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Archive pour la catégorie « Trapard »

La Comtesse Noire

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LA COMTESSE NOIRE de Jesùs Franco (par Trapard)

Jesùs Franco est, pour moi, un de ces réalisateurs OVNI dans l’univers cinématographique, même indépendant. Espagnol, mais à la carrière financée internationalement, Franco a commencé par des petites productions de qualité, lors de la Nouvelle Vague cinématographique espagnole, sous le franquisme puritain et la censure ibérique. Puis, il s’en est allé, dès les années 1960, vers le cinéma horrifique qu’on lui connait, flirtant avec les chirurgiens passionnés (L’HORRIBLE DOCTEUR ORLOFF), les romans de Sax Rohmer (ses deux adaptations des aventures de Fu Manchu), ceux du marquis de Sade (JUSTINE et NECRONOMICON), de Bram Stoker (LES NUITS DE DRACULA) et avec parfois beaucoup d’inventivité graphique (MISS MUERTE en est un parfait exemple). C’est sûrement cette créativité qui influença Orson Welles, alors en séjour en Espagne, en proposant à Jesùs Franco de participer à son DON QUICHOTTE en 1969, qu’il ne terminera jamais, mais que Franco dénaturera complètement en 1992.

C’est justement de deux Jesùs Franco que j’aimerais traiter dans cet article en abordant l’exemple de LA COMTESSE NOIRE.

Il y a d’abord le Franco méticuleux, novateur, créatif, touche à tout du cinéma bis.

Puis il y aussi l’autre Franco, celui qui bâcle son travail, et qui semble oublier (ou rejeter?) les règles élémentaires du cinéma, en réalisant des œuvres simplistes dignes d’un jeune réalisateur amateur. Ce même Franco qui profite de la crédulité des spectateurs pour « pondre » des films bricolés, remontés, pour être revendus à un autre producteur, allant jusqu’à faire tourner un comédien pour un film, et en utiliser les scènes coupées sur un autre film, sans passer de contrat de travail avec le dit-comédien. Un Franco aux cent pseudos de jazzmen (il est lui-même mélomane et musicien) qui peut tourner trois films à partir d’un seul, sous trois signatures différentes, en ajoutant des scènes pornographiques à un film d’horreur, pour le revendre au circuit du X.

C’est ainsi le cas de LA COMTESSE NOIRE (FEMALE VAMPIRE en anglais), aussi connu sous le titre de LA COMTESSE AUX SEINS NUS. Un film de vampire faussement lesbien (l’héroïne vampire est une Karnstein, en référence à Sheridan Le Fanu) où Jesùs Franco se prend d’amour pour des cadrages langoureux mais tellement lents, sur sa compagne Lina Romay, qui interprète le rôle principal. Et ces cadrages, parfois érotiques, mais souvent abstraits, errant d’un point à un autre, ne s’embarrassant ni des flous de cadrage, ni de l’absence de quoique ce soit à l’image, seront sa marque de fabrique des années 70 jusqu’au milieu des années 80. Des cadrages, presque absurdes, qu’ils me laissent parfois à penser que Franco cherche à remplir le format standard des 1H30 d’un long-métrage avec des plans totalement vides de sens.

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Franco, rêveur ?

Dans cette COMTESSE NOIRE, il y a beaucoup d’amour, pour sa compagne surtout, et on peut se laisser surprendre à imaginer Franco se perdre avec sa caméra sur le corps nu de son aimée, lui donnant à certains égards beaucoup de présence muette (ce qui accentue la force sombre du personnage du vampire), le tout sur une bande son romantique.

Mais à d’autres moments, le caméraman semble si lointain, si timide aurais-je envie de dire, si peu organisé au bout du compte.

Jesùs Franco remontera LA COMTESSE NOIRE pour le circuit du cinéma pornographique sous le titre LES AVALEUSES ce qui nous indique assez bien de quelle substance vitale notre femme vampire s’abreuve.

Dans LA COMTESSE NOIRE, toute cette dimension X est gommée, et donc uniquement suggérée, ne gardant qu’une valeur abstraite, parfois poétique et toujours très 70′s, qui se laisse agréablement apprécier.

D’autres films de Franco tournés de cette manière dans les années 70, sont très agréables aussi, comme BLUE RITA, ou ses versions d’ILSA la louve SS pour ne citer que ceux là.

Puis Franco tournera pour Eurociné, dans les années 80 des films avec trop peu de personnalité et d’ambitions, jusqu’aux années 90 et 2000, période cinématographique de Franco dont je trouve peu d’intérêt (ce qui n’engage que moi, bien entendu).

franco4kmw dans Fantastique

Franco : astucieux ?

Derrière la filouterie de Jesùs Franco envers le spectateur, il y a aussi un manque de moyens financiers évident qui pousse le réalisateur a trouver des astuces, des symboles simplistes de cadrages et de montage, qui rend un résultat souvent bien navrant, mais qui prouve, et au vu de l’immense filmographie du monsieur, qu’on peut être simple, efficace, peu prétentieux artistiquement, tout en étant toujours dans l’urgence, et boucler entre trois à sept long-métrages en une année. D’ailleurs Jesùs Franco interprète souvent lui-même l’un des personnages pour travailler plus vite, et peut-être, pour empocher un cachet de comédien en plus.

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Franco, anarchiste ?

C’est certain, dans un pays dévoré par la dictature militaire d’où les mouvements libertaires se sont dressés pendant la guerre civile jusqu’à la mort du général Franco, Jesùs Franco a dû comprendre rapidement l’absurdité et la manichéisme de la société espagnole.

Toujours sans foi ni loi, dans ce pays dévoré par la dévotion chrétienne, Franco tournait parfois des scènes de nudité, de sadisme, ou de tortures, au milieu d’une population horrifiée par un tel « spectacle décadent et blasphématoire ».

Et puis finalement, au-delà du résultat souvent décevant de ses films, j’aime toujours imaginer le Jesùs Franco, l’oeil goguenard lorsqu’il a choqué une pieuse villageoise, ou lorsqu’il trompe un comédien, un technicien ou un producteur.

C’est un peu sur ce sympathique salopard que je voulais m’épancher en écrivant cet article, et j’aime toujours autant revoir ses films, même les plus mauvais et les moins personnels, car j’aime retrouver cette hargne et ce foutage-de-gueule, qui finissent toujours par m’amuser à la longue. Mais il y aussi du lyrisme chez Jesùs Franco, et cela aide beaucoup aussi.

Puis Lina Romay est si belle dans LA COMTESSE NOIRE, que rien que pour elle, ça mérite bien un petit retour sur ce film et sur son réalisateur filou de mari.

- Trapard -



Robot-craignos (34)

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N’est-il pas magnifique celui-ci dans sa simplicité ?

Il sort tout droit de SUPERSONIC MAN, ce film de super-héros réalisé en 1980 par l’Espagnol, Juan Piquer Simon, tourné avec des fonds américains (ce qui n’aide pas toujours, la preuve…).

Ce qui m’amuse, c’est d’avoir eu, à peu près le même, en noir, d’environ 20 cm de hauteur à cette même époque, où ce genre de jouets se vendaient comme des petits pains. Gosse, je le regardais passionnément gesticuler grossièrement sur lui-même ou d’avant en arrière, et gronder de ses quatre petits canons sur le thorax.

Et bien entendu, ce qui peut parfois prendre des airs de craignos, n’est que dans l’évolution de nos goûts et des modes.

Quant au robot de SUPERSONIC MAN, il faut aussi le voir évoluer dans le film, en imaginant l’acteur costumé, se décarcasser (si je puis dire) pour faire trois pas, tout en mimant une gestuelle, la plus mécanique possible. Et là, ça devient très craignos (et très drôle).

- Trapard -



Croisières Sidérales (d’André Zwoboda)

Croisières Sidérales (d'André Zwoboda) dans Cinéma 13061310052715263611288458

CROISIÈRES SIDÉRALES d’André Zwoboda (par Trapard)

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Quand LEA rouvre les vieux tiroirs grippés du cinéma français pour en sortir les dossiers poussiéreux du fantastique hexagonal des années 1940…

…Elle en sort ce film d’André Zwoboda sorti en 1942, durant la guerre.

CROISIÈRES SIDÉRALES est une comédie légère de SF à la française, avec son lot de personnages emblématiques et une palette de comédiens connus : Madeleine Sologne (actrice chère aux films oniriques signés par Jean Cocteau), Jean Marchat, Julien Carette, Jean Dasté, Paul Frankeur et même…Bourvil dans une brève apparition (sa première au cinéma d’ailleurs).

L’objet du film est un voyage scientifique dans l’espace (on y retrouve presque l’univers de Jules Verne, par certains égards) et son retour, spacio-temporellement « faussé », sur Terre. En effet, les voyageurs, partis quinze jours dans l’espace, se confronteront à une décalage de 25 années d’absence de leur planète d’origine. Ce même décalage cher à « La Planète des Singes » de Pierre Boulle, se retrouve ici, décrit dans une trame amusante : Francoise, jeune mariée part sans son mari, mais avec Lucien, joyeux père d’un beau bébé. Au retour, le mari de Francoise a les cheveux gris et le bébé est un jeune homme.

Puis un nouveau voyage touristique démarre, mais cette-fois-ci, accidentellement vers Vénus. Commence alors ce message socialement et humainement utopiste cher à Herbert George Wells décrit dans sa « Machine à Explorer le Temps »…

CROISIÈRES SIDÉRALES est aussi un bel alibi pour son réalisateur, pour élaborer un Paris futuriste et des voyages spatiaux, avec des costumes et des décors délirants, des jeux visuels avec l’apesanteur spatial dignes des « Aventures de Tintin dans l’Espace », et des cadrages au grand-angle amusants.

Beaucoup d’influences SF déjà explorées mille fois, parfois démodées, mais qui restent un délice si on pousse un peu l’effort de faire abstraction des 70 années (1942-2012) cinématographiques suivantes.

- Trapard -

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Robot-craignos (33)

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N’ayant pas la science infuse, je n’affirmerai pas qu’il s’agit ici du premier robot de l’Histoire du Cinéma, mais il sera sûrement le plus vieux des robots-craignos des Échos d’Altaïr.

Tourné en Italie et sorti en salle en 1921, L’HOMME MÉCANIQUE (L’UOMO MECCANICO) est dû au Français (éh oui!), André Chapuis, travaillant et connu sous le nom d’André Deed.

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Sorti 6 ans avant le METROPOLIS de Fritz Lang, L’HOMME MÉCANIQUE n’est pas, à proprement parler, un film de science-fiction, mais plutôt un de ces films sombres proches de ceux de Louis Feuillade, mêlant gangsters et petits bourgeois, puis glissant peu à peu vers une intrigue meurtrière abracadabrante, dans laquelle une aliénée, au visage défiguré, s’échappe d’un asile pour créer ce « splendide » spécimen de robot qui assouvira sa vengeance meurtrière.

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Un nouveau robot-craignos, donc, pour LEA. Mais peut-être que je m’avance un peu vite en le désignant comme craignos, car Morbius souhaitera-t-il secrètement posséder le même, pour ses corvées ménagères, se faire préparer des petits plats en sauces, ou pour mettre un peu d’ordre et de discipline dans ses cours ? Ce qui tombe, plutôt bien, car dans L’HOMME MÉCANIQUE, le robot en question est fabriqué en deux exemplaires, vers le milieu du film.

- Trapard -



LA CHUTE DE LA MAISON USHER (1928)

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LA CHUTE DE LA MAISON USHER (1928) de Jean Epstein (par Trapard)

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Je voudrais de nouveau revenir sur un vieux classique du cinéma français, et un film muet de surcroît.

Ce n’est, bien sûr, pas la première d’une très longue série d’adaptations des contes d’Edgar Allan Poe, je sais que l’Américain David Wark Griffith l’avait déjà mis en images dans les années 1910. Et peut-être d’autres avant lui.

Mais ici, c’est « La Chute de la Maison Usher » et « Le Portrait Ovale » que les scénaristes ont adaptés et mélangés pour ce film. Nous retrouvons donc : la vieille maison claustrophobique Usher, un peintre passionné et son modèle dominé… Et la folie…

Et ce ne sont pas n’importe quels scénaristes qui ont participé à ce film, puisque Luis Bunuel a accompagné le réalisateur sur ce projet (dont il est aussi l’assistant à la réalisation).

Pour revenir, sur cette époque artistique française des années 1920, un certain nombre de réalisateurs français se sont détachés du lot de l’industrie ambiante, en créant un mouvement dit-d’Avant-Garde, qui plus de trente ans avant la Nouvelle Vague, revendiquait déjà une nouvelle approche de la réalisation alors que les adaptations des classiques de la littérature, et autres comédies légères, devenaient de plus en plus fréquentes et mornes à cette époque. Jean Epstein en était une des têtes de file, aux côtés d’Abel Gance, de Germaine Dulac, de Louis Delluc ou de Marcel L’Herbier.

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D’un autre côté, les Arts Plastiques et la Littérature, en pleines révolutions dans leurs fondements classiques firent évoluer des mouvements comme le dadaïsme, puis le surréalisme, qui ouvraient à de nouvelles lectures, plus abstraites et souvent plus freudiennes de l’art. C’est de cette école que viennent notamment Luis Bunuel et Salvador Dali qui, un an après La Chute de la Maison Usher, se lanceront dans l’aventure cinématographique surréaliste avec Un Chien Andalou, puis avec L’Age d’Or : des films aux scénarios pathologiques puisés dans l’inconscient de leurs auteurs, par le biais du rêve notamment.

Ce n’est donc pas innocent que La Chute de la Maison Usher ait un tel pouvoir onirique et hypnotique sur le spectateur. Visuellement fascinant, ce film a le mérite de prouver que l’image n’a, parfois, presque plus besoin du son pour nous parler. Bien sûr, la musique aide beaucoup dans le cinéma muet, et généralement, ces films étaient accompagnés d’un pianiste ou de plusieurs musiciens.

Mais dans ce film de Jean Epstein (et donc de Luis Bunuel), le principe névrotique cher aux écrits d’Edgar Poe prend tout son sens lorsque les remous du monde intérieur du personnage principal (toujours le narrateur chez Edgar Poe) deviennent visuels. Le peintre, joué ici par Jean Debucourt au regard ahurissant, laisse ses troubles intérieurs se transporter vers des éléments extérieurs : la pluie, le brouillard, les rideaux de la maison constamment en mouvements, les flous de l’image…

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Et le couple de comédiens (Jean Debucourt et Marguerite Gance) semble toujours transporté d’un interminable hypnotisme obsessionnel intérieur, mêlé de domination morbide du peintre sur son modèle, que seules les visites régulières d’un ami de la région semblent relativiser.

Un film hypnotique, un peu comme un mouvement perpétuel que seule la mort peut réellement perturber.

Pour les curieux de ces différentes vagues cinématographiques françaises, je conseillerai volontiers de voir les films J’ACCUSE ! (1917) et NAPOLEON (1927) d’Abel Gance, LE RETOUR A LA RAISON (1923) et L’ETOILE DE MER (1928) de Man Ray, BALLET MECANIQUE (1924) de Fernand Léger, ENTR’ACTE (1924) de René Clair, L’INHUMAINE (1924) de Marcel L’Herbier, UN CHIEN ANDALOU (1929) et L’ÂGE D’OR (1930) de Luis Bunuel et Salvador Dali.

Et bien entendu, vous retrouverez beaucoup de liens dans ces films, avec d’autres mouvements cinématographiques européens, comme le caligarisme et l’expressionnisme, pour résumer ceci à l’Allemagne.

Pour finir, en clin d’oeil à LEA, le très bon chef opérateur, responsable des cadrages du film, se nomme Georges Lucas. :-)

- Trapard -

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LA CHARRETTE FANTÔME (1939)

LA CHARRETTE FANTÔME (1939) dans Cinéma 13052108214015263611211209

LA CHARRETTE FANTÔME (1939) de Julien DUVIVIER (par Trapard)

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Pour mieux situer le réalisateur de LA CHARRETTE FANTÔME, je le considère de la veine de ces cinéastes français des années 1920-30-40 qui portaient l’étendard d’un cinéma populaire à la française comme Jean Renoir, René Clair, Claude Autant-Lara, ou encore Marcel Carné. A chacun, un discours populaire, mais à chacun son univers, puisque Renoir prônait un naturalisme français proche de Zola, Gorky, tout en flirtant avec Flaubert et le théâtre parisien. Clair, issu du mouvement surréaliste hésitait entre onirisme, surréalisme et réalisme à la française souvent dénonciateur, lorsqu’il ne s’égarait pas dans un romantisme de bon aloi. Aussi issu des Surréalistes, Autant-Lara, naviguait dans les eaux troubles de l’humour français, proposant un cinéma anti-nazi d’un côté et militant avec le Front National, de l’autre. Tandis que Carné, lorsqu’il s’alliait à Jacques Prévert se laissait aller à un lyrisme poétique souvent sombre. Julien Duvivier, quant à lui, restait dans un cinéma très humaniste.

Le cinéma français, souvent social, a quelques fois flirté, mais du bout des doigts, avec l’univers du fantastique. Jean Feuillade, dans les années 1910, avec ces serials poétiques, est un peu le pilier de l’onirisme à la française. Beaucoup de cinéastes se sont nourris de son travail, de Georges Franju, à Jean Rollin, et à Olivier Assayas, en passant par le cinéma pornographique, et j’en passe… René Clair et Claude Autant-Lara, de par leur engagement surréaliste, ont bien entendu jonglé avec la magie de l’irréel. René Clair donnera sa version des TEMPS MODERNES de Chaplin, avec A NOUS LA LIBERTE, avant de partir tourner une poignée de comédies fantastiques aux USA. Jean Renoir abordera le fantastique par le biais du roman de Stevenson, Jekyll & Hyde qu’à la fin de sa carrière (LE TESTAMENT DU DOCTEUR CORDELIER). Marcel Carné y fit, lui aussi un détour, avec LES VISITEURS DU SOIR, JULIETTE OU LA CLE DES SONGES et d’autres menues tentatives. Duvivier aussi, tentera ce chemin, notamment par des adaptations de scénarios étrangers, comme avec LE GOLEM ou avec cette CHARRETTE FANTÔME adaptée, à la française, en pleine période de guerre et de crise, du film homonyme de 1921, de Victor Sjöström, excellent cinéaste suédois qui fit carrière et de magnifiques films aux USA sous le nom de Victor Seastrom.

LA CHARRETTE FANTÔME prend donc pour base une vieille légende nordique qui prédit que lorsqu’un individu entend le son d’une certaine charrette, c’est que la Mort vient le chercher, assise sur celle-ci.

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Dans le film de Duvivier, cette légende s’insère dans une trame sociale, entre gens pauvres, malades, charité chrétienne, en cette période difficile d’entrée en guerre de l’Europe. Pierre Fresnay incarnant le personnage principal est lui-même alcoolique et est donc en proie à la négation puis au doute, lorsqu’il se retrouve en présence de forces surnaturelles qui dépassent sa simple logique humaine.

Comme je l’indiquais plus haut, l’humain dans tous ses fonctionnements socio-politiques est le nerf conducteur des films de Duvivier, qui peut, aussi bien, tourner un film sur la montée en croix du Christ (GOLGOTHA), sur une relation amoureuse dangereuse au Maghreb (LA BANDERA), ou au sein de la pègre algérienne (PEPE LE MOKO), ou pour vanter le collectivisme du Front Populaire par l’amitié (LA BELLE EQUIPE). LA CHARRETTE FANTÔME s’insère dans cette logique et, bien française à la fois, des années 30 et 40, où chaque personnages de ces films a son importance, d’où le foisonnement de comédiens connus de cette époque.

Je pense que pour se délecter de ce film, il faut se laisser immerger dans cet univers bien français d’avant-guerre, où visages connus côtoient l’argot parisien, la misère humaine au sein d’une France en crise dans laquelle l’angoisse de la faillite, et de tout perdre, ressemble à la Mort qu’on entend arriver de très loin, comme la guerre.

- Trapard -

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Flash Gordon, de la BD aux serials

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FLASH GORDON, DE LA BD AUX SERIALS (par Trapard)

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Déjà, j’aime particulièrement la bande dessinée de SF et d’aventure des années 30 et 40. Un goût né de mes lectures d’une des premières bandes dessinées de l’Histoire du 8ième Art que sont Les Aventures de Little Nemo in Slumberland de Winsor McCay, parues dans les années 1910 dans un journal américain. Si ce titre ne vous dit rien, peut-être vous rappelez-vous de ce gamin qui s’envole, à chaque planche, pour des histoires totalement surréalistes dans un monde magique de princesse et de crapaud en costard fumant le havane et injuriant son prochain, et en se frottant aux pires improbabilités et terminant, à chaque coup, au bas de son lit, la tête encore mêlée de son dernier rêve ?

C’est de par cette BD, que j’en suis naturellement arrivé à lire Jim la Jungle, Terry et les Pirates, Dick Tracy, Mandrake le Magicien et surtout…Flash Gordon.

Et moi, qui ai grandi avec Tintin, Asterix et Lucky Luke, je dois dire qu’il m’a fallu un peu de temps et d’étonnement, pour m’adapter à la précision du style américain, et particulièrement de celui d’Alex Raymond, l’auteur des aventures de Flash Gordon.

Gosse, j’avais pu découvrir l’adaptation anglo-italienne de la BD accompagnée de la très entraînante musique de Queen que je me passais en boucle sur mon lecteur de vinyles.

Mais Alex Raymond, c’est autre chose…On ne se laisse pas absorber par un univers kitch multicolore, on part…On voyage…

J’en suis donc, tout naturellement, arrivé à m’acheter le double serial de Flash Gordon édité et restauré par Bach Films, et vendu à Movies 2000 : Flash Gordon (1936, réalisé par Frederick Stephani, en 15 épisodes, et Flash Gordon conquers the Universe, tourné en partie par Ford Beebe, le roi du serial, en 12 épisodes).

Pour ceux qui, et je peux le comprendre, ont beaucoup de mal à s’immerger dans le cinéma des années 1930 et début 40, je peux leur conseiller de partir à la découverte de ce comédien des serials qu’était Buster Crabbe.

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Buster Crabbe a été un très crédible Tarzan, dans Tarzan l’Intrépide, bien que le public féminin ait sûrement plus facilement adopté un Johnny Weissmuller, toujours impeccablement coiffé et très bon nageur. B. Crabbe a aussi été un bon Buck Rogers, Billy le Kid, et beaucoup d’autres personnages issus de bandes dessinées, comme il était courant à cette époque. Il a même tourné aux côtés de Johnny Weissmuller, dans Captive Girl, en 1950, un de ces films de jungle, où l’homme est livré à lui-même face à la nature hostile.

En Flash Gordon, Buster Crabbe endosse parfaitement le costume du personnage-titre, et j’avoue, pour ma part, m’être beaucoup plus rapproché d’Alex Raymond, grâce à ce vieux serial, qu’avec le film de Mike Hodges, encore auréolé de la période kitch du disco, bien que le film me plaise toujours assez.

Vous retrouverez, aux côtés de Flash, une jolie Dale Arden, personnage beaucoup plus emblématique et énigmatique, comme l’étaient les héroïnes de BD des années 30 et 40, que ne l’est la belle, mais un peu fade Melody Anderson des années 80. Et bien entendu, l’empereur Ming, le péril jaune impérial et venimeux, venant du ciel et plus seulement de l’Asie, comme le Fu Manchu de Sax Rohmer ou le Mister Wong de Harry Stephen Keeler…

De bonnes aventures spatiales en perspectives si vous êtes tentés, le tout tenu par des effets visuels et des décors étonnement très réussis pour une époque où la SF et le space-opera n’étaient pas la priorité d’Hollywood.

J’avais déjà découvert Things to Come (1936) de William Cameron Menzies, d’après H.G. Wells, il y a plusieurs années, et j’avais été fasciné par l’ampleur des décors futuristes. Et il y a deux ans de ça, Morbius m’avait prêté Mars attacks the World (1938), sorte de condensé de plusieurs épisodes du serial de 1936, qui m’avait aussi laissé entrevoir un univers de SF/X des années 30 dont j’étais loin de soupçonner l’importance. Mais voir les deux serials en entier, de 36 et de 40, c’est, tout de même, le must du must, pour découvrir l’univers cinématographique de la SF des années 30.

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- Trapard -



Robot-cool (20) : ROBOT JOHN

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Même s’il s’avère quelque peu rustique et/ou rudimentaire, notre robot du jour catégorie « cool » est tout de même en avance sur son temps dans le film russe LA PLANETE DES TEMPÊTES (PLANETA BUR / 1962 / Pavel Klushantsev) et certainement beaucoup moins « craignos » que l’on pourrait croire. En effet, nous sommes loin des éternelles casseroles, gamelles ou bidons métalliques dont les films SF fauchés de cette époque étaient friands. Un soin particulier a été accordé à sa conception afin de lui offrir l’aspect futuriste qu’il convient.

LA PLANETE DES TEMPÊTES raconte l’histoire de trois fusées parties en mission sur Vénus. « Arrivé près de la planète, l’un des vaisseaux est détruit par un météorite. Scherba et Kern, qui pilotent la seconde fusée, partent en reconnaissance sur la planète accompagnés de leur robot. Les explorateurs débarquent dans un monde hostile et se trouvent face à des plantes carnivores, des monstres préhistoriques et de dangereuses coulées de lave… » (Horreur.net)

- Morbius -

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Une version américanisée du film existe, et c’est Trapard qui nous en parle à présent :

Voici Robot-John. Il ne paye peut-être pas de mine sur ces photos mais il est presque le héros du film VOYAGE TO THE PREHISTORIC PLANET (1965) de Curtis Harrington, avec Basil Rathbone. Le film fut remonté en 1968 par l’A.I.P. et Peter Bogdanovitch (avec des scènes additives) et fut re-titré VOYAGE TO THE PLANET OF PREHISTORIC WOMEN, avec Mamie Van Doren.

Bien que les deux versions diffèrent assez, fondamentalement, Robot-John reste égal à lui-même, ainsi qu’à ses co-équipiers, dont la force lui permet de les défendre contre des créatures préhistoriques, ou de les secourir au moindre danger.

Parfois proche de Robby de par sa gentillesse, mais contrairement au robot de PLANETE INTERDITE, le scénario ne laisse jamais planer de doutes ou d’ambiguïté quant à l’humanité et la dévotion de Robot-John à aucun moment du film. Psychologiquement plus plat, les deux versions de VOYAGE TO THE PREHISTORIC PLANET, n’en restent pas moins des films d’aventures passionnantes dans l’espace et sur des contrées hostiles et inconnues.

- Trapard -



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