexplicable ampleur… Sans parler de la guerre qui couve contre les sorciers du pays voisin.
zZznKb-1 dans Nouvelle-Calédonie
L’auteur : D’origine française et vivant depuis 2013 en Nouvelle-Calédonie, Kévin GALLOT a commencé à partager son écriture via des concours de nouvelles depuis 2016, dont certains lui ont valu prix et publications (1er prix au concours de nouvelles du Sci-Fi Club / Maison du livre en 2016). Son premier roman, Le Monde d’Ander a bénéficié de l’aide de la Province-Sud de la Nouvelle-Calédonie, en étant lauréat du dispositif en 2019, permettant son accompagnement par l’écrivain et réalisateur local Roland ROSSERO.
Le Monde d’Ander est disponible ICI.


LA TRILOGIE DE LIU CIXIN : ATTENTION, CHEF-D’ŒUVRE !

LA TRILOGIE DE LIU CIXIN : ATTENTION, CHEF-D'ŒUVRE ! dans Littérature 14072703494415263612413227

La trilogie de Liu Cixin : attention, chef d’œuvre !

Par Sonia FAESSEL

PbVlKb-1 dans Science-fiction

Écrite entre 2008 et 2010, traduite chez Actes Sud entre 2016 et 2018, la trilogie de Liu Cixin place d’emblée cet auteur chinois chez les grands de la SF. 

Pour preuve, il est le premier Chinois à avoir reçu le prix Hugo en 2015 pour Le Problème à trois corps, premier volet de la trilogie, et le troisième tome : La Mort immortelle obtient le prix Locus du meilleur roman de science fiction en 2017.

On ne parvient pas à obtenir beaucoup d’informations sur cet auteur : il est né en 1963, il a fait des études à l’université dans le domaine de l’ingénierie (eau et électricité). Comme il n’est pas dissident, ou du moins non perçu comme tel puisqu’il est très populaire en Chine, difficile de savoir comment il est arrivé à la SF. Il sera intéressant de découvrir son roman cyberpunk, Chine 2185, disponible en chinois uniquement pour l’instant, qui avait été publié à la veille des événements de Tian’anmen (1989).

Le sujet de la trilogie est classique : l’humanité est confrontée à une menace extraterrestre, l’espace s’élargit jusqu’à devenir cosmique, la dimension temporelle s’étend de la Révolution Culturelle chinoise à + 18 milliards d’années, fin de notre univers et naissance d’un nouveau.

C’est dans le traitement du space opera que réside l’originalité.  L’humain reste au centre de l’histoire, et n’est pas dépendant de la technologie, ce sont les réactions successives de l’humanité à la menace qui structurent la trilogie. 

deVlKb-1 dans Sonia Faessel

Dans Le Problème à trois corps, sont évoquées les aberrations de la Révolution culturelle, admises à présent en Chine, moins par esprit critique que pour présenter un personnage qui déclenchera la menace : Ye Wenjie, la fille d’un scientifique universitaire, déchu publiquement par son épouse et ses anciens étudiants. Enfermée dans une mystérieuse station militaire, elle va découvrir le système des Trisolariens et répondre à leur message en utilisant le soleil comme amplificateur d’ondes magnétiques. Son choix est déterminant, malgré l’avertissement lancé : « ne répondez pas ». 

UfVlKb-1Si Lui Ji  a l’impression d’être dans un jeu virtuel particulièrement sophistiqué, qui décrit le monde trisolarien, exotique à souhait, avec ses trois soleils tournant de manière aléatoire autour d’une planète habitée par des humanoïdes capables de se déshydrater et de se stocker lorsque le climat devient, en quelques jours, soit totalement glacial, soit plus brûlant que celui de Mercure, il comprend que ce monde virtuel ne l’est pas et qu’il décrit une civilisation extraterrestre. C’est la manière que les Trisolariens ont choisie pour communiquer avec l’Organisation Terre- Trisolaris (OTT), un groupe humain bien convaincu que l’humanité ne vaut pas la peine d’être sauvée et mené par Ye Wenjie. Avertis que les Trisolariens vont commencer leur voyage à destination de la Terre et ont choisi de détruire l’humanité, non par choix belliqueux, mais parce qu’ils ont déduit de la nature même de l’homme que toute idée de cohabitation serait impossible, les membres de l’OTT mènent des actions destructives pour affaiblir l’humanité. Les scientifiques du monde entier se suicident, les installations de communication sont détruites, et c’est un homme tout à fait ordinaire, Lui Ji, qui parvient à détruire le bastion de l’OTT, soit un navire de guerre transformé en forteresse. 

A la fin de ce premier volume, les Trisolariens font parvenir un dernier message aux Terriens, avant de couper tout contact : « Vous êtes de la vermine ». Ce à quoi, Chi Qiang, autre personnage important de la trilogie, commissaire peu conformiste, particulièrement inventif, d’une intuition redoutable, et ami de Liu Ji, répond en montrant un champ de locustes : « Les Trisolariens semblent avoir oublié quelque chose : personne n’a jamais triomphé de la vermine ».  Malgré cette note optimiste, les Terriens ont tout de même de quoi désespérer : les Trisolariens ont enveloppé la Terre d’intellectrons, créés à partir des dimensions quantiques.  Ils ont pour mission de bloquer toutes les avancées humaines dans le domaine des sciences fondamentales. Les Trisolariens se sont en effet rendus compte de l’incroyable avancée technologique de la civilisation humaine, en à peine deux siècles, et, comme ils mettront plus de quatre siècles avant d’arriver sur Terre, leurs vaisseaux ne maîtrisant pas la vitesse subluminique, ils ont trouvé ce moyen pour leur assurer une supériorité définitive. 

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Dans le deuxième volume, La Forêt sombre, l’humanité doit réagir face à sa fin inéluctable dans quatre siècles. Son histoire évolue en ères successives, celle de la crise, celle du Grand Ravin, épisode particulièrement catastrophique marqué par le désespoir, pour finir par l’ère de la dissuasion. Comme dans le précédent volume, les décisions sont prises en commun, par des comités, commissions et spécialistes, et des plans sont élaborés. On reconnaît la gouvernance collectiviste de la Chine, et, même si l’ONU est évoquée plusieurs fois, les espaces et les interventions des autres pays sont très peu présents, l’essentiel se passe dans l’espace chinois. Pour lutter contre les Trisolariens, deux idées sont retenues : la fabrication intensive de vaisseaux et d’armes capables de détruire la flotte trisolarienne, 4lVlKb-1et les « colmateurs », au nombre de quatre, choisis par l’ONU. Le colmateur représente le génie humain opaque aux Trisolariens, fondamentalement transparents et incapables de mensonges parce que motivés uniquement par la survie dans leur monde, puisqu’à chacun des bouleversements engendrés par leurs trois soleils, leur civilisation s’éteint, en attendant la prochaine période favorable. La dissimulation et le calcul stratégique leur sont étrangers et c’est sur cet avantage que la civilisation humaine compte pour obtenir la victoire. Comme les intellectrons espionnent tout et rapportent les faits, gestes et paroles des humains à leurs maîtres, le colmateur ne doit pas révéler son projet, mais le mettre à exécution. L’OTT riposte en adjugeant à chaque colmateur un « fissureur », dont la mission consiste à trouver et dévoiler le plan imaginé par le colmateur. Sur les quatre choisis, seul Liu Ji, choisi contre son gré et à son grand étonnement, réussira. Les Trisolariens ont compris son importance puisqu’à peine est-il sorti de la cérémonie d’intronisation de sa nouvelle fonction à l’ONU, qu’ils essaient de le tuer, par l’intermédiaire de leurs serviteurs de l’OTT. À la fin du volume, il ouvre l’ère de la dissuasion en menaçant de produire une onde suffisamment puissante pour donner à l’univers les coordonnées du monde trisolarien. Il a en effet compris, et les Trisolariens le savaient aussi, que l’univers est peuplé de millions de civilisations intelligentes, et non pas vide comme on le croit. Il est une « forêt sombre » : derrière chaque arbre se cache un chasseur, prêt à détruire toute concurrence, surtout quand le monde observé est jugé comme une menace, c’est à dire quand il a accédé à l’explosion technologique, ce qui est le cas pour l’humanité. La chaine de suspicion est l’arme fatale qui entraine l’agression et la destruction ; on ne peut jamais savoir si l’autre est sincère puisqu’il y aura toujours suspicion de mensonge. Révéler la position du système trisolarien entraine celle du système solaire tout proche, et conséquemment la disparition à plus ou moins longue échéance des deux mondes, mais c’est un risque à prendre. Les Trisolariens renoncent à la conquête de la Terre et changent de trajectoire. Ils libèrent aussi la Terre des intellectrons, et Lui Ji devient le sauveur de l’humanité. 

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C’est donc un happy end, malgré la tragédie de la perte totale de la flotte interstellaire, détruite par une « sonde » trisolarienne, en fait une arme redoutable, produite par une technologie que l’humanité ne pourra jamais atteindre.  L’histoire aurait pu s’arrêter à ce diptyque, mais elle se poursuit à un niveau cosmologique dans le troisième volume : La Mort immortelle. Il s’agit des chroniques du hors–temps, écrites par Cheng Xin, survivante de l’humanité à plus de 18 milliards d’années de distance.  Choisie par l’ONU pour remplacer Lui Ji au poste de « porte épée », soit l’arme de dissuasion  (la menace de l’envoi des coordonnées du système trisolarien dans l’univers par une onde gravitationnelle), elle ne l’utilise pas lorsque les Trisolariens attaquent la Terre, et c’est la fin de l’ère de la dissuasion. On apprend qu’elle a été manipulée par les intellectrons, incarnés par l’androïde intellectra : à peine l’inflexible Jiu Ji est-il remplacé que les Trisolariens, qui ont fait des progrès en plus de CqVlKb-1trois siècles d’observations des sociétés humaines, ont utilisé la faiblesse humaine, en l’occurrence, la compassion et l’amour de ses semblables, qui empêchent la jeune Cheng Xin de dévoiler les coordonnées à l’univers. L’ère de la post dissuasion commence : l’humanité est rassemblée en Australie, seule « réserve » autorisée, et les réfugiés sont conviés au cannibalisme pour pallier les problèmes de nourriture à venir. C’est l’alternative que les Trisolariens ont proposée au lieu de l’éradication totale. Mais c’est compter sans les deux vaisseaux qui avaient fui lors de l’ultime bataille, voyant bien qu’aucune échappatoire n’était possible lors de la destruction de la flotte ; le Gravité, muni du système d’émission d’ondes gravitationnelles, envoie les coordonnées des deux systèmes, et celui de Trisolaris ne tarde pas à être détruit. Les Trisolariens reprennent leur voyage interstellaire et la Terre attend son éradication prochaine. Plusieurs plans s’élaborent : le plan escalier, qui consiste à envoyer un cerveau humain dans l’espace pour rencontrer le futur ennemi, , la construction de vaisseaux subluminiques, les cités bunker dans l’espace, à l’abri dans l’ombre de Jupiter, et capables de se déplacer pour échapper à la destruction du système solaire. C’est ce dernier qui prévaut, et Jupiter abrite bientôt plus de cinquante cités bunker, soit la quasi totalité de l’humanité. Seuls cinq millions d’humains restent sur leur planète mère, attendant la destruction avec  fatalisme, dans un paradis de verdure où la nature a repris ses droits, puisque la civilisation est partie dans l’espace. Du bras gauche de la constellation Orion, arrive l’arme fatale, sous la forme d’un « post-it », une feuille minuscule qui avale l’espace tridimensionnel pour le transformer en une titanesque peinture bidimensionnelle. C’est la fin de l’univers entier, en attendant la naissance du nouveau, dans lequel les onze dimensions seront à nouveau présentes, et seuls un couple d’humains réfugiés dans une « bulle univers » pourront le contempler. Nous sommes dans le hors temps, à plus de dix huit milliards d’années, l’itinéraire de la civilisation humaine est accompli, car « l’ultime métamorphose de toute civilisation intelligente consiste à devenir aussi grande que ses pensées ». 

9tVlKb-2On peut en effet voir la trilogie de Liu Cixin comme une histoire de l’humanité, certes centrée sur la Chine à laquelle elle appartient, mais aussi sur l’espace et l’univers. Pas d’évolution géologique, pas de suprématie divine, mais des étapes déterminées par des comportements, fondés sur les réactions des hommes face à ce qui menace leurs existences. L’imaginaire visualise des séquences hallucinantes : le cuirassé coupé en deux par le poignard épée de Liu Ji, un filament issu de la nanotechnologie plus fin qu’un cheveu et plus solide que n’importe quel métal ; la description de l’entrée de l’équipage de l’Espace Bleu dans une poche de la quatrième dimension ; la destruction de la flotte interstellaire par la gouttelette envoyée par les Trisolariens ; l’effondrement des planètes dans la deuxième dimension. Aux périodes d’espoir, voire d’arrogance, lorsque la solution semble trouvée, succèdent des décennies de désespoir : les héros d’autrefois sont honnis parce qu’on les accuse de ne pas avoir pris les bonnes décisions, des scènes de paniques effroyables tuent des milliers de gens, lorsque l’alerte planétaire est déclenchée par erreur. L’on découvre les progrès technologiques et les décors des civilisations successives par bonds dans le temps, lorsque les personnages principaux se réveillent de leur mise en hibernation plusieurs décennies ou siècles plus tard. C’est ainsi que Cheng Xin sera réveillée pour sa dernière mission avant la fin de l’univers, et retrouvera sur Pluton Liu Ji, âgé de plus de deux siècles. 

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C’est surtout une histoire de l’esprit humain et de la force des émotions que Liu Cixin incarne à travers des personnages clés : Ye Wenjie, la scientifique fondatrice de l’OTT,  Liu Ji, enfermé dans son bunker pendant plus de cinquante ans pour tenir tête aux Trisolariens par sa fonction de « porte-épée », le colmateur Wade, inflexible et dont toute la vie se résume à « en avant, en avant », la jeune Cheng Xin, auteur des chroniques hors-temps du troisième volume. Tous incarnent une valeur forte, endurance, abnégation, ténacité, et tous ont un sens aigu du devoir, en partie celui de suivre les ordres de leurs supérieurs, mais davantage celui envers l’humanité. Des émotions comme la peur et le désespoir rythment le récit, mais l’amour, la compassion et la capacité d’émerveillement sont seuls capables uyVlKb-3de tirer un homme hors de soi pour le faire passer dans une autre dimension, celle de la compréhension de ses semblables et de l’univers. C’est ainsi que Liu Ji se voit révéler le concept de « forêt sombre » de l’univers par la compagne imaginaire qu’il se créé lorsqu’il devient colmateur et choisit de se retirer dans un endroit idyllique et hors de tout contact, elle est et sera toujours son seul amour ; de même, Yun Tianming, amoureux en secret de Cheng Xin, accepte que son cerveau soit envoyé dans l’espace et offre, avant de partir, une étoile à celle qu’il aime. Les deux se retrouveront sur cette étoile et c’est encore Yun Tianming qui offre à Cheng Xin, l’univers 647 dans lequel elle peut encore vivre après que tout soit détruit. Amour et compassion ne font pas bon ménage avec la logique et sont responsables de la destruction de l’humanité : c’est parce que Cheng Xin n’a pas su actionner le bouton qui donnait les coordonnées du système trisolarien que le grand exil australien a eu lieu, c’est encore parce qu’elle a interdit à Wade de continuer son programme de vaisseaux subluminques, dont le prix à payer était la destruction d’une cité bunker et de tous ses habitants, que toute échappatoire est interdite lorsque l’arme ultime lancée par les « chasseurs » d’Orion apparaît dans le système solaire. Mais c’est un destin que les Trisolariens ont fini par envier à l’humanité, eux qui ont dû renoncer à toute émotion au nom de la survie, et dont les rares survivants sont condamnés à errer sans but jusqu’à la fin de l’univers. 

Au final, une trilogie d’une grande intensité, qui mélange avec une habileté remarquable la culture occidentale et chinoise, et utilise avec virtuosité les grands thèmes de la science fiction pour en faire une œuvre d’une tonalité unique et profondément originale. 

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