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PHILIP K. DICK : SECOND VARIETY / DEUXIÈME VARIÉTÉ (1952)

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Erwelyn, du site Culture Martienne, vous invite de temps à autre à découvrir ou redécouvrir une nouvelle de science-fiction. Aujourd’hui : Deuxième Variété de Philip K. Dick.

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En octobre 1952, Philip K. Dick écrit une de ses meilleures nouvelles, Second Variety (Deuxième Variété aka Nouveau Modèle), qui sera publiée pour la première fois en mai 1953 dans le magazine américain Space Science Fiction.

L’histoire
Dans un futur indéterminé, la guerre a éclaté entre les États-Unis et la Russie. Pour contrer leur ennemi de toujours, les Américains inventèrent les Griffes (« Claws » en anglais) : des petits robots en forme de sphères équipés de rasoirs meurtriers et programmés pour exterminer tous les humains qui ne seraient pas protégés d’un bracelet-brouilleur. Conçues par des usines totalement automatisées souterraines, les Griffes finirent par échapper à leurs inventeurs. Se reproduisant elles-mêmes, elles évoluèrent vers des mécanismes toujours plus performants et finirent par devenir un danger pour les deux camps.

Dans cette nouvelle, Dick aborde un de ses thèmes récurrents : qui est vraiment humain et qui paraît seulement l’être ? Ainsi il crée la paranoïa au sein d’un petit groupe de survivants lorsque ses derniers découvrent que plusieurs modèles évolués de Griffes ont maintenant apparence humaine et qu’il devient difficile d’identifier tous les nouveaux modèles.

14102309010015263612635476 dans Science-fictionCe qui est extraordinaire avec cette nouvelle, c’est qu’il pose sans le savoir à l’époque toutes les bases d’un film de James Cameron qui sortira en 1984, TERMINATOR, dont le propos est identique : devenues totalement autonomes, les machines se retournent contre leurs créateurs.

Le rapprochement avec ce film est d’autant plus intéressant qu’en 1954 une autre nouvelle de PKD, Jon’s World (Le Monde de Jon), paraît dans l’anthologie Time to Come. On se retrouve dans un futur plus éloigné dans lequel on a maîtrisé le voyage dans le temps et dans lequel, aussi et surtout, la Terre a été ravagée par une guerre destructrice opposant les humains à des machines de leur invention : les Griffes. On projette donc d’envoyer une expédition dans le passé afin d’empêcher un certain Shonerman, spécialiste en Intelligence Artificielle, de développer ses travaux qui aboutirent à l’élaboration des Griffes.

Si cette « suite » est donc parue un an après la première, la datation des manuscrits de PKD révèlent en fait que Jon’s World fut la première des deux nouvelles. Écrite le 21 octobre 1952, elle précède de quelques jours (30 octobre) l’écriture de Second Variety. C’est sûrement en l’ayant écrite que l’idée vint à PKD de développer le concept de l’évolution de ces robots.

14102309010115263612635477En 1995, le réalisateur québécois Christian Duguay s’atèle à l’adaptation de la nouvelle de PKD. Si le film SCREAMERS (Planète Hurlante) souffre cruellement de moyens et est plutôt un flop au box-office, nombreux s’accordent à dire que c’est sans conteste une des adaptations les plus fidèles des nouvelles de PKD.

Les divergences sont assez anecdotiques. Le conflit est transposé en 2078 sur la planète Sirius 6B et oppose des mineurs, l’Alliance, à leur employeur, le NBE (Nouveau Block Économique). Des scientifiques de l’Alliance inventent alors les Hurleurs (« Screamers » en anglais), des robots identiques aux Griffes décrites par PDK mais ayant en plus la particularité de pousser un hurlement strident au moment de l’attaque. L’Alliance représente les Américains et le NBE, les Russes de la nouvelle. En dehors de ça et d’une fin sensiblement différente, mais cohérente, la fidélité de l’adaptation est saisissante et la tension tout à fait palpable. S’il n’était quelques décors intérieurs un peu succincts et une action réduite malgré quelques effets spéciaux rares mais réussis, le film aurait sans doute pu trouver un public plus enthousiaste. Pour autant, reconnaissons aussi à Peter Weller, acteur sous-exploité au cinéma, d’endosser avec charisme le personnage principal, le Colonel Hendricksson (Hendricks dans la nouvelle).

14102309010215263612635478La scène finale (léger spoil) de Second Variety a été légèrement modifiée à l’écran afin de permettre une scène sentimentale qui n’est pas incohérente puisqu’elle admet ainsi que l’évolution des robots va jusqu’à savoir « aimer ». Dans la nouvelle, Hendricks reste sur Terre comprenant trop tard qu’il a permis à l’« ennemi » de s’échapper. Dans SCREAMERS, c’est lui qui prend la seule navette qui puisse le ramener sur Terre sans savoir qu’à son bord, il transporte un énième modèle d’Hurleur (ce modèle que je ne spoile pas est aussi présent de façon furtive dans la nouvelle de PDK).

En 2009, une suite, SCREAMERS : THE HUNTING, du Canadien Sheldon Wilson, est sortie directement en vidéo. Elle n’est en aucun cas l’adaptation du Monde de Jon, mais une vraie suite originale au premier film se déroulant quelques années plus tard. La Terre reçoit un SOS de Sirius 6B et envoie une mission pour déterminer l’origine de l’appel. Si ce deuxième volet est esthétiquement plus réussi avec quelques passages gores bien savoureux, on regrette que le scénario manque autant d’originalité. Il est quasiment entièrement inspiré d’ALIENS, LE RETOUR dont il reprend un nombre bien trop grand de scènes – déjà la fin du premier film y faisait penser avec son compte-à-rebours et son « passager clandestin ». On apprécie quand même cette suite primant l’action même si l’effet de surprise n’est plus de mise.

Pour finir, une petite anecdote martienne :
Sirius est une étoile de la constellation du Chien. Nous n’avons aucune idée de sa représentation. Toutefois les astronomes antiques la décrivaient rouge même si aujourd’hui elle ne l’est plus. Quelle planète pouvait donc inspirer le mieux Sheldon Wilson pour représenter Sirius 6B ? Mars bien sûr ! Ainsi reconnaissons-nous notre chère planète rouge à sa grande cicatrice qu’est la Vallée Marineris. Au montage, l’image est inversée et enrichie d’une nuée de nuages ou de neige (plus probable car on voit dans le film de nombreux paysages enneigés) mais on ne s’y méprend pas.

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Sirius 6B

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Mars, la vraie.

- Erwelyn -

- Seconde Variété – Philip K. Dick (dans le recueil Minority Report Folio SF)
- PLANÈTE HURLANTE – Christian Dugay (DVD)
- PLANÈTE HURLANTE 2 – Sheldon Wilson (DVD)

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L’INVENTION DIABOLIQUE (Vinalez zkazy) 1958 – KAREL ZEMAN

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Erwelyn, du site Culture Martienne, nous fait découvrir aujourd’hui une perle rare : une sorte de mix cinématographique de plusieurs œuvres de Jules Verne par un réalisateur tchèque. Intitulé L’INVENTION DIABOLIQUE, le film est signé Karel Zeman.

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L’histoire
Grâce à l’énergie atomique, le professeur Roch a réussi à mettre au point un explosif très dangereux. Mais pour lui c’est une découverte qui est sensée aider l’humanité. Or le comte Artigas, un mystérieux individu vivant dans le ventre d’un volcan, enlève Roch et son assistant Simon Hart afin de s’accaparer son invention pour ses velléités de pouvoir. Une fois ramené dans l’île dans un sous-marin, Hart est isolé du professeur mais grâce à Jana, une jeune naufragée, il donne l’alerte et une flotte internationale vient capturer d’Artigas. Le professeur se sacrifie pour sauver le monde et fait exploser la ville sous-marine dans laquelle il était détenu.

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Karel Zeman (1910-1989), le réalisateur tchèque, adapte ici son premier roman de Jules Verne. Par la suite, Le Dirigeable volé (1967) sera une libre adaptation du roman Deux ans de vacances (1888). Et l’on trouvera aussi L’Arche de Monsieur Servadac (1970) adapté de Hector Servadac (1877).

14052502563315263612263872 dans Science-fictionAdapté de Face au drapeau (1896), et inspiré par quelques autres œuvres du même auteur (20 000 lieues sous les mers, L’Île mystérieuse, Robur le magnifique), ce petit chef d’œuvre du cinéma tchèque (également titré en français Les Aventures fantastiques et en anglais The Fabulous world of Jules Verne) rend hommage aux éditions Hetzel et à ses illustrateurs tels qu’Edouard Riou ou Léon Benett par ses animations rappelant les gravures du célèbre éditeur de Jules Verne. À noter d’ailleurs que les gravures des fonds marins utilisées proviennent essentiellement de 20 000 lieues sous les mers. Seule la gravure de Léon Benett de l’île de Back-Cup est issue de Face au drapeau. Une prouesse technique et visuelle puisque le film mêle animation (marionnettes, dessins animés) et prises de vue réelles. On regrettera quelques longueurs, mais elles sont largement compensées par l’originalité de la réalisation. Car Zeman aimait les arts plastiques et expérimenter des techniques diverses. Pour L’Invention diabolique, il fait évoluer de vrais acteurs dans des décors composés de gravures agrandies. Il se permet tout ce qui est à sa disposition : papiers découpés, dessins animés, gravures originales, cartes postales, marionnettes, maquettes, jeux d’acteurs, séquences documentaires. Techniquement, il arrive à créer des séquences pour lesquelles aujourd’hui on utiliserai le fameux écran vert ! Le résultat : des trucages merveilleux avec comme récurrence visuelle : la rayure. Elle n’est absente d’aucune image : qu’il s’agisse d’une superposition au ciel, à la mer, qu’elle habille un vêtement ou souligne les décors, elle est partout pour transposer à l’image le rendu des lignes qui constituaient les gravures des livres anciens. Quand vous ne pensez pas les entrevoir, un personnage se tourne et révèle un pantalon rayé.

La scène du train en est une parfaite illustration : le train est peint. Les roues et le mécanisme est animé. Le conducteur est réel. Les passagers (réels) font signe d’une voiture dessinée. Le dessin des rails est rainuré pour l’effet gravure.

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Ce mix de techniques et d’animations sera utilisé tout au long du film. Et quand le film est exporté aux USA en 1961, le producteur Joseph E. Levine trouve même un terme anglais pour définir cette mixité : la mystimation.

Pas étonnant donc qu’à sa sortie en 1958, le film reçoive un accueil enthousiaste à l’Exposition universelle de Bruxelles. On lui décerne aussi le grand prix au Festival mondial du film, le Prix de la Critique en 1959, l’Étoile de Cristal en 1960 et le Grand Prix International de l’Académie Française de Cinéma.

Ce film, avec un autre de Zeman, Le Dirigeable volé, sont aujourd’hui des références incontournables des univers steampunk auxquels renvoient immanquablement de nombreuses prises de vue.

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Un autre intérêt de ce film est de filmer « à la manière de ». Il renvoie à une époque déjà révolue en 1958 d’un cinéma « bricolé » au budget minimaliste et qui se devait d’être inventif. Méliès a été une grande source d’inspiration de même que l’univers de la BD avec des personnages aux traits caricaturaux fortement sympathiques posés devant des décors de cartons dessinés au crayon de bois. On pense aussi au cinéma muet et sa gestuelle théâtrale pour combler le manque de son. Si L’Invention diabolique est un film parlant, on remarquera qu’il n’est pas très bavard (mais très musical) comme pour faire la transition entre deux époques marquantes du cinéma.

Pour en revenir à Méliès sur qui Zeman a lu tout ce qu’il pouvait trouver, ce dernier a réemprunté quelques effets visuels du maître. Notamment (source : la critique de Xavier Kawa-Topor), entre autres emprunts de décors en trompe-l’œil, on repère dans Une Invention diabolique et Le Dirigeable volé, l’énorme volant de la machine à vapeur mû par une bielle du troisième tableau de Voyage à travers l’impossible et le sous-marin des tableaux 3, 32 à 37 de ce même film (à savoir que le viaduc métallique du sixième tableau est également repris dans Le Dirigeable volé).

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Bien sûr on peut trouver l’histoire très gentillette mais elle renvoie elle aussi à toute une littérature d’aventures rocambolesques, d’une littérature populaire qui se voulait moins scientifique que distrayante, à ces romans-feuilletons de la fin du XIXe siècle dont on s’arrachait les fascicules. Et en ça on retrouve tout l’imaginaire de Jules Verne : les sous-marins, les magnifiques fonds marins et leurs faunes colorées (c’est en noir et blanc, mais moi j’y ai vu plein de couleurs), son poulpe, son île-volcan, ses dirigeables… Croire que pour autant le fond est pauvre serait une erreur. Zeman dresse ici un vibrant réquisitoire contre la guerre. Et rien que pour ça, il faut le rapprocher d’un autre contemporain de Jules Verne, Albert Robida, grand illustrateur et caricaturiste (auquel on songe immédiatement à la vue des navires cuirassés et des vélos-dirigeables et autres aérostats fantastiques), mais aussi grand dénonciateur et anticipateur des guerres futures.

Le roman d’ailleurs de Jules Verne, Face au drapeau, bien que plus sombre que cette libre adaptation, anticipait déjà l’ère du nucléaire.

1958 Karel Zeman L’Invention diabolique (Vynález zkázy) [Animation – N&B – 83mn] avec Lubor Tokos, Jana Zatloukalova, Miroslav Holub, Arnost Navratil

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A.M. BURRAGE : THE WAXWORK / FIGURES DE CIRE (1931)

A.M. BURRAGE : THE WAXWORK / FIGURES DE CIRE (1931) dans Erwelyn 14072703494415263612413227

Erwelyn, du site Culture Martienne, vous invite régulièrement à découvrir ou redécouvrir une nouvelle de science-fiction ou de fantastique.

14020908304615263611967807 dans FantastiqueRaymond Hewson, journaliste indépendant, demande l’autorisation au directeur de passer une nuit dans « l’Antre des Assassins » de son musée de cire londonien. Cette pièce réunit les plus vils des meurtriers et c’est pour Hewson l’opportunité de vendre un article et de gagner quelques livres supplémentaires grâce au pari lancé par le directeur.

« Il ne bougeait pas, étant incapable du moindre geste. Mais cela n’avait rien d’étonnant, somme toute, puisqu’il était de cire »

Écrit en 1931 par A.M. Burrage (1889-1956), auteur anglais de nouvelles fantastiques et horrifiques, ce texte a une importante dimension psychologique. Tout en décrivant un personnage intelligent mais peu enclin au succès et habitués aux rebuffades, il glisse dans le début de son récit des pointes d’humour comme pour dédramatiser ce qu’il se prépare à nous raconter. Le directeur rit facilement et Hewson lui-même envisage un compte-rendu de sa nuit autant macabre qu’humoristique. Le veilleur aura une parole rigolote, contribuant à ce que l’Antre soit une pièce d’exposition et rien d’autre. Et plus tard encore, le journaliste ira chercher au fond de son esprit une histoire assez drôle pour le détourner de sa frayeur grandissante. Cette désinvolture apparente (« … je sais déjà que je passerai une mauvaise nuit dans votre Antre des Assassins, qui ne présente évidemment pas le confort d’une chambre d’hôtel. ») est sa seule parade face à son appréhension.

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A.M. Burrage amorce ainsi son histoire. Cette dernière ne va pas tarder à virer à l’horreur et cela commence dès les quelques lignes qui décrivent l’Antre à la manière d’un conte gothique : manoir, chapelle, salle de torture, culte impie sont les mots employés par l’auteur. Suivent les descriptions des statues de cire parmi lesquelles tous des criminels connus et pendus (et pour cause, le musée de Burrage est la copie conforme du célèbre musée de cire londonien de Madame Tussauds) à l’exception du Dr Bourdette, inventé. Puis vient le moment où Hewson se retrouve seul avec la certitude grimpante que les figures de cire bougent. Cette transition est sans doute un peu rapide, l’auteur ne semblant pas vouloir faire monter le suspense mais plutôt plonger rapidement son héros dans les méandres de la folie.

Les seconds rôles immortalisés dans la cire deviennent des personnages à part entière, mais c’est évidemment le Dr Bourdette et ses grands yeux d’hypnotiseur qui feront sombrer le gratte-papier de l’autre côté. Burrage utilise alors une technique peu conventionnelle du récit : la double chute. Une première révélation (que je ne dévoile pas) concernant cet assassin, très cartésienne, est d’abord proposée et semble arriver trop tôt, puis, revirement de situation pour laisser place à la vraie chute qui, elle, tient de la médecine et de la psychiatrie. 

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Ce texte assez court mais efficace a été porté à l’écran en 1959 par Robert Stevens pour la série Alfred Hitchcock présente (S04-EP27). Le réalisateur prend certaines libertés avec le texte de Burrage qui ne sont pas dénuées d’intérêt avec des réagencements quelques fois en opposition totale à l’œuvre originale. Ici le journaliste Houston (et non plus Hewson) est un fringant jeune homme élancé en prise avec des dettes de jeu. L’humour n’y a pas sa place. Il est bien trop sûr de lui. L’épisode s’ouvre longuement sur l’atelier de conception des statues de cire. Dès le départ, par l’imagerie des mains, des pieds, des visages pendant au mur comme des membres coupés ou de la boîte d’yeux de verre, on est un peu troublé. Comme si montrer l’envers du décor devait aider Houston par la suite à se rappeler que ce ne sont que des êtres factices. L’attitude du directeur, par contre, est traitée avec une certaine ambigüité vis à vis de ses spécimens : comment il en parle, comment il caresse une main ou jette une tête ratée dans la cire chaude…

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Une donnée différente et importante rompt définitivement avec l’approche de Burrage : alors que ce dernier n’enfermait pas son héros à clé (il était libre de sortir à tout moment, et seule sa peur du qu’en-dira-t-on l’en empêcha), ici, il est bouclé dans l’Antre, ce qui déclenche chez lui avant l’heure une grande émotion car il est claustrophobe. Une fois la nuit avancée et pour s’occuper, Houston parcourt la salle, seul, à l’aide de la brochure du musée (on notera ici la présence de Landru) puis il est très vite sujet à des hallucinations. Robert Stevens inclut de-ci de-là des éléments du cinéma d’horreur. Images déformées, tête d’un guillotiné qui tombe et surprend téléspectateurs et héros, une machine de torture malencontreusement déclenchée, jeu des ombres, sueur qui dégouline sur le visage de Houston, gros plans sur les masques de cire, succession de plans simulant le déplacement des statues, etc. En cela, cette interprétation du texte est bien plus angoissante.

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Le personnage de Bourdette, magnifiquement joué par l’acteur et mime israélien Shaike Ophir, est à la fois beau, maniéré (limite ambivalent), charismatique ! La scène qui l’oppose à Houston est grandiose. Toutefois la chute orchestrée par Stevens est là encore bien différente puisque qu’elle œuvre complètement dans le sens du surnaturel, le remaniement se prêtant mieux au concept de l’émission d’Hitchcock.
Il y a tellement de détails différents que finalement on peut aisément lire et regarder ces deux œuvres de manière distincte, chacun ayant une vision différente d’une nuit passée au musée.

14020908392815263611967820Anecdote :
Tous les criminels connus cités ont été pendus. Au moins les neufs premiers sont ou ont été exposés chez Madame Tussauds dans « la Chambre des Horreurs ».
John Thurtell ; le couple Frederick Bywaters & Edith Thompson ; Percy Lefroy ; Amelia Dyer ; Charles Peace ; Norman Thorne ; Herbert Armstrong ; Harvey Crippen ; Frederick Browne & William Kennedy ; Patrick Mahon ; Jean-Pierre Vaquier

Pour en savoir plus sur cette nouvelle ou son thème en général

Le musée de cire est un endroit propice à l’angoisse. Plusieurs auteurs et cinéastes l’ont exploité avec plus ou moins d’originalité. Voici quelques références sur lesquelles méditer.

Le texte Waxworks en anglais (PDF)
À lire en français dans le recueil
Histoires abominables d’Alfred Hitchcock (Presses Pocket)

Essai :

Wax Works : a cultural obsession de Michelle E. Bloom (2003). Un essai incroyable (non traduit) sur ce thème, avec entre autre une analyse ultra pointue de la nouvelle de Burrage (chapitre 5)

14020908411015263611967821Autres nouvelles :
- Figures de cire d’André de Lorde
- L’Horreur dans le musée
(The Horror in the Museum) (1933 dans le magazine Weird Tales). Bien qu’elle ait été publiée sous le nom de Hazel Heald, elle a été en réalité écrite par H. P. Lovecraft.
- Figures de cire (Waxworks) de Robert Bloch (1939 dans Weird Tales)

Films :
- Figures de cire de Maurice Tourneur(1914)
-
Les Masques de cire (Mystery of the Wax Museum) de Michael Curtiz (1933) et ces trois remakes : L’Homme au masque de cire (House of Wax) d’André De Toth (1953) ; Le masque de cire (M.D.C. – Maschera di cera) de Sergio Stivaletti (1996) ; La Maison de cire (House of Wax) de Jaume Collet-Serra (2004)
-
Charlie chan at the wax museum(1940)
- La
maison qui tue (The House That Dripped Blood) de Peter Duffell(1970)

- Le Piège (Tourist Trap) de David Schmoeller(1979)
-
Waxwork de Anthony Hickox (1988) et sa suite Waxwork 2 – Lost in Timeen 1992

- Erwelyn -



KIM STANLEY ROBINSON : VENICE DROWNED / VENISE ENGLOUTIE (1981)

KIM STANLEY ROBINSON : VENICE DROWNED / VENISE ENGLOUTIE (1981) dans Erwelyn 14072703494415263612413227

Erwelyn, du site Culture Martienne, vous invite régulièrement à découvrir ou redécouvrir une nouvelle de science-fiction ou de fantastique.

14011901335815263611911389 dans LittératureUne planète … où le cauchemar des Vénitiens est devenu réalité, contraignant l’un des derniers habitants de la cité à pêcher au fond des eaux les trésors qui iront orner les maisons japonaises..
Dans cette Venise engloutie, c’est le pillage, par des touristes, des ressources artistiques de la ville submergée qui est dénoncé.

Cette nouvelle de Kim Stanley Robinson a été écrite en 1981. De l’auteur on connait surtout sa Trilogie Martienne (Mars la rouge, Mars la verte et Mars la bleue). Bien que romancier aujourd’hui très prolixe, on lui doit également de nombreuses nouvelles, lui qui est né dans la même ville que Ray Bradbury. A croire qu’il a hérité d’une très bonne influence.
Venise engloutie aborde plusieurs thématiques telles que les futurs proches, les villes futures, les changements climatiques et les univers post-apocalyptiques. Mais tout ceci ne sert que de décor à l’auteur pour exprimer une intension plus profonde encore : la place de l’Art dans l’héritage et la survie de l’humanité.

14011901553415263611911401 dans Science-fictionTout démarre en 2040 après qu’une pluie dévastatrice se soit abattue sur la terre provoquant la montée des eaux et submergeant plusieurs régions du globe. L’auteur n’en dit pas plus sur les causes et préfère évoquer la survie des habitants après le cataclysme. Il place son histoire à Venise, ville déjà construite sur l’eau avant et dont les habitants construisent par-dessus les toits encore immergés des maisons dans le prolongement des structures englouties.
L’histoire se focalise sur un couple d’archéologues et hommes d’affaire japonais qui cherchent à récupérer dans une église submergée de Torcello, au nord-est de Venise, une mosaïque (La Teotoca Madonna – voir ci-contre) qu’ils entendent remonter carreau par carreau afin de la ré-exposer au Japon. Pour ça ils ont besoin d’un guide et font appel à un canotier vénitien, Carlo Tafur, par les yeux desquels nous est décrite l’aventure.

Mais alors qu’ils sont arrivés à destination, une tempête se lève et Carlo décide d’abandonner les deux étrangers à leur triste sort promettant de revenir plus tard les chercher quand le vent et la pluie auront cessé. Cette lâcheté apparente trahit la façon de penser du vénitien. Ce dernier conscient de devoir répondre aux attentes de ces pilleurs d’Art pour gagner sa vie, n’en est pas pour autant très heureux. Chaque plongée, chaque objet remonté prive d’autant Venise de son histoire et de sa mémoire. 

Mais en reprenant la mer, telle une punition des Dieux pour son acte détestable, son bateau est terriblement malmené. L’auteur prend grand soin de nous décrire la furie des éléments qui fera s’échouer Carlo dans une tour isolée, occupée par une vieille femme possédée par une vision apocalyptique.

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Le lendemain, alors que la mer et le ciel ont retrouvé leur calme, Carlo retourne à Venise. Toujours remonté contre les pilleurs, il accepte quand même d’aller les rechercher.
« Qu’ils prennent ce qu’il y avait sous l’eau. Ce qui vivait de Venise était toujours à flot. » Cette dernière phrase laisse supposer qu’il accepte finalement que le passé reste englouti ainsi « ce qui vivait » de Venise n’est autre que l’humanité. Cette elle qui aurait raison de la tempête et même si la prédiction de la vieille femme voyant Venise s’effondrer totalement, l’homme, lui, saurait toujours résister. Cette fin fait donc un pied-de-nez au caractère négatif, désillusionné de Carlo qui finit par entrevoir un espoir. Rien de ne sert de construire sur du vieux. Si la fatalité doit conduire à l’anéantissement de la ville, les hommes sauront s’adapter.

D’un autre point de vue (le mien), on peut croire qu’il accepte aussi l’idée que l’ensemble des œuvres déjà extraites de l’eau feront perdurer le souvenir de la ville même après sa totale immersion. Un mal pour un bien.

- Erwelyn -



RAY BRADBURY : THE JAR / LE BOCAL (1944)

RAY BRADBURY : THE JAR / LE BOCAL (1944) dans Erwelyn 14072703494415263612413227

Erwelyn, du site Culture Martienne, vous invite désormais à découvrir ou redécouvrir une nouvelle de science-fiction ou de fantastique. Laissons donc la place, régulièrement, au travers de cette rubrique, à ces petites tranches de littérature tout aussi passionnantes, originales et dignes d’intérêt que les romans.

13122907263815263611853022 dans FantastiqueRay Bradbury, un grand romancier et novelliste de science-fiction. On lui doit notamment les Chroniques Martiennes et un roman phare Fahrenheit 451. Mais il a aussi beaucoup œuvré pour le fantastique et Le bocal (The Jar) est une bonne représentation de ces textes macabres qu’il aimait écrire tout en gardant cette beauté d’écriture qui le faisait être surnommé « le poète de la science-fiction ».

L’histoire démarre dans une foire et plus précisément devant l’attraction la plus populaire : « une de ces choses pâles qui flottent dans un bain d’alcool et de plasma, rêvant indéfiniment et tournoyant lentement, avec des yeux morts, pelés, qui vous regardent toujours et ne vous voient jamais ». Le héros s’appelle Charlie. Il est fermier. Complètement envoûté par le bocal dans lequel flotte la créature, il convainc le responsable de la foire de le lui vendre. Rentré chez lui, il dresse littéralement un hôtel pour ce qui devient pour lui l’ « empereur » de la place. Les gens se mettent à arriver de partout pour observer, philosopher, extrapoler sur le contenu du bocal. Etrangement, chacun y voit une chose différente et personne n’arrive à se mettre d’accord, ni sur la couleur des yeux, ni sur celle des cheveux, de même si la chose bouge ou non. Pour finir, chacun semble y voir la manifestation d’une entité diabolique, quelques lourds secrets enfouis, ou une culpabilité profonde. Pour Juke, la chose du bocal le renvoie à une expérience douloureuse de son enfance : petit, il a du noyer des chatons qui venaient de naître. Madame Tridden, elle, y devine la forme de son petit garçon de trois ans, perdu dans les marais. Quant à Thedy, la femme de Charlie, en scrutant le bocal, remarque que la chose à l’intérieur ressemble pour beaucoup à ce Charlie pour qui elle a peu de respect. Lui, fatigué de son infidélité et parce qu’elle menace son objet fétiche finit par l’assassiner. Désormais, quand Charlie regarde le bocal, lui aussi y trouve quelque chose de familier. Sûrement maintenant, enfin, la femme de Charlie ne s’égarera plus du droit chemin.

13122907280515263611853023 dans LittératureCette nouvelle accentue l’image souvent étrange des foires représentée la plupart du temps par des nains, des êtres difformes ou autres « monstres » à barbe. La nature diabolique du bocal est suggéré très vite par la fascination qu’il suscite sur Charlie mais aussi sur son propriétaire, puis sur tous les observateurs à venir. Elle met le doigt également sur la solitude des uns et des autres. Charlie espère au départ que la chose le rapprochera de sa femme. Plus tard, il apprécie la communauté et les échanges qui se créent autour d’elle. Le bocal devient un catalyseur mettant en lumière les peurs, les frustrations, les souvenirs douloureux. Par son absence totale de forme identifiable, la chose à l’intérieur peut devenir n’importe quoi aux yeux de chacun. Ce qui est d’autant plus morbide, c’est que ce sont les côtés les plus sombres qui se révèlent. Paradoxalement, comme le signale un des personnages : « si nous découvrions ce que c’est que ce fichu machin, il n’y aurait plus aucun sujet de conversation ».  L’étrangeté de l’objet amène le lecteur à entrevoir une fin tragique et à considérer que ce soit lui qui pousse au mal. Bien évidemment, le mal profond est en chacun de nous et la chute sinistre qui se profile n’est que la conséquence d’une exacerbation chronique de Charlie devant la méchanceté et l’égoïsme grandissants de sa femme. Le malaise réside principalement dans le fait qu’il gardera sa vengeance bien au chaud dans le formol, à la vue de tous ; eux qui ne verront que ce qu’ils veulent bien voir.

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Deux adaptations de cette nouvelle ont été faites. La première est réalisée en 1964 par Norman Lloyd pour la série TV Hitchcock présente. Très fidèle au texte, tant au niveau de l’histoire que de l’ambiance, renforcée par le noir et blanc de l’époque, elle retranscrit parfaitement l’angoisse et la tension montante. Toutefois, trois scènes sont ajoutées dont deux qui ôtent un peu le suspense. La première, sans grand intérêt, est le vol du bocal par un des amis de Charlie. Les deux autres sont plus préjudiciables. Lors de la dispute entre Charlie et sa femme, celle-ci ouvre le bocal et en extrait le contenu. Cette séquence reprise plus tard de façon moins convaincante encore par Tim Burton n’est pas du tout évoquée dans le texte de Bradbury qui préfère laisser le doute quant à ce qui se trouve vraiment dans le bocal (arnaque ou réelle créature, le mystère reste entier). La dernière scène qui clôture l’épisode est elle franchement décevante. Contrairement à la nouvelle qui laissait entendre que quel que soit la chose dans le bocal (tête de la femme ou créature) les gens continueraient à y voir ce qu’ils veulent, ici, une enfant reconnaît la barrette à cheveux de Thedy. Tout le monde se met à hurler. Charlie est démasqué et la chute moins efficace.

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La version de Tim Burton, réalisée à ses premières heures pour la nouvelle mouture d’Hitchcock présente (Saison 1 épisode 20) en 1986, est un libre remake en couleur. Beaucoup plus moderne, elle démarre néanmoins sur une ouverture noir et blanc qui introduit une donnée supplémentaire : la date de publication du texte initial. En effet, The Jar a été écrit en 1944, en pleine seconde guerre mondiale et Tim Burton décide d’en faire écho en mettant en scène dès l’ouverture un nazi à la poursuite d’une jeune femme. Cette dernière se réfugie dans un magasin derrière une étagère où est posé un mystérieux bocal. Quand l’homme arrive à son niveau, il semble hypnotisé par l’objet, lâche un : « Entchuldig’ » (« Pardon » en allemand) et repart en laissant la femme, qui, du coup, lui tire une balle dans le dos. Quarante ans plus tard, Knoll, un artiste raté, dégotte dans une casse le bocal soigneusement caché sous le capot d’une vieille voiture. Il l’expose avec sa collection d’art. L’affluence est quasi immédiate. Sa femme Erica décide alors de détruire ce qu’elle juge n’être qu’une ridicule blague. Knoll la tue et remplace la créature par la tête d’Erica. Une nouvelle œuvre d’art vient enrichir son exposition.

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Cette adaptation souffre de nombreuses imperfections. D’abord, elle est bien moins angoissante que l’originale. Il n’y a plus la dimension psychologique de la nouvelle bien retranscrite en 1964 par Lloyd. L’accent est mis rapidement sur la relation de l’artiste et de sa femme infidèle alors que dans le texte de Bradbury, cette donnée, certes présente, va crescendo afin d’en apprécier encore plus la chute. Le portrait de Charlie révélait un personnage, frustré, rongé par le mal-être et qui au travers du bocal s’entoure de nouveaux « amis », se crée un nouveau lien social. Même s’il restait en retrait par rapport aux conversations, il n’en était pas moins l’observateur d’une sorte d’unification qui se faisait autour de la chose. Il y avait aussi une dimension métaphysique concernant ce qui est et n’est pas qui disparaît totalement chez Tim Burton. Knoll est lui aussi frustré par son manque d’inspiration et les tromperies de sa femme mais la comparaison s’arrête là. Et c’est bien dommage. Autre faiblesse : si l’idée de faire un rapprochement avec la deuxième guerre mondiale était intéressante, on ne retrouve aucune liaison avec cette intro par la suite. Quant à la scène où mari et femme se battent tout en détruisant la chose tombée du bocal, elle est complètement ridicule. Surtout qu’elle met en lumière la créature (bien plus que dans la vision de Norman Lloyd) qui perd d’un coup tout son mystère, toute bizarre qu’elle demeure. La foire, elle, est remplacée par une pseudo casse où seul le personnage du nain fait un clin d’œil au texte original.

À noter que l’intro et la clôture de l’épisode par Alfred Hitchcock est la même que la première version mais colorisée.

Vous l’aurez compris, il faudra donc privilégier le texte de Ray Bradbury pour apprécier à sa juste valeur cette sordide histoire.

- Erwelyn -

  • Le bocal (The Jar) dans Le pays d’Octobre de Ray Bradbury publié chez Présence du futur
  • The Jar Norman Lloyd à visionner ici.
  • The Jar Tim Burton à visionner ici.


RICHARD MATHESON : STEEL / L’INDÉRACINABLE (1956)

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Erwelyn, du site Culture Martienne, vous invite désormais à découvrir ou redécouvrir une nouvelle de science-fiction ou de fantastique. Laissons donc la place, régulièrement, au travers de cette rubrique, à ces petites tranches de littérature tout aussi passionnantes, originales et dignes d’intérêt que les romans.

13121208303815263611811418 dans LittératurePour commencer cette rubrique, rendons hommage à Richard Matheson disparu cette année. Ses nombreuses nouvelles écrites entre 1950 et 2003 sont assez irrégulières et souffrent quelques fois d’une traduction simpliste qu’il faudrait ré-envisager où la redondance de vocabulaire est de mise. Nombre d’entre elles restent pourtant gravées dans notre mémoire grâce à leur adaptation dans la série Twilight Zone (La Quatrième Dimension).

Steel écrite en 1956 traite d’un des thèmes les plus récurrents du genre : les robots/androïdes. Mais aussi de dystopie, de futur proche.

Nous projetant en 1997, un jour de grosse canicule, la nouvelle s’ouvre sur la conversation entre le manager Tim « Steel » Kelly et son acolyte mécanicien Pole. Entre eux, « Battling Maxo », leur roBoxeur ancienne génération, un B-2, est l’objet de leur préoccupation. Il doit combattre le soir même un B-7, certes pas encore rodé mais techniquement bien plus performant que leur robot rouillé.

Dans ce monde futuriste, les combats de boxe avec des humains ont été totalement abolis. Des androïdes (plus que des robots) ont pris la place des sportifs sur le ring. Ils sont à s’y méprendre aussi ressemblants que possible aux humains : de la peau, du sang. Or le B-2 de Steel est bon pour la casse. Malgré les avertissements de Pope, il s’obstine. Mais quand une pièce maîtresse casse quelque temps avant le combat, la seule solution qui leur reste est que Kelly, ancien boxeur, se substitue à Battling Maxo.

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Dans ce futur, on ne fait plus se combattre les humains. Ce pourrait être une bonne chose. Mais cela pose d’autres problèmes. D’abord celui de l’évolution technologique et de l’écart qu’elle creuse avec les populations moins argentées. Il est clair que c’est le manque d’argent qui ne permet pas à Kelly et à Pope de pouvoir faire combattre leur robot, voire acquérir un robot de nouvelle génération. Ensuite, est évoquée l’obstination de Kelly à vouloir absolument continuer de combattre avec son B-2. Il y a un refus tacite à accepter qu’il n’est plus le meilleur, qu’il est dépassé, tout comme il a été cruel pour lui-même d’admettre qu’il ne boxerait plus qu’au travers d’une machinerie robotisée. Cette résistance à l’évolution technique l’amène en se substituant à Maxo, à démontrer que l’humain a encore sa place dans ce bas monde. L’affrontement qui s’ensuit sur le ring est bien sûr cruel. On assiste au massacre d’un homme aux abois, désespéré, prêt à tout pour gagner et dont le seul atout est sa rage de vaincre. L’auteur ne relativise d’ailleurs pas le combat. Le monde de la boxe y est très bien retranscrit tant dans sa violence physique que psychologique. Même avec des androïdes, ce sport reste brutal, corrompu et fait appel aux bas instincts des spectateurs.

L’adaptation scénarisée par Richard Matheson lui-même et réalisée par Don Weis en 1963 pour la série Twilight Zone (Saison 5 ép. 02) est très fidèle à la nouvelle de départ. Seule la date futuriste a été ramenée à 1974 au lieu de 1997 et quelques détails sans grandes importances ont été réutilisés différemment. Lee Marvin endosse admirablement le rôle de Tim « Steel » Kelly, tandis que Joe Mantell prend les traits de Pole. Dans la conclusion de l’épisode, Rod Sterling met l’accent sur le potentiel de l’humain à rester tenace et optimiste quoiqu’il arrive. Ainsi, Steel, malgré sa défaite, ne pense qu’à une chose : retaper son B-2 avec le peu d’argent récolté.

S’il n’était cette belle leçon de positivisme, on pourrait aussi se dire qu’il ne cherche pas à évoluer avec son temps. A vouloir concentrer ses efforts sur un vieux tas de ferraille alors qu’il pourrait au contraire essayer de s’en procurer un plus récent, ne manifeste-t-il pas autant une marque d’anti-consumérisme que d’immobilisme ? L’indéracinable Steel n’est pas un robot, il est juste un humain plein de contradictions.

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Avant l’adaptation de 2011 de Shawn Levy qui se veut très familiale, c’est chez les Simpsons qu’on retrouve une référence notable à la nouvelle de Matheson. En effet, en 2004, l’épisode 09 de la saison 15, Robotflop (I, (Annoyed Grunt)-Bot), rend hommage à Steel (tout en faisant des clins d’œil à I-robot – pour titre -, à Robocop, à Terminator et aux lois de la robotique d’Asimov). Homer y construit pour son fils Bart un robot qui, malheureusement, ne marche pas. Homer se fait alors passer pour le robot. Mais Bart l’envoie dans la Baston des robots, une émission où des robots se battent ignorant que son père est à l’intérieur. À mesure que les combats se suivent, les adversaires sont de plus en plus forts. A la fin, Homer est expulsé de sa boîte par un robot menaçant qui s’arrête immédiatement car il est programmé pour ne pas blesser les humains.

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La version 2011, quant à elle, est une sorte de mix entre SF, film sportif et drame familial. Rien qu’en cela, il s’éloigne de l’aspect dystopique de la nouvelle initiale. C’est bien plus une histoire sur la relation père/fils qu’homme/robot. De plus la nouvelle fait référence à des androïdes faits de chair et de sang et les robots de Shawn Levy relèvent plus de l’esthétique des méchas japonais. Cela reste un film très agréable à regarder que Matheson lui-même dit avoir apprécié.

- Erwelyn -

- Steel / L‘indéracinable dans le tome 1 des Nouvelles de Richard Matheson publié chez J’ai Lu.
Steel S05-09 de Twilight Zone à visionner ici.
– Autre texte de 1956 mettant en scène des robots boxeurs : Title fight de William Gault