Monstres sacrés : la Créature du lac noir

Posté le 8 janvier 2011

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Monstres de tous poils et créatures plus ou moins horribles du cinéma fantastique et de science-fiction seront les vedettes de cette nouvelle catégorie : « Monstres sacrés » ! Qu’elles appartiennent au domaine du « craignos », qu’elles soient ringardes ou très réalistes, qu’elles s’habillent de latex ou de numérique, ces bêtes de scène nous ont fait (et nous font encore !) rêver ou cauchemarder. Certaines ont déjà été accueillies dans Les Echos d’Altaïr grâce au « Dictionnaire altaïrien », ainsi : l’Alien, le Predator et King Kong (1976). On n’y reviendra pas, et nous les inscrivons d’office dans la catégorie « Monstres sacrés » !

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J’ouvre cette nouvelle catégorie avec l’une des créatures les plus célèbres du cinéma fantastique : la Créature du lac noir. C’est incontestablement LA créature la plus réussie des anées 1950, celle du film tourné en relief anaglyphe L’ETRANGE CREATURE DU LAC NOIR (CREATURE FROM THE BLACK LAGOON / Jack Arnold / 1954), un classique du genre. Le film raconte l’expédition amazonienne d’une mission scientifique à la recherche de fossiles d’une étrange créature aquatique mi-poisson mi-humaine, chaînon manquant entre l’homme et le poisson. Alors que l’équipe croyait la créature éteinte depuis fort longtemps, elle découvre un spécimen encore vivant et doit faire face à son hostilité.

Pourquoi la créature du lac noir est-elle si exceptionnelle par rapport aux consoeurs de son époque ? Tout simplement à cause de sa conception, très élaborée, qui ne la réduit pas à une vulgaire bestiole de plus à rajouter au bataillon des créatures involontairement hilarantes, comme il en pleuvait dans les fifties ! On est loin, très loin, d’un monstre de pacotille. Son apparence d’homme-poisson fort réussie est le résultat d’une équipe de spécialistes des effets spéciaux de maquillage de la Universal. Le producteur du film, William Alland, souhaitait lui conférer l’aspect d’un monstre « à la fois beau et triste ». Un peu comme dans KING KONG, la Créature va s’éprendre d’une belle jeune femme, mais elle devra affronter les hommes et sera finalement tuée à la fin du film. De magnifiques séquences sous-marines furent tournées, dont une particulièrement célèbre pour son évocation érotique où l’on voit la Créature observer la jeune femme tout en nageant sous elle.

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Le costume de caoutchouc coûta la bagatelle de 15 000 dollars, une fortune pour l’époque. Deux comédiens furent employés pour la Créature : Ricou Browning, plongeur-cascadeur, s’occupa des séquences aquatiques tournées en Floride, alors que Ben Chapman incarna la Créature hors de l’eau.

La Créature du lac noir connut un tel succès qu’elle entra instantanément au panthéon des monstres sacrés d’Hollywood, en compagnie de Dracula, la créature de Frankenstein, la momie et le loup-garou ! Deux autres films furent tournés avec elle : LA REVANCHE DE LA CREATURE (REVENGE OF THE CREATURE / Jack Arnold / 1955) et LA CREATURE EST PARMI NOUS (THE CREATURE WALKS AMONG US / John Sherwood / 1956). Elle revint également faire quelques apparitions vedette dans d’autres films et connut même un  »lifting » dans THE MONSTER SQUAD (Fred Dekker / 1987). Enfin, un remake de L’ETRANGE CREATURE DU LAC NOIR est annoncé depuis des années.

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L’avis des spécialistes :

« Le but de la Bête est toujours de conquérir la Belle (jeune fille / vierge), celui du jeune héros de sauver celle-ci en tuant celle-là. Dans le christianisme, on retrouve l’affrontement de la Femme / Vierge et du Démon / Serpent. Mais le cinéma « fantastique » a donné au mythe une structure définitive, où la projection-identification du spectateur et de la spectatrice assume une fonction précise. Les amours à épisodes de la Créature, homme-poisson couvert d’écailles L’ETRANGE CREATURE DU LAC NOIR, LA REVANCHE DE LA CREATURE, LA CREATURE EST PARMI NOUS, (…) relèvent dans ce domaine du plus élémentaire premier degré. » (Gérard Lenne / Le cinéma fantastique et ses mythologies 1895-1970 / éd. Henri Veyrier)

« Ces trois films témoignent de l’acharnement malfaisant des humains envers tout ce qui est différent, et le calvaire que subit le monstre, capturé au filet, garrotté, frappé à coups de bâton, fusillé, tailladé, ne peut laisser indifférent le spectateur, surtout que Jack Arnold, cinéaste humaniste, ne cache pas sa sympathie pour l’amphibien – même si les héros humains semblent avoir la part belle. En somme, la Créature est un lointain petit cousin de King Kong, dont il n’est pas tout à fait indigne, au moins dans les intentions. » (Jean-Pierre Andrevon & Alain Schlockoff / Cent monstres du cinéma fantastique / éd. Jacques Glénat)

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Sources : Wikipédia, 80 grands succès du cinéma fantastique, Keep watching the skies !

3 commentaires pour « Monstres sacrés : la Créature du lac noir »

  1.  
    Trapard
    8 janvier, 2011 | 18:33
     

    Génial !
    Le retour en force de la Universal : années 30 (Dracula, Frankenstein, la Momie…), années 40 (The Wolfman…) et les années 50 : L’ETRANGE CREATURE DU LAC NOIR avec pas n’importe qui derrière la caméra, en ce qui concerne la SF !
    Je n’ai pas vu THE MONSTER SQUAD, mais j’ai vu une bestiole presque similaire à la créature du lagon noir dans un épisode d’OUTER LIMITS (surtout au niveau du scénario), puis Sergio Martino a tourné un film avec des hommes poissons belliqueux dans les années 70 en Italie : http://www.imdb.fr/title/tt0081467/
    Et puis, il y a aussi THE SWAMP THING des comics que Wes Craven a adapté dans LA CREATURE DU MARAIS en 1982 et dont les producteurs (ou éditeurs français) ont sorti une suite au titre ambigüe en 1989, jouant sur les deux créatures, LE RETOUR DE LA CREATURE DU LAGON alors qu’il s’agit simplement de The Swamp Thing 2…
    J’aime bien les deux premiers volets de la créature du lac noir réalisés par Jack Arnold et un peu moins le troisième. Concernant Jack Arnold, c’est lui qui a lancé Clint Eastwood dans des rôles de figurant : on le voit en laborantin dans L’ETRANGE CREATURE DU LAC NOIR puis en pilote d’avion bombardant au napalm l’araignée géante de TARANTULA.
    Pour terminer sur le costume de L’ETRANGE CREATURE DU LAC NOIR, bien que je trouve que le film ai beaucoup vieilli, je trouve aussi que la créature est vraiment bien faîte.

  2.  
    8 janvier, 2011 | 19:29
     

    C’est tout le cinoche que j’aime, les fifties, avec leurs monstres mutants, leurs robots délirants, leurs envahisseurs farfelus et leurs pin-ups poussant des cris stridents dès l’instant de panique !

    Pour le film que tu cites, il s’agit du CONTINENT DES HOMMES POISSONS. C’est vrai que les créatures ressemblent assez à celle-ci, mais en beaucoup moins bien !

  3.  
    trapard
    11 janvier, 2015 | 3:49
     

    En plus de la version mexicaine de la Créature du lac noir qu’est LE MONSTRE DU MARÉCAGE (1957) http://morbius.unblog.fr/2013/04/18/le-monstre-du-marecage-1957/
    Et de la version de Roger Corman et sa SHE-CREATURE, (1956),
    https://www.youtube.com/watch?v=l9XxoXbsFpU
    Et autres Monster from the Ocean Floor (1954), Monster from 10 000 Leagues (1955)…

    Je viens de trouver une version russe dont j’ignorais l’existence jusqu’à aujourd’hui. C’est L’HOMME AMPHIBIE (1962, Chelovek-Amfibiya) de Vladimir Chebotaryov et Gennadi Kazansky.
    Et c’est pas mal en fait.

    https://www.youtube.com/watch?v=iHbdjjtw1W4

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